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La légalisation du cannabis enrayera-t-elle le marché noir?

Un sondage CROP/Radio-Canada révèle que le tiers de la population de la région de la capitale nationale ne croit pas que la légalisation du cannabis, prévue à l'été 2018, éliminera complètement le marché noir.

Un texte de Karine Lacoste

À Gatineau, environ une personne sur deux est en désaccord avec l’affirmation selon laquelle la légalisation écartera le crime organisé du marché du cannabis au Canada.

À Ottawa, c’est plutôt 73 % des répondants qui sont de cet avis. Il s’agit d’un des rares aspects sur lesquels on note une différence significative dans les réponses d’Ottawa et de Gatineau.

Le sondage a été réalisé du 17 au 28 janvier 2018, pour un total de 1067 entrevues complétées : 524 à Gatineau et 543 à Ottawa.

Selon le président de CROP, Alain Giguère, ce scepticisme accru au Québec est lié au fait « qu’au Québec on a ‘’starisé’’ le crime organisé, ils sont devenus des vedettes. On a l’impression, je pense, au Québec, que le crime organisé est tellement bien organisé, tellement bien géré », explique-t-il.

Le directeur général du Centre d’intervention et de prévention en toxicomanie (CIPTO), Yves Séguin, croit pour sa part qu’il y aura une diminution du marché noir, sans qu’il disparaisse complètement.

Un point de vue partagé par le chef du Service de police de la Ville de Gatineau, Mario Harel. En entrevue à Radio-Canada, M. Harel ne se fait pas d’illusion, le crime organisé est là pour rester.

L’impact de la légalisation

Dans le cadre de ce sondage, les répondants ont pu se prononcer sur les aspects les plus positifs et les plus négatifs liés à la légalisation du cannabis. La principale crainte des résidents de la région de la capitale nationale concerne l’augmentation des accidents de la route.

La déjudiciarisation est à l’opposé l'aspect jugé le plus positif de ce changement de législation.

TABLEAU

La déjudiciarisation est un élément crucial, selon le professeur en criminologie de l’Université d’Ottawa Eugene Oscapella qui déplore les effets pervers de la prohibition actuelle.

« On reçoit un casier judiciaire après être condamné de possession simple », ce qu’il décrit comme « un grand gaspillage de ressources gouvernementales et une perte énorme des droits et libertés ».

« La prohibition a été un échec énorme », rappelle M. Oscapella. Selon lui, la prohibition a mené à « des drogues de mauvaise qualité, de la violence dans la communauté », en plus d’être l’une des plus grandes sources de revenus du crime organisé.

Les revenus du cannabis

Environ 60 % des gens interrogés sont d’accord avec l’idée de surtaxer le cannabis. Les experts s’entendent toutefois pour dire que le prix doit rester raisonnable si on veut que les consommateurs se tournent vers le produit légal. En ce qui a trait aux revenus tirés des ventes de cannabis, la majorité des répondants souhaitent qu’ils soient investis en santé.

Yves Séguin souhaite d’ailleurs que les gouvernements « n’attendent pas la légalisation pour faire des messages de prévention » et espère « un leadership des gouvernements pour promouvoir la sensibilisation, pour enlever les tabous et permettre la discussion ».

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