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La Défense nationale incapable de dire combien d'armes elle perd chaque année

La Défense nationale ne tient pas de registre centralisé, qui lui permettrait de savoir combien d'armes ses militaires perdent tous les ans. C'est ce qu'une demande d'accès à l'information nous a permis de découvrir accidentellement.

Un texte de Brigitte Bureau

La Défense nationale a rapporté la perte de 1128 armes et accessoires pendant l'année financière 2014-2015, dans les comptes publics fédéraux de l'année dernière, publiés en décembre 2015.

Nous avons alors fait une demande d'accès à l'information auprès du ministère de la Défense nationale pour connaître le type d'armes perdues.

Au bout d'un mois - le délai prévu par la loi - le département d'accès à l'information de la Défense nationale nous a indiqué que plusieurs semaines seraient encore nécessaires pour colliger ces renseignements, parce que le ministère ne tient pas de registre centralisé des armes perdues.

Mais comment le ministère pouvait-il en arriver au chiffre de 1128 pertes d'armes et d'accessoires sans connaître le type d'armes en question?

Vérification faite auprès de la Défense nationale, un porte-parole nous explique, à la mi-janvier, que les pertes affichées dans les comptes publics sont en fait des pertes financières et qu'elles englobent à la fois les armes perdues et les armes détruites lors d'opérations militaires, par exemple.

On se fait rassurant : une liste des armes égarées nous serait fournie rapidement.

Nous attendons toujours cette liste.

À sa place, la Défense nationale nous a envoyé la liste des 1128 armes et accessoires qui constituent une perte financière en 2014-2015. Mais le ministère est incapable de nous dire lesquelles parmi ces armes ont été égarées et lesquelles ont été détruites, à l'exception d'un lance-missile détruit lors de l'écrasement d'un avion militaire.

Sur la liste des pertes financières, on retrouve, entre autres, un révolver, un fusil et 29 baïonnettes, soit de longs couteaux utilisés pour des combats rapprochés. On y trouve également 23 systèmes de formation en maniement d'armes.

Surprenant et alarmant

Pour l'avocat et colonel à la retraite Michel Drapeau, l'absence d'un registre centralisé des armes perdues « c'est très surprenant, mais pire encore, c'est très alarmant. »

Selon lui, de meilleurs contrôles sont nécessaires pour s'assurer que l'argent des contribuables est bien géré et que les armes perdues ne tombent pas entre les mauvaises mains.

« Surtout aujourd'hui avec les risques de sécurité que nous avons à l'intérieur de nos frontières. On est sur un pied d'alerte constamment », affirme-t-il. « Les événements d'octobre 2014 nous ont rappelé ce genre de choses, » dit-il, en faisant allusion à la fusillade au Parlement d'Ottawa.

Selon Me Drapeau, il est essentiel de faire la distinction entre les armes égarées et les armes détruites, afin de savoir en tout temps lesquelles ont disparu, dans quelles régions et dans quelles circonstances.

Que la Défense nationale confonde les armes perdues et détruites sous la rubrique de pertes financières constitue, selon lui, « un manque certainement d'imputabilité de leur part. »

Un coup d'oeil aux anciens comptes publics démontre que la Défense nationale fonctionne de cette façon depuis plusieurs années.

La Défense nationale réagit

Dans une déclaration écrite, le ministère de la Défense nationale confirme qu'il n'existe pas de registre séparé pour les armes perdues.

Toutes les pertes de stocks sensibles, qu'il s'agisse d'articles disparus, détruits ou endommagés, sont inscrites dans une même base de données, qui inventorie les pertes comptables.

La Défense nationale dit prendre la sécurité des ressources très au sérieux. « Dans le but de s'assurer que le matériel est bien enregistré et comptabilisé, le personnel procède de façon régulière au dénombrement des stocks et à la vérification de l'inventaire », écrit-on.

Liste promise en attente

Une responsable de l'accès à l'information nous a indiqué qu'on devrait recevoir une liste complète des armes égarées en 2015, d'ici un mois.

Pour répondre à notre requête de décembre dernier, la Défense nationale aurait élaboré une liste de toutes les armes perdues, à partir des informations colligées par chacune de ses unités, ce qu'elle ne fait pas habituellement.

La liste permettra-t-elle vraiment de faire la distinction entre les armes disparues et les armes détruites?

Il faudra attendre l'enveloppe du département de l'accès à l'information pour le savoir.

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