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La Confédération des peuples autochtones du Canada est-elle un groupe légitime?

La Confédération des peuples autochtones du Canada soutient représenter tous les Autochtones d'un océan à l'autre. Toutefois, ce groupe a-t-il la légitimité de parler au nom de tous les Autochtones du Canada? L'organisation n'est pas reconnue par l'Assemblée des Premières Nations, et son chef, Guillaume Carle, est contesté au sein même de la communauté autochtone.

Avec les informations de Catherine Lanthier

Le 6 juin 2016 : une cinquantaine de manifestants, dont certains se sont déplacés à cheval, perturbent la circulation, en pleine heure de pointe, à Gatineau et à Ottawa.

Les protestataires sont des membres de la Confédération des peuples autochtones du Canada. En ce lundi matin, ils ont voulu interpeller le gouverneur général dans le dossier des droits des Autochtones hors réserve.

À la tête du groupe, un homme, le chef Guillaume Carle.

Qui est Guillaume Carle?

Vendredi, ce même groupe promet de récidiver. Les membres participeront notamment à une marche organisée contre le projet Zibi.

Guillaume Carle, qui veut qu'on le nomme « Son Excellence le grand chef national », promet d'être à la tête du mouvement.

« Son Excellence » ne fait toutefois pas l'unanimité au sein de la communauté autochtone. Brad Henry, un artiste rencontré sur l'île Victoria à Ottawa, est exaspéré de voir Guillaume Carle et ses acolytes parler au nom de tous les Autochtones.

Guillaume Carle est un ancien président de l'Alliance autochtone du Québec.

Les années qu'il a passées à la tête de cette organisation ont été houleuses, a relaté l'actuel grand chef de l'Alliance, Robert Bertrand.

« Il y a eu des conflits avec le conseil d'administration existant et certains membres de l'Alliance autochtone du Québec », a-t-il expliqué en entrevue.

En 2006, à la suite d'un de ces nombreux conflits, Guillaume Carle quitte l'Alliance autochtone du Québec et fonde une organisation rivale : la Confédération des peuples autochtones du Canada.

Aujourd'hui, il affirme être la voix de tous les Autochtones, d'un océan à l'autre, puisqu'il ne reçoit aucun financement public.

« Comment peut-on prétendre représenter du monde et être [ à la fois ] payé par l'ennemi? », a-t-il plaidé lorsqu'ICI Ottawa-Gatineau l'a rencontré.

Légitime ou pas

La Confédération des peuples autochtones est-elle une organisation légitime? C'est difficile à dire, soutient Sébastien Grammond, professeur expert en droit autochtone à l'Université d'Ottawa.

« Il n'y a pas de processus établi pour juger la légitimité de ça et ça nous met dans une situation où il est difficile de porter un jugement sur les groupes comme ça, qui s'affirment autochtones », a-t-il expliqué.

Le groupe marginal de Guillaume Carle compterait des dizaines de milliers de membres au pays. « Je ne me suis pas assis, [et j'ai] compté un par un, mais je vous dirais qu'on a au minimum 50 000 membres », a raconté le chef.

M. Carle a toutefois refusé de montrer des preuves de ces adhésions pour des raisons de sécurité.

Même Roger Fleury qui agit en tant que grand chef québécois pour la Confédération des peuples autochtones n'a pas pu montrer des preuves tangibles.

« Moi, je viens d'arriver, le 6 [ décembre ], je suis en train de structurer. Combien nous avons? Je ne voudrais pas vous l'avancer », a-t-il répondu aux questions de ICI Ottawa-Gatineau sur ce sujet.

Les autres organisations autochtones n'ont pourtant aucune difficulté à appuyer leurs dires. L'Alliance autochtone du Québec n'a pas hésité à ouvrir ses archives lorsqu'on le lui a demandé.

« Chacun de nos membres à un dossier physique avec sa demande, sa généalogie et la carte qu'on émet. Donc, nous autres, on est certains de nos chiffres », a indiqué Robert Bertrand.

En avril dernier, la Cour suprême du Canada a tranché : les métis et les Indiens non inscrits sont indiens au sens de la loi.

« La cour a essentiellement laissé entre les mains du gouvernement le soin de décider qui il allait considérer comme autochtone », a expliqué Sébastien Grammond.

Qui fait véritablement partie des Autochtones? Qui peut parler en leur nom? Qui peut recevoir du financement du gouvernement fédéral? Dans ce dossier, un véritable ménage s'impose, soutient le chef régional de l'Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador, Ghislain Picard

« On insiste beaucoup pour que l'odieux appartienne aussi au gouvernement fédéral de faire cette distinction-là », a-t-il soutenu.

M. Picard reconnaît que certains groupes peuvent aussi s'inventer des origines qu'ils n'ont pas.

« Je pense qu'il y a une mesure à prendre ici, il y a surtout une distance à prendre par rapport aux prétentions de certains groupes. »

Campagne de recrutement

Guillaume Carle et son groupe veulent s'assurer d'être reconnus comme autochtones. Il est d'ailleurs en pleine campagne de recrutement.

« Pour notre part, on est d'opinion qu'il y a au minimum 7 millions d'Autochtones au Canada qui ne se sont pas recensés », a-t-il avancé.

Ce chiffre est toutefois contesté : « Il n'y a pas 7 millions d'Autochtones au Canada, à moins que vous considériez que toute personne qui a un ancêtre autochtone, aussi éloigné, soit-il, est autochtone elle-même », a rectifié M. Grammond.

Guillaume Carle a un objectif : n'être reconnu par nul autre que la reine d'Angleterre et parler au nom de tous les Autochtones du Canada dans le monde.

« [ La reconnaissance de la reine ] va nous reconnaître de nation en nation, donc le premier ministre gérera ses amis autochtones sur les réserves [...] et nous autres, on va gérer les autres Autochtones hors réserve », a-t-il précisé.

Guillaume Carle souhaite obtenir le droit de regard sur toute décision de sa Confédération pour toujours.

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