Des centaines de milliers de personnes, la plupart des familles, sont attendues au Bal de neige au cours des prochaines semaines. Glissades, tire sur la neige, patinage sur le canal Rideau et compétitions de sculptures sont au menu. Mais est-ce que ces activités, qui reviennent annuellement et qui ont façonné l'identité de l'événement au cours de 40 dernières années, sont suffisantes pour que le Bal de neige demeure concurrentiel non seulement à l'échelle internationale, mais même ici, au Canada?

Un texte de Kevin Sweet

Si les organisateurs du Bal de neige misent année après année sur les mêmes activités, c’est parce que le public le demande.

« On s’est concentré sur les incontournables au Bal de neige après des sondages et des sondages », justifie Julie Descôteaux, la gestionnaire du festival.

Avec pour résultat, qu’au fil du temps, le festival est devenu aussi incontournable que prévisible.

À la merci du canal Rideau

D’ailleurs, s’il est une activité emblématique du Bal de neige et de l'hiver, à Ottawa, c'est bien le patinage sur la plus longue patinoire naturelle au monde.

Et l'événement mise beaucoup, peut-être même trop, sur cet attrait touristique, soulève Guy Laflamme, qui s'est occupé du festival pendant sept ans à la Commission de la capitale nationale (CCN).

Car le problème, depuis quelques années, c'est que les conditions du canal Rideau s’avèrent, elles, imprévisibles.

La compétition

Non seulement le Bal de neige devient-il tributaire du canal Rideau pour attirer des visiteurs, mais la compétition dans l'événementiel, l'hiver au Canada, est également rendue féroce. Montréal, Toronto et Québec se surpassent, année après année, avec leurs propres fêtes d'hiver.

Même dans la région d'Ottawa-Gatineau, les attentes sont plus élevées que jamais depuis les festivités du 150e. La Machine et MosaïCanada ont connu un succès fou auprès du public.

Hiver comme été, les organisateurs doivent donc être créatifs et innovateurs.

« Il faut réussir à accroître le niveau de stimulation intellectuelle et stimulation émotive pour créer des expériences plus grandes que nature », avance M. Laflamme.

L'exemple de Québec

Du côté de Québec, le Carnaval a justement embauché Daniel Gélinas comme consultant.

M. Gélinas a donné un second souffle au Festival d’été de Québec en réalisant entre autres l’exploit de programmer le spectacle de Céline Dion sur les plaines d’Abraham, lors du 400e de la Ville de Québec, et celui de Paul McCartney.

C’est lui qui aidera à relancer le Carnaval pour son 65e anniversaire.

Mais ce « plus » vient avec un prix. Le budget opérationnel du Carnaval de Québec est de 9,5 millions de dollars. C’est presque cinq fois plus que celui du Bal de neige.

Comment attirer les jeunes?

Souvent considéré comme un événement d’abord et avant tout familial, le Bal de neige fait par ailleurs face au défi de charmer les milléniaux.

Lorsqu’on pose la question à Julie Descôteaux, la gestionnaire du Bal de neige, elle répond que les organisateurs « impliquent les jeunes du collège Algonquin dans les projets », sans élaborer davantage sur des idées concrètes pour séduire cette nouvelle clientèle.

Pourtant, c’est en plein la question que se posent actuellement les organisateurs du Carnaval de Québec. Le virage familial qu'ils ont pris il y a une dizaine d’année s’est avéré un couteau à double tranchant.

« Ça a donné des résultats, mais ils ont écarté les jeunes de 18 à 35 ans qui veulent sortir et fêter. Ça leur joue des tours aujourd’hui », soulève Daniel Gélinas, qui aura comme mandat d’aller chercher autant les jeunes que les familles.

Repenser le modèle d'affaire

De l’avis de la directrice générale de Tourisme Outaouais, France Bélisle, il est peut-être temps de repenser le modèle d’affaire et de songer à des investissements supplémentaires.

Si Mme Bélisle applaudit la gratuité du Bal de neige et le fait qu’il soit destiné aux familles, elle constate elle aussi que toute une clientèle potentielle ne se sent pas interpellée par la programmation actuelle.

« Est-ce qu’on peut développer quelque chose de soir? Ce serait une nouveauté, Dans la région, on n’en a pas d’événements de soir, en hiver, donc il y aurait un beau potentiel. Il faut réfléchir à ça. Mais ça, c’est dans la cour de Patrimoine », conclut-elle.

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