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La chasse en forêt, en famille... et sur Internet

Une équipe de chasseurs de Gatineau lancera sa propre émission spécialisée, en français d'ici la fin novembre. French Connection sera disponible en ligne, gratuitement. Un projet de longue haleine, qui fait la fierté de Robert Dorion et de Michel Petit, les deux actionnaires du groupe.

Un texte de Karine Lacoste

Tout commence en 2013, alors que Robert et Michel font équipe avec Daniel Larocque et Luc Martin pour participer à la téléréalité The Search, diffusée sur les ondes de Wild TV, une chaîne canadienne spécialisée en chasse et pêche.

« On était la seule équipe francophone, qui venait du Québec, et qui participait à une compétition canadienne anglophone », raconte Robert Dorion. Tenant à garder leur identité francophone, mais devant opter pour un nom en anglais, ils choisissent de s'identifier comme The French Connection.

Au cours de l'aventure, l'équipe dépasse les attentes.

Plutôt que d'envoyer aux producteurs le matériel brut capté sur le terrain, ils font eux-mêmes le montage vidéo et livrent des histoires prêtes à être racontées au grand public.

Après certaines embûches techniques pour ces débutants de l'univers de la télévision, leur façon de faire se raffine et, rapidement, la qualité de leur travail impressionne.

Choisie par le public comme la meilleure équipe, les deux compères remportent le grand prix, soit la possibilité de diffuser leur propre émission de chasse.

Rencontrant alors quelques défis au niveau des coûts de production (puisqu'ils doivent produire l'émission par leurs propres moyens) et faisant face à un dilemme linguistique (l'émission pour Wild TV doit être en anglais), ils prennent alors une décision importante : ils refusent le prix et choisissent plutôt de diffuser leur émission en français sur leur propre chaîne Internet.

« Plus on parlait à des commanditaires potentiels, plus on voyait que le marché anglophone était saturé », explique Michel. « Il y a plein d'émissions américaines qui sont vendues au Canada et il y a beaucoup de productions anglophones. Nos racines, c'est la francophonie. On était beaucoup plus à l'aise à produire en français. »

« C'était plus avantageux pour nous de produire notre émission en français », ajoute Robert. « On parle très bien en anglais, on peut faire des narrations en anglais, des introductions, des conclusions... Mais le moment même, on ne peut pas le tricher en anglais, parce que ce n'est pas notre langue maternelle. On laisse donc les émotions en français. »

Le financement participatif

Produire une série télévisée de 13 épisodes entraîne des coûts de production d'environ 250 000 $, selon Michel. Robert et lui ont donc investi dans ce projet et ont fait appel à des commanditaires, notamment pour acheter de l'équipement professionnel et pour préparer adéquatement les territoires de chasse où ils enregistrent des émissions.

Par la suite, en vue de rentabiliser leur investissement et de pouvoir vivre de leur passion, ils se sont tournés vers une nouvelle source de financement : leurs fans!

En juillet dernier, ils ont ainsi lancé une campagne de financement participatif, sur la plateforme Indiegogo, avec un objectif de plus de 100 000 $. Ils ont finalement amassé tout près de 15 000 $.

Avec le recul, ils réalisent que le moment choisi pour la campagne n'était pas optimal. « On savait que l'été, les chasseurs ne sont pas dans le bois. Donc, on se disait que c'était un bon temps. Mais on avait sous-estimé la quantité de gens qui vont en camping, ou en vacances, et qui n'avaient pas accès au web », note Robert.

Malgré les résultats inférieurs aux objectifs, Michel et Robert reconnaissent certains avantages à cette expérience. « Une campagne de financement participatif, ça nous a donné beaucoup de visibilité », se réjouit Michel.

L'équipe poursuit maintenant son financement, en sollicitant le public, mais cette fois sur son propre site Internet, sans limites de temps - contrairement à l'outil de sociofinancement.

Chasser en famille

Pour la French Connection, la chasse est une histoire de famille. Cette passion, qui se transmet de génération en génération, incite les membres de la famille Dorion à se réunir en forêt une quarantaine de fins de semaine par année.

Christine Poirier chasse depuis 15 ans, mais elle avait au départ d'immenses préjugés. Elle a apprivoisé le sport et transmet maintenant sa passion à ses enfants, Victor et Juliette.

Kyana accompagne ses parents à la chasse depuis qu'elle est toute petite. À 12 ans, elle manie elle-même la carabine et a abattu son premier ours au printemps dernier.

Hugo apprécie l'euphorie qui suit la prise d'un gibier en forêt. À 13 ans, il est déjà passionné de chasse, un sport qu'il compte bien pratiquer toute sa vie.

Faire face aux préjugés

En se lançant en affaires dans le domaine de la chasse, Michel et Robert ont parfois eu à faire face à des préjugés. Certaines personnes ont refusé des opportunités d'affaires, prétendant que leurs valeurs étaient incompatibles avec ce sport.

Du point de vue de Michel, leur pratique, dans le respect des normes, est moins cruelle que l'abattage industriel de la viande achetée à l'épicerie. En plus, ils peuvent se nourrir d'une viande biologique dépourvue d'hormones.

« On observe les animaux dans leur habitat naturel », souligne Michel. « On ne tire pas tout ce qu'on voit! On est très sélectifs et je pense qu'on peut amener une vision différente. »

Selon Robert, les chasseurs et les activistes environnementaux pourraient s'allier à eux et défendre leur cause.

« La majorité des chasseurs ont l'environnement très à coeur. C'est leur ressource la plus importante », rappelle Michel. « Ce n'est pas parce qu'on prélève certains animaux, qu'on a choisis en nature en respectant les normes et règlements établis par notre gouvernement, qu'on n'aime pas la nature ou qu'on ne la respecte pas. Au contraire, c'est quelque chose qui est extrêmement précieux pour nous. »

Avec Geneviève Garon et Marie-Ève Potvin

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