Retour

La diaspora haïtienne de l'Ontario se souvient en silence du séisme de 2010

La petite communauté haïtienne de l'Ontario souligne vendredi le huitième anniversaire du séisme du 12 janvier 2010. Le tremblement de terre de magnitude 7 avait fait 230 000 morts, 300 000 blessés et 1,5 million de sans-abri.

Un texte de Jean-Philippe Nadeau

Le séisme aura marqué les mémoires, mais aucune cérémonie n'a été planifiée en Ontario pour souligner le triste anniversaire. La Maison d'Haïti, qui représente les quelque 40-mille Haïtiens de la province, observera une minute de silence samedi lors de son assemblée générale pour honorer les victimes.

Emmanuel Bois n'oubliera jamais cette date fatidique. « Il était 16h53 », se souvient-il. Il lui avait fallu 6 heures pour joindre sa famille au téléphone.

« Mon père, lui, était à son bureau et c'est pour lui que j'avais surtout peur sachant que ma mère n'était pas à Port-au-Prince et c'est là qu'il m'a dit qu'il était en sécurité, mais malheureusement l'édifice qui abritait son bureau est totalement détruit et c'est par miracle qu'il a pu s'en sortir ».

M. Bois, qui est ingénieur de métier, affirme qu'il est retourné plusieurs fois à Haïti en 8 ans et qu'il reste encore beaucoup à faire malgré quelques projets qui ont permis de dégager la ville de ses gravats. « Les édifices publics du champ de mars et le palais national doivent encore être reconstruits ».

Il soutient toutefois qu'un élan de générosité et de solidarité sans précédent a permis aux Haïtiens de s'entre-aider. « On a vu des gens ouvrir leurs portes à ceux qui n'avaient nulle part où aller, d'autres partager du pain avec ceux qui n'avaient pas mangé, d'autres qui ont installé des lits de fortune dans leur cour pour accueillir des sans-abri ».

M. Bois regrette néanmoins que la société civile n'ait pas profité du désastre pour refaire le plan d'urbanisme de Port-aux-Prince, pour électrifier la ville et changer les aqueducs et pour aménager le territoire de façon moins chaotique.

La situation est donc toujours aussi « déplorable » selon lui à cause notamment du manque de coordination dans l'acheminement de l'aide internationale.

La vice-présidente de l'Association haïtienne de Hamilton, Jean-Carme Dorcent, est du même avis. « Le problème numéro 1 qui ronge le pays, c'est la corruption ; il s'y trouve encore des gens qui vivent très bien, mais pourquoi on ne peut pas avoir le minimum pour les pauvres et les démunis, pourquoi doivent-ils rester sous leurs tentes après huit ans, pourquoi faut-il attendre huit ans pour reconstruire des écoles? », s'interroge-t-elle.

Mme Dorcent, qui est infirmière, se souvient que son association avait participé à la collecte de fonds et de biens matériels dans les jours qui avaient suivi le séisme, mais elle se questionne sur l'acheminement de l'aide au pays natal. « La reconstruction avance toujours aussi lentement, c'est vraiment triste ». Elle ajoute que les ouragans Mathieu et Irma ont en plus ralenti les efforts pour rebâtir l'île.

La Maison d'Haïti ne partage pas le même pessimisme. Son président, Fougère Adolphe, affirme que l'espoir d'Haïti réside dans la résilience du peuple. Il applaudit en outre à la décision du Président Jovenel Moïse de s'attaquer à la corruption, mais la diaspora doit aussi faire sa part selon lui.

M. Adolphe appelle les Haïtiens du pays à faire partager des idées de développement et des projets d'éducation qu'il se chargera de transmettre au gouvernement de Port-au-Prince. « Allez sur le terrain selon vos moyens et vos capacités, et si vous avez de l'argent, nous vous invitons aussi à aller investir et d'aller créer de l'emploi pour le bien du peuple haïtien ».

Il souligne qu'il ne faut pas attendre indéfiniment l'aide internationale. « Le pays nous appartient, c'est à nous de construire ce pays de concert avec les Haïtiens ».

Tâche toutefois difficile selon Mme Dorcent à cause du chômage et de l'exode des jeunes. « Les jeunes Haïtiens ne veulent même pas rester en Haïti, ils ne savent pas où aller, mais ils veulent quitter le pays ».

Elle rappelle que des milliers d'entre eux ont immigré aux États-Unis, mais qu'ils ne sont plus assurés d'y rester à cause des politiques d'immigration du Président Donald Trump. » La plupart ont d'ailleurs pris le chemin du Canada l'été dernier », conclut-elle.

Plus d'articles

Vidéo du jour


Recettes de Noël - Ragoût de boulettes de dinde et épinards