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La frilosité des candidats progressistes-conservateurs envers les journalistes

Bon nombre de candidats du Parti progressiste-conservateur ontarien (PPCO) à Ottawa et dans l'Est ontarien ont refusé de répondre aux demandes répétées des journalistes pour des entrevues ou de simples questions.

Un texte d'Agnès Chapsal

Une stratégie du parti qui a provoqué notamment le départ de Rachel Thériault, l'ex-secrétaire du bureau de la circonscription de Glengarry-Prescott-Russell et responsable de la technologie de campagne pour la candidate progressiste-conservatrice Amanda Simard.

La militante a rejoint les rangs du candidat libéral Pierre Leroux la semaine dernière.

Dans un courriel adressé aux médias, Mme Thériault a évoqué les raisons de son départ.

« La politique archaïque de Doug Ford [le chef du Parti progressiste-conservateur ontarien, NDLR], qui refuse les demandes des médias et de débattre, l'inégalité entre l'anglais et le français dans leurs priorités ainsi que la politique sale et continuelle de l'équipe Simard durant cette campagne », a-t-elle écrit.

En entrevue à Radio-Canada, Mme Thériault a ajouté : « Ça me donne l'impression qu'ils cachent quelque chose, lui ou le parti. Ils ne sont pas transparents. Si tu es transparent, tu es prêt à parler aux médias, tu n'as rien à cacher. »

Les journalistes de Radio-Canada ont essuyé à plusieurs reprises des refus de demande d'entrevue de candidats progressistes-conservateurs sous prétexte que ces derniers étaient occupés à faire du porte-à-porte.

Au niveau national, un correspondant de QP Breifing, Christopher Reynolds a lui aussi remarqué cette méfiance du parti envers les journalistes. Il dit même avoir été boudé par Doug Ford après une question qu'il n'aimait pas.

« Il m'a dit que c'était une question impertinente, une gadget question [NDLR : une question inutile]. Après, j'ai été gelé de ses courriels. Je n'ai plus reçu de courriels de l'équipe de Doug Ford pendant une semaine. »

« Faire passer un message précis »

Ce n'est pas la première fois que des candidats progressistes-conservateurs ont recours à cette stratégie du silence, selon le professeur agrégé au Département de science politique de l'Université McMaster, Peter Graefe.

Le candidat conservateur et premier ministre sortant Stephen Harper y a eu recours lors de la campagne fédérale de 2015 pour briguer un cinquième mandat, rappelle M. Graefe.

Professeure titulaire à l'École d'études politiques de l'Université d'Ottawa, Geneviève Tellier fait une analyse semblable de cette stratégie.

« On se rend compte qu'il y a une certaine méfiance de la part de certains chefs de parti vis-à-vis des médias. Aussi, on essaie de contrôler un peu le message, de le formater, puis de s'assurer que le message que l'on veut dire se rend bien », renchérit Mme Tellier.

Un reflet du candidat Doug Ford

Dès le début de la campagne, le ton était lancé. Doug Ford a annoncé qu'il n'y aura pas d'autobus pour les médias, contrairement à ses adversaires.

Les conservateurs ont aussi embauché leur propre journaliste qui publie des reportages sur les promesses du parti. Il revient à l'entourage du candidat d'écrire le « scénario » de la campagne et d'éviter ainsi toute interférence des médias. Une plainte a d'ailleurs été déposée par les libéraux à Élections Ontario.

Les chefs des trois principaux partis ont poursuivi leur tournée de la province, lundi. Doug Ford a été le seul chef à ne pas offrir de disponibilité aux médias pour que les journalistes puissent poser leurs questions.

En agissant ainsi, les conservateurs veulent prévenir les possibles dérapages de leur chef, Doug Ford, avance le professeur Graefe.

« Les conservateurs ne veulent pas mettre une personnalité aussi bouillante devant la presse où en fin de compte il aura du mal à tenir un discours conséquent sur ses promesses électorales », juge-t-il.

Cette stratégie ne pourrait affecter le parti que si les partis adverses, les libéraux et les néo-démocrates mettaient de l'avant le fait que les conservateurs aient quelque chose à cacher.

Pour le professeur, c'est le débat démocratique qui en paie les frais.

« C'est une perte démocratique importante, mais je pense que pour le grand public souvent, ça se traduit surtout par l'idée que ce sont les journalistes qui se plaignent », conclut-il.

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