Retour

La stratégie contre les violences sexuelles reçoit un accueil prudent à l'UQO

Des étudiantes et des professeures de l'Université du Québec en Outaouais (UQO) sont encouragées par la stratégie contre les violences sexuelles dévoilée, lundi, par la ministre de l'Enseignement supérieur du Québec. Elles ont toutefois quelques insatisfactions.

L’une des chercheuses de l'Enquête sur la sexualité, la sécurité et les interactions en milieu universitaire (ESSIMU), Stéphanie Demers, est ravie que l’accompagnement des victimes de violences sexuelles prenne une place importante dans la stratégie. Des guichets uniques auxquels les victimes pourront s’adresser devront être mis en place dans les universités et les cégeps.

« C’est important que les victimes puissent aller consulter quelqu’un qui est formé et qui est capable d’accueillir ce genre de plainte et de signalement », a estimé la professeure au Département des sciences de l’éducation à l’UQO.

Toutefois, l’UQO ne connaît pas encore le montant d’argent qui lui sera versé pour que cela se concrétise.

Mme Demers croit également que la stratégie ne met pas assez l’accent sur l’éducation et la prévention afin que de telles violences soient évitées.

Plusieurs intervenantes s’inquiètent toutefois du fait que ces bureaux ne seront pas indépendants des établissements d’enseignement.

« Dénoncer quelqu’un qui est en position d’autorité, ce n’est pas évident, surtout quand on dénonce à quelqu’un qui est employé par l’institution, donc qui a le devoir de protéger l’institution d’abord et avant tout », a déploré l’étudiante Valérie Lafrance-Moreau, membre du Comité des femmes de l’UQO.

La prévention est l'affaire de tous, dit une dirigeante de l'UQO

En entrevue à l'émission Sur le vif, la vice-rectrice à l'enseignement et à la recherche de l'Université du Québec en Outaouais a reconnu que les établissements d'enseignement doivent prendre leurs responsabilités en matière de prévention des violences sexuelles.

« Ce qu'on veut, c'est vraiment travailler ensemble pour faire en sorte que ceci n'arrive pas », a dit Sylvie de Grosbois. « Oui, il y a une responsabilisation à l'égard des maisons d'enseignement, mais ça, on le savait. Il est évident que ça nous revient. »

Elle a ajouté que la clé est la prévention et non la coercition, et que toute la communauté universitaire a un rôle a jouer.

Mme de Grosbois a rappelé que l'UQO a mis en place, avant même le dévoilement de la stratégie provinciale, un comité consultatif de 25 personnes pour se pencher sur cette problématique.

« On a formé un groupe de travail spécifique qui va devoir se pencher, justement, sur cet aspect d'accompagnement des personnes », a-t-elle indiqué, soulignant au passage qu'il faut veiller à faire en sorte qu'une victime ne soit pas forcée de côtoyer son agresseur.

Des « vigiles » lors d’initiations

Une autre idée bien accueillie propose que des étudiants appelés « vigiles » assistent aux initiations, à jeun, pour s’assurer que tout se déroule bien.

Il ne faudrait toutefois pas omettre de former ces personnes, indique Laurence Clennett-Sirois, membre d’un comité chargé de développer une stratégie contre les violences sexuelles à l’UQO.

« Il faut qu’elles puissent bien répondre aux situations qui pourraient se présenter. J’aimerais aussi que ces personnes soient rémunérées ou reconnues d’une certaine manière par leurs institutions pour le travail très important qu’elles feraient », a expliqué Mme Clennett-Sirois.

Par ailleurs, même s’il est important de s’attaquer au problème des initiations, « il ne faut pas oublier que le contexte [de violences sexuelles] le plus courant est en contexte d’enseignement, de recherche, de travail d’équipe, donc en classe, avec les collègues de classe, avec les professeurs », selon Mme Lafrance-Moreau.

« C’est très peu pris en compte, j’aurais aimé voir plus à ce niveau-là », a fait savoir l’étudiante.

Avec les informations de Josée Guérin

Plus d'articles

Commentaires