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La pilule abortive toujours difficilement accessible au Québec

Radio-Canada a appris que plus d'un mois après l'arrivée de la pilule abortive gratuite au Québec, ce médicament permettant d'interrompre une grossesse indésirée demeure peu accessible dans la province.

Un texte d'Estelle Côté-Sroka

En l'absence d'entente entre le gouvernement et la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) sur la rémunération entourant ce service, certains médecins préfèrent ne pas prescrire le médicament.

« On a été mis devant le fait accompli qu'elle serait disponible et il y a une demande, les gens appellent dans les cliniques », indique le porte-parole de la FMOQ, Jean-Pierre Dion. Il assure que la Fédération fait de son mieux pour faire avancer les négociations dans « un contexte qui est un peu urgent ».

Selon la FMOQ, prescrire la pilule RU-86, commercialisée sous le nom de Myfegymiso, est un acte médical aussi complexe que de procéder à l'avortement chirurgical, parce que le médicament est conçu pour provoquer une fausse couche et peut entrainer une série d'effets secondaires.

Le président de l'Association des médecins omnipraticiens de l'Ouest du Québec, le Dr Marcel Guilbault estime que la rémunération qui sera déterminée devra tenir compte d'un ensemble de facteurs.

« Il faut quand même considérer [qu'il faut] rencontrer la patiente, il faut faire des discussions comme dans l'avortement classique chirurgical, il faut faire une échographie, il faut prescrire la pilule, il faut revoir la patiente après pour en discuter et voir s'il y a eu des effets secondaires, il faut refaire une échographie pour être certain que l'avortement a bel et bien eu lieu », détaille-t-il.

La FMOQ estime que Gaétan Barrette a agi de manière « improvisée » en annonçant que la pilule abortive sera accessible gratuitement dès la mi-décembre. Le regroupement n'empêche pas pour autant ses membres de prescrire la pilule abortive pendant les négociations. Les médecins ont la possibilité d'être remboursés rétroactivement.

Le gouvernement se défend

Dans une déclaration écrite transmise par son attachée de presse, le ministre de la Santé a fait savoir que malgré l'absence d'une entente avec les médecins de famille, la pilule demeure accessible pour interrompre une grossesse dans un délai de neuf semaines ou moins.

« Heureusement, l'accès à la pilule abortive est totalement et immédiatement disponible chez les gynécologues à qui nous référons la clientèle actuelle », affirme Gaétan Barrette.

Des cliniques prises au dépourvu

La Clinique des femmes de l'Outaouais ne prescrit pas la pilule abortive. En plus de l'incertitude autour de la rémunération, ses dirigeants ne savent tout simplement pas comment se procurer le médicament.

« Au départ, quand l’annonce ministérielle a été faite, le médicament n’était pas disponible du tout au Québec jusqu’au 11 janvier. Maintenant, on sait qu’il y a des doses qui sont disponibles. Par contre, on doit clarifier l’approvisionnement [...] donc on est en train de travailler avec le Centre intégré de santé et de services sociaux de l'Outaouais pour savoir comment on va pouvoir avoir accès au médicament », explique la directrice générale, Patricia Larue.

Beaucoup de médecins font face au même défi d'approvisionnement, si bien que la FMOQ souhaite que des ententes soient également conclues avec le gouvernement sur cet enjeu.

En attendant, Mme Larue déplore de ne pouvoir offrir ce service, puisque des femmes enceintes tentent de l'obtenir auprès de sa clinique chaque semaine.

« Pour le moment, on dit [aux femmes] que nous, à la clinique, on ne l'offre pas, qu'on offre l'avortement par méthode chirurgicale », affirme Mme Larue.

« Ce n'était pas vraiment vrai de dire qu'à partir du vendredi 15 décembre, toutes les femmes du Québec pourront avoir accès au médicament », ajoute-t-elle.

La Clinique des femmes de l'Outaouais incite les femmes désirant obtenir la pilule abortive à obtenir une prescription auprès d'un médecin de l'Ontario, où le médicament est disponible et couvert par le gouvernement depuis le 10 août.

Une pilule difficile à trouver en Ontario

Or, selon le Centre de planning des naissances d'Ottawa, il n'y a que dix cliniques qui offrent la prescription dans toute la province, dont trois à Ottawa.

« Un médecin de famille peut la prescrire, mais ce n'est pas ce qui arrive en principe, parce qu'il y a un manque d'information. Les gens [...] sont inquiets de ce que ça veut dire quand tu deviens un médecin qui prescrit la pilule abortive, donc qui facilite l'accès à l'avortement », explique la coprésidente de l'organisme, Laura Colella.

Elle ajoute que son organisme a encore beaucoup de travail d'éducation à faire auprès des médecins de famille, qui souvent ne savent même pas qu'ils peuvent prescrire le médicament. Par ailleurs, plusieurs médecins préfèrent ne pas publiciser leur capacité à procéder à cet acte médical, précise Mme Colella.

Ni le ministère de la Santé de l'Ontario ni celui du Québec ne sont en mesure de dire quels médecins prescrivent la pilule abortive.

Par ailleurs, le ministère de la Santé du Québec n'a pas pu fournir à Radio-Canada le nombre de prescriptions de pilules abortives qui ont été faites à ce jour. De son côté, la Régie de l'assurance-maladie du Québec n'a pas répondu à notre demande d'information à ce sujet.

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