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La santé cardiaque des femmes mobilise les experts à Ottawa

Longtemps négligée, car considérée comme un problème d'hommes, la santé cardiaque des femmes mobilise maintenant l'attention de la communauté scientifique et des acteurs du secteur de la santé. Plusieurs d'entre eux se sont réunis à Ottawa jeudi à initiative de l'Institut cardiologique de l'Université d'Ottawa et la Fondation des maladies du coeur et de l'AVC.

Un texte de Godefroy Macaire Chabi

L'objectif de ce sommet, qui se poursuit vendredi, est d'échanger sur les résultats de recherche récente afin de mieux affiner les interventions à travers le Canada.

Pendant longtemps, très peu d’études scientifiques se sont réellement intéressées à la santé cardiovasculaire des femmes. Pourtant, celles-ci développent autant que les hommes des maladies du cœur qui sont régulièrement fatales.

« Les études ont toujours été faites chez les hommes, parce qu'on pensait que l'infarctus du myocarde, la crise de coeur, c'était un problème des hommes », a indiqué Dre Michèle de Margerie de l'Institut de cardiologie de l'Université d'Ottawa.

Le traitement et les interventions étaient donc fondés sur les études basées uniquement sur les hommes, alors que les femmes ont des manifestations différentes de ces maladies.

« Tout le cycle de la vie de la femme, avec les effets hormonaux à la première menstruation, à la grossesse, à la ménopause, chacun de ces points-là peut avoir un effet sur la santé cardiaque », a souligné Dre de Margerie.

Des diagnostics tardifs

Dans de nombreux cas de maladies de la valve aortique, les symptômes chez les femmes ont été longtemps jugés peu sévères, selon la chercheuse à l'Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie du Québec Marie-Annick Clavel.

« Jusqu’à un certain temps, on avait défini des seuils de mesure de calcium dans la valve par scanner qui font que, si on était une femme, même si on avait une maladie sévère, on avait cinq fois moins de chance d'être diagnostiquée comme ayant une maladie sévère », a-t-elle dit.

Or, lorsque la maladie atteint une étape où il faut finalement se faire opérer, il peut y avoir des complications. Par exemple, dans le cas du remplacement de la valve par chirurgie, les femmes sont plus à risque de développer des insuffisances cardiaques et des séquelles après les interventions, regrette-t-elle.

Par ailleurs, indique-t-elle, les symptômes de maladies coronariennes chez les femmes sont différents de ceux des hommes « et pendant un certain temps, ils n’étaient pas reconnus chez les femmes comme des symptômes de maladies cardiaques ».

Autre réalité, plusieurs femmes ne rapportent pas ou peuvent être amenées à minimiser leurs symptômes pour toutes les maladies cardiovasculaires, ajoute la docteure Clavel. Cela crée des délais de traitement.

Suzanne Hudon, une femme d'Ottawa opérée il y a cinq ans à la suite d'un blocage de l'artère coronaire, souligne la nécessité pour les femmes d'être attentive aux premiers symptômes. Elle juge aussi qu'il faut offrir plus d'aide aux femmes souffrant des maladies du coeur.

« Comment est-ce qu'on peut avoir de l'aide à l'extérieur, dans nos communautés? Moi, j'avais beaucoup d'appuis chez moi, mais il y a beaucoup de femmes qui n'ont pas d'appui à la maison. Juste le fait de passer quelques heures avec d'autres femmes qui sont déjà passées par la même chose, les mêmes inquiétudes, c'est bénéfique », a estimé Mme Hudon.

Des interventions uniformes à travers le Canada

Le Sommet canadien sur la santé cardiaque des femmes entend mettre en place un plan d'intervention pancanadien pour soutenir la lutte contre les maladies du coeur chez les femmes.

« Par exemple, une femme enceinte qui se fait diagnostiquer avec un diabète ou de la haute pression doit être suivie après sa grossesse. Maintenant, qui va la suivre? Est-ce que ça va être son médecin de famille? Est-ce que ça va être l'obstétricien qui a fait le diagnostic? Il faut mettre en place des processus, un système de suivi, un système d'intervention aussi », a jugé Dre de Margerie.

Le plan doit s'intéresser également à l'hormonothérapie chez la femme pendant et après la ménopause et à ses risques sur la santé cardiovasculaire.

« Il y a quelques années, on se disait qu'il fallait absolument plus donner d'hormones aux femmes en ménopause. Maintenant, on réalise que ce n'est plus tout à fait vrai [...] alors on se raffine un tout petit peu dans nos connaissances », a souligné Dre de Margerie.

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