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La Principale à Aylmer, une rue pleine d’histoires

Dans ce secteur où se croisent visiteurs, commerces et restaurants, des édifices importants se fondent au décor. Ces lieux pourtant connus pour leur vocation actuelle cachent aussi un passé bien chargé.

Un texte de Christelle D'Amours pour Tout inclus

Une simple promenade sur la rue Principale dans le secteur Aylmer de la Ville de Gatineau permet de croiser bon nombre d’édifices classés au Répertoire du patrimoine culturel du Québec. Ces immeubles sont reconnaissables par leur architecture particulière témoignant des vestiges d’antan. Parfois, ils arborent même des panneaux ou des plaques commémoratives qui les identifient.

Certaines constructions de la rue Principale et des environs ont été témoin d’activités qui ont marqué le cours de l’histoire de l’Outaouais. Elles ont été érigées par les grands bâtisseurs de la région.

L’Hôtel British

Adresse : 71, rue PrincipaleConstruction : Vers la fin des années 1830

La construction de l’hôtel fut amorcée par Robert Conroy dans les années où il était très impliqué dans le paysage économique de la région, avant même de devenir conseiller municipal, puis maire d’Aylmer.

Le bâtiment accueillait les voyageurs qui venaient prendre le bateau à vapeur tout près de là, au débarcadère non loin de l'Auberge Symmes. « M. Conroy avait un service de calèches et allait chercher les voyageurs à Hull [...]. Il les amenait coucher chez lui [à l’Hôtel British] », explique Micheline Lemieux, présidente de l’Association du patrimoine d’Aylmer.

Un lieu de rencontre important

L’Hôtel British a été témoin de moments historiques marquants et de discussions politiques déterminantes sur la scène politique de l’époque.

« C’est là qu’a été fondée la ville », explique Mme Lemieux. Elle ajoute que c’est à cet endroit que s’est tenue la première réunion du tout premier conseil de la Ville d’Aylmer en 1847.

L’établissement a accueilli de nombreux politiciens du 19e siècle. « On sait qu’il y a toutes sortes de grands noms qui sont venus », affirme la présidente de l’Association du patrimoine d’Aylmer. Elle rapporte d’ailleurs les dires de certains à l’effet que John A. Macdonald ait pris un verre de whisky devant le foyer du British. « Peut-être. Il y a de bonnes chances! », dit-elle. Elle mentionne aussi des dires au sujet de l’homme fort Louis Cyr, qui aurait été de passage à l’hôtel à quelques reprises et aimait y prendre un coup.

L’Hôtel British était fréquenté pour la qualité de sa cuisine et le divertissement qu’il offrait. C’était un endroit chic dans ses premières années où l’on tenait des réceptions et des grandes fêtes. L’entretien a pourtant été négligé par la suite, instaurant une nouvelle réputation à l’endroit. « C’était un bar qui était assez heavy par bouts de temps », ajoute Micheline Lemieux. Elle précise par contre que les gens continuaient à fréquenter l’hôtel, entre autres, pour y voir des prestations de groupes de musique.

Aujourd’hui…

Maintenant appelé le British, le bâtiment a été rénové pour devenir un établissement multifonctionnel qui regroupe une salle à manger, un pub, des salles de réception, un hôtel et même un café qui porte le même nom dans l’édifice juste à côté.

L’ancien palais de justice d’Aylmer

Adresse : 120, rue principaleConstruction : début des années 1850

Le premier palais de justice d’Aylmer fut construit sur un autre terrain au début des années 1840. Après qu’un incendie ait ravagé les installations, l’institution est déménagée au début des années 1850 à l’endroit actuel situé à l’angle des rues Eardley et Principale.

Un « trou » pour les prisonniers

Le palais de justice comptait une prison. « Il y avait une grande tour en arrière. On dit que quelqu’un aurait été pendu là. [...] Bien des documents ont été perdus. Il n’y a pas de noms là-dessus », ajoute Micheline Lemieux.

