Au cours des dix dernières années, l'équivalent de plus de 10 millions de dollars de matériel – de l'équipement, des tenues de combat, des ordinateurs et même des armes – a été volé à la Défense nationale, selon des données compilées par Radio-Canada. À quelques mois d'un déploiement en Europe de l'Est, les Forces armées canadiennes assurent avoir amélioré leur surveillance.

Un texte de Louis Blouin et Raphaël Bouvier-Auclair

Depuis 2005, près de 77 000 articles contenus dans l'inventaire des Forces ont été déclarés volés. L'éventail est vaste.

Le vol d'articles qui composent l'équipement des militaires, par exemple des vestes pare-balles, des casques, et des bottes, représente plus de la moitié des pertes ( 5 489 000 $).

Les catégories des « objets disparus » comptent aussi, notamment, de l'équipement de transport (1 456 000 $), des armes et des accessoires (239 000 $),de l'équipement de télécommunication (253 000 $) et des outils (939 000 $),.

La Défense nationale refuse cependant de dire exactement combien d'armes à feu ont disparu.

Selon nos calculs, seulement 3,7 % de la valeur du matériel volé a été recouvrée.

La Défense nationale est catégorique : il s’agit d’une goutte d’eau dans l’océan de 600 millions d’articles qu’elle gère dans son inventaire.

Les chiffres démontrent que la situation des vols de matériel a atteint un sommet en 2012-2013, dans les dernières années du déploiement en Afghanistan.

Dans cette seule année, l’équivalent de plus de 7 millions de dollars a été dérobé. C’est notamment parce que du matériel disposé dans des conteneurs a été subtilisé pendant le déplacement entre l'Afghanistan et le Canada.

Il s’agissait d’équipement peu dangereux, comme des étuis et des périscopes.

Y a-t-il un risque pour la sécurité?

Si le nombre d'armes volées n'est pas précisé, ce n'est pas ce qui attire le plus l'attention de l'expert en sécurité et ancien sous-commissaire de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) Pierre-Yves Bourduas.

Il note qu'au cours de la dernière décennie 150 ordinateurs ont disparu des inventaires et ont été déclarés volés.

C’est une infime partie. Mais cela demeure quand même du matériel militaire, incluant des ordinateurs, du matériel tactique qui peut causer des dommages importants aux Forces armées canadiennes, tant sur le volet tactique que sur le volet informatique.

Pierre-Yves Bourduas, expert en sécurité et ancien sous-commissaire de la GRC

Les efforts de l’armée

Depuis 2012, l'armée revoit de fond en comble la gestion de son inventaire colossal.

Une augmentation de la supervision et l'implantation « d'une solution technologique totalement intégrée » d'ici 2026 doivent permettre d'assurer un meilleur suivi. Le ministère espère obtenir des données d’inventaire précises en temps réel.

Les processus sont quotidiens et on les applique. On a vu qu'il y a eu une nette amélioration. On [doit rendre des comptes]. On essaie d'avoir une gestion qui va être responsable et efficace à tout moment.

Jean Rioux, secrétaire parlementaire du ministre de la Défense

Les Forces insistent particulièrement sur le suivi et les enquêtes effectuées lorsqu’il y a vol d’armes à feu.

« Toutes les plaintes et allégations concernant des armes perdues ou volées sont prises très au sérieux et font l’objet d’une enquête menée par les autorités compétentes. De plus, tous les efforts sont déployés pour comptabiliser les armes utilisées dans le cadre de l’exécution des missions des Forces armées canadiennes », écrit le porte-parole de la Défense nationale, Dan Lebouthillier, dans un courriel.

Le député conservateur Pierre-Paul Hus est satisfait de voir que des améliorations ont été apportées depuis l'Afghanistan.

C’est important que les Forces canadiennes aient des mesures de sécurité et s’assurent d'escorter les convois jusqu’à destination finale, parce qu’on ne peut pas se permettre de perdre des millions en équipement.

Pierre Paul-Hus, député conservateur de Charlesbourg-Haute-Saint-Charles

C'est d'autant plus important que des troupes canadiennes sont en Irak, et que, d'ici quelques mois, d'autres seront déployées en Lettonie.

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