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L'Université du Québec en Outaouais veut davantage de diplômés autochtones

Les étudiants autochtones de l'Université du Québec en Outaouais (UQO) auront d'ici trois ans accès à des services mieux adaptés à leur réalité et à leurs besoins. D'ici 2020, l'établissement compte ouvrir un bureau de liaison autochtone, afin que davantage d'étudiants issus de ces communautés décrochent un diplôme universitaire.

Dans un rapport interne dont Radio-Canada a obtenu copie, l'UQO a évalué les besoins de cette clientèle.

« Un manque de service a été immédiatement constaté pour nos étudiants autochtones, relativement au soutien ou à un service d'accompagnement plus individualisé », peut-on lire. « On pense à une ressource ayant une approche culturellement sécurisante pour les étudiants autochtones. Cette personne pourrait guider les étudiants autochtones vers des services dans un environnement culturellement sécurisant. »

La responsable du projet et professeure au département des sciences sociales à l'UQO, Karine Gentelet, souhaite que le futur bureau offre des services très concrets aux étudiants autochtones pour créer un climat favorable aux études.

« Ce que j'aimerais, c'est qu'un étudiant qui arrive à l'UQO et qui a une famille, puisse trouver un logement, un service de garde pour ses enfants; s'il a besoin d'une popote qui l'aide s'il a des problèmes financiers, par exemple. Ensuite, quand il arrive au sein de l'Université, s'il a besoin de soutien en français, qu'on puisse l'orienter vers [un tel service], qu'il y ait du mentorat par exemple », explique-t-elle.

Mme Gentelet engagera sous peu une personne qui l'aidera à soumettre des demandes de subventions. Celle-ci ira ensuite à la rencontre des communautés autochtones de la région de Gatineau.

S'ouvrir à la culture autochtone

La proposition d'offrir des ressources culturellement adaptées aux réalités autochtones est bien accueillie par le chef de la communauté algonquine anichinabé de Kitigan Zibi.

Jean-Guy Whiteduck croit que l'éducation est la clé du succès pour sa communauté.

« Je pense que c'est important, surtout pour les communautés plus isolées. Ça va prendre beaucoup d'appui. C'est important qu'on ait des gens sur place pour aider les nouveaux étudiants qui arrivent dans ces écoles-là », estime-t-il.

Les étudiants autochtones rencontrent en effet des défis, surtout lorsqu'ils ont grandi dans une communauté éloignée. Le système d'éducation postsecondaire est souvent mal adapté à leurs valeurs et à leur réalité.

Nicholas Lucas-Rancourt, né à Hull d'une mère micmaque, a fait face à des idées préconçues durant son parcours scolaire à l'UQO.

Le codirecteur de l'Amicale autochtone de l'UQO, laquelle participe à la création du bureau de liaison, a aussi expérimenté ce décalage durant l'enseignement en classe.

« C'est une histoire des Blancs qu'on enseigne », illustre l'étudiant en maîtrise en éducation.

Citant en exemple la géographie, Nicholas Lucas-Rancourt souligne que « il y a une grande distanciation entre l'être humain et la Terre », un discours avec lequel il ne peut pas associer ses valeurs personnelles.

« J'ai eu beaucoup de problèmes par rapport à ça », note-t-il. « Heureusement, j'ai beaucoup de professeurs qui étaient ouverts, qui m'encourageaient même à parler de ça. Mais j'ai eu des professeurs qui étaient complètement fermés. J'ai même parfois perdu des points dans des travaux, parce que je parlais trop d'Autochtones. »

Nicholas Lucas-Rancourt souhaite que le futur bureau de liaison fasse notamment la part belle à un accompagnement personnalisé, à des services de santé adaptés, en plus de démontrer une ouverture au savoir autochtone pour les étudiants à la maîtrise et au doctorat.

Des services offerts ailleurs

L'UQO s'inspire d'autres établissements d'enseignement postsecondaires au pays qui procurent déjà des services adaptés aux étudiants autochtones, comme les universités du Québec à Chicoutimi, en Abitibi-Témiscamingue et à Montréal.

À Ottawa, de tels services sont en place pour une quatrième année à La Cité. Un petit local permet à plus de 140 étudiants autochtones d'échanger, de partager leur culture et d'obtenir des services.

« C'est un centre qui parle beaucoup de la culture, qui donne une place et une visibilité à nos étudiants autochtones, qui leur donne un endroit où se réunir, un point de départ pour ceux qui pour la première fois se retrouvent dans les milieux urbains et qui ont besoin d'un endroit où ils peuvent s'aiguiller, mais à l'intérieur de leur culture », précise Lorraine Séguin, agente de projet communautaire qui a des racines algonquines.

À l'Université d'Ottawa, environ 150 étudiants sont enregistrés auprès du Centre de ressources autochtones, sur les 42 000 étudiants de l'établissement.

Impression de travaux, ateliers culturels, stations informatiques, aînés en résidence... Ces services font une différence depuis plusieurs années, constate l'agent de liaison autochtone Sébastien Pilon, lui-même Métis.

Les étudiants qui fréquentent le Centre viennent en grande partie de l'extérieur d'Ottawa.

« Pour eux, ce n'est pas toujours évident de trouver les ressources autochtones présentes en ville », précise Sébastien, qui a lui-même bénéficier de ces services. Il reconnaît même qu'il n'aurait pas fini « [son] baccalauréat en éducation, si ce n'était pas pour le service aux autochtones ».

Le Cégep de l'Outaouais vient quant à lui tout juste d'obtenir une subvention pour implanter une structure similaire.

Bien que le projet demeure embryonnaire, « l'idée est d'avoir une ressource dédiée afin d'accompagner et d'encadrer ces étudiants pas seulement sur le plan pédagogique, mais aussi dans la recherche de logement, leur intégration à la région, au milieu urbain », a expliqué par écrit le porte-parole Simon Desjardins.

D'après le reportage de la journaliste Laurie Trudel

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