Elle décrit aussi les conditions minimales de l’endroit : des murs particulièrement froids, humides et des prisonniers souffrant de malnutrition. « Il y avait probablement une place où ils isolaient les gens les plus agressifs ou les moins fins. On envoie les gens au trou et c’est une expression qui est restée », dit Mme Lemieux. « On peut [de nos jours] voir des restants de ce que c’était à l’époque. Ça ne devait pas être extrêmement confortable. »

Plusieurs vocations pour la municipalité d’Aylmer

Après le déménagement de la cour de justice dans le secteur Hull, le bâtiment fut offert à la municipalité d’Aylmer qui en a fait d’abord un hôtel de ville, puis une caserne de pompiers et finalement une bibliothèque municipale.

Aujourd’hui…

Le lieu est appelé Centre culturel du Vieux-Aylmer. Il comprend une galerie d’exposition, l’espace Pierre-Debain, et le Cabaret La Basoche où sont présentés des spectacles.

La première maison de John-Egan

Adresse : 153, rue principaleConstruction : dans les années 1840

Le bâtiment a été construit par John Egan qui était millionnaire selon les dires de la présidente de l’Association du patrimoine d’Aylmer. « Il a fait de l’argent lui, c’est effrayant », dit-elle.

M. Egan fut le premier maire de la nouvelle municipalité d’Aylmer en 1847. Il aurait vécu dans cet édifice avant de construire sa grande maison située au 161, rue Principale, située sur le terrain où se trouve aujourd’hui la résidence de personnes âgées Chartwell Monastère d’Aylmer. John Egan avait des pierres sur son terrain de grande superficie. La première partie de l’église Christ Church, située juste en face de ce terrain, aurait été construite avec des pierres données par Egan lui-même.

Mythe sur la mort de John Egan

Toujours selon Mme Lemieux, l’homme d’affaires serait décédé à un jeune âge en contractant la typhoïde à Québec.

Il a été enterré sur son terrain [au 161 rue Principale], mais le site a ensuite été désacralisé et les corps qui s’y trouvaient auraient été déplacés. Micheline Lemieux mentionne « une autre légende urbaine qui dit que peut-être qu’il est resté enterré là ».

Aujourd’hui…

Le bâtiment du 153, rue Principale est aujourd’hui occupé par l’EssenCiel, une clinique de massothérapie.Le conservatoire de musique Macey y poursuit aussi ses activités.

L’Auberge Charles-Symmes

Adresse : 1, rue Front (à l’angle de la rue Front et de la rue Principale)Construction : 1830

Le bâtiment a été construit par Charles Symmes, le neveu de Philemon Wright, considéré comme un fondateur principal d’Aylmer.

Un emplacement stratégique

L'Auberge Symmes a été érigée sur un site stratégique à proximité d’un débarcadère de bateaux à vapeur, ce qui permettait d’accueillir les voyageurs en provenance de Montréal qui empruntaient la rivière des Outaouais. L’auberge est rapidement devenue un important relais dans le réseau de transport de l’Outaouais.

Micheline Lemieux précise que l’emplacement choisi pour ériger l’auberge avait été très bien réfléchi lors de sa construction. Pendant les inondations du printemps 2017, l’eau de la marina d’Aylmer a monté très haut, mais « l’Auberge Symmes était bien correcte. Pas une goutte d’eau [...] alors que l’eau a tourné le coin et essayait de remonter la rue Principale, mais elle ne venait pas proche de l’auberge », nous rappelle-t-elle.

Charles Symmes a vendu la propriété à Robert Conroy, qui a poursuivi la vocation de l’endroit en la louant à des aubergistes qui l’exploitaient à sa place. La fréquentation de l’auberge a ensuite diminué avec le développement du réseau ferroviaire.

Une page de l’histoire d’ici

Dans les années 1890, un incendie ravage les installations qui sont laissées à l’abandon pendant quelques années. L’auberge est ensuite vendue par la succession de Conroy, puis a eu plusieurs vocations.

Le bâtiment fut classé monument historique en 1975 par le ministère des Affaires culturelles du Québec [maintenant le ministère de la Culture et des Communications]. « C’est probablement l’un des seuls dans la région’ », précise Mme Lemieux.« Ca lui donne toute une protection. On n’est pas supposés construire n’importe quoi dans un rayon de 150 mètres. »

L'Auberge Symmes est aussi un lieu historique national du Canada depuis 1976. Elle a été restaurée dans les dernières années, toujours en respectant les matériaux et l’aspect d’origine.

Aujourd’hui…

La construction abrite le Musée de l’Auberge Symmes, qui offre une exposition permanente et des expositions temporaires sur l’histoire de la région.

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