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La gourmandise des détaillants à l'origine du prix élevé de l'essence à Ottawa et à Gatineau

Nul besoin de chercher bien loin pour comprendre la hausse élevée du prix de l'essence à Ottawa et à Gatineau. Aux dires de quelques experts, certains détaillants profitent présentement de l'ouragan Harvey pour gonfler leurs prix et augmenter leur marge de profit.

Un texte d'Angie Bonenfant

Le prix de l'essence est deux fois plus élevé à Ottawa et à Gatineau que dans le reste de l'Amérique du Nord. À elle seule, la capitale a connu une hausse d’environ 25 cents le litre depuis le début du mois d'août.

L'ouragan Harvey qui a frappé le sud des États-Unis a sa part de responsabilité. Le typhon a forcé plusieurs raffineries à interrompre leur production. Cet arrêt forcé a créé des pénuries de carburant et entraîné la hausse des prix à la pompe.

Au-delà de Harvey, il y a aussi les détaillants. Aux dires de certains spécialistes, ceux d'Ottawa et de Gatineau sont particulièrement gourmands.

« À Ottawa, une partie de l'augmentation n'a rien à voir avec l'ouragan Harvey ou le prix à la rampe qui est partout le même », explique Dan McTeague, chef analyste pour le site Gasbuddy.com. « Ce sont plutôt les détaillants qui ont instauré leur marge de profit à 10 cents le litre. »

« Il y a deux semaines, le prix de l'essence oscillait autour d'un dollar le litre. Aujourd'hui, le prix est d'environ 1,29 dollar », indique M. McTeague. « De ces 29 cents d'augmentation, 19 cents sont en lien avec l'ouragan Harvey. Les 10 autres cents, c’est la marge de profit des détaillants. »

Dernièrement, les analystes constatent que la marge de profit des détaillants d'Ottawa et de Gatineau est beaucoup plus élevée que partout ailleurs en Amérique du Nord.

Au cours du long week-end, certains détaillants n'ont pas hésité à augmenter leur marge de profit de 12 à 14 cents le litre alors qu'en temps normal, en accord avec le marché, cette marge de profit devrait se situer autour de cinq à six cents le litre.

« Parfois, les distributeurs essaient d'aller en chercher plus et c'est ce que l'on observe présentement [à Ottawa et à Gatineau] », avance Jean-Thomas Bernard, professeur au Département de science économique de l'Université d'Ottawa. « Quelques distributeurs essaient de pousser les prix à la hausse. Des fois, ils sont suivis et d’autres fois, ils ne le sont pas. »

Il n'y a pas si longtemps, on a observé le même phénomène à Montréal, rappelle M. Bernard. Le prix oscillait autour de 1,33 dollar le litre, alors que dans la région d'Ottawa et de Gatineau c'était entre 1,15 et 1,18. Chaque région peut faire preuve de gourmandise. C’est le marché qui dicte la marche à suivre, laisse-t-il entendre.

Beaucoup de taxes

Sonia Marcotte, présidente-directrice générale de l'Association québécoise des indépendants du pétrole, nuance les propos de ses deux collègues et défend les détaillants. Le prix de l’essence est élevé à cause des multiples taxes, dit-elle.

« Pour comparer des comparables, il faut enlever les taxes », soutient-elle. « Si on enlève les taxes, les données compilées par Ressources naturelles Canada, vendredi, indiquent des prix hors taxes très comparables que ce soit à Toronto, Montréal, Ottawa et Gatineau. »

Pour la PDG, les détaillants ne cherchent pas à faire le maximum de profit, mais ils essaient plutôt de garder la tête hors de l’eau.

« Pour un détaillant de la région de Gatineau, ça lui coûte 5,5 cents pour couvrir ses coûts d'exploitation. À ce montant-là, il ne fait pas encore d'argent. Pour faire un profit, il faut que sa marge soit au-delà de ça. Et quand je vous parle de 5,5 sous, c'est quand ils paient tous leurs employés au salaire minimum », indique-t-elle. « Lorsque la marge du détaillant est de 5,2 sous à Gatineau, à cinq kilomètres de l'Ontario, c'est à peine suffisant pour couvrir ses coûts d'exploitation. »

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