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Le Canadien plus populaire que les Sénateurs à Gatineau 

Il n'existe pas de zone neutre quand il s'agit de partisanerie au hockey dans la région d'Ottawa-Gatineau.

Un texte de Angie Bonenfant

Selon un sondage réalisé entre le 10 et 22 septembre pour le compte de Radio-Canada, le Canadien de Montréal demeure de loin l'équipe de hockey préférée des Gatinois.

En fait, 63 % des résidents de Gatineau disent soutenir le Canadien contre seulement 23 % pour les Sénateurs d'Ottawa.

À l'inverse, toujours selon le même sondage, les Sénateurs sont l'équipe de l'heure à Ottawa. Près de 68 % des résidents de la capitale nationale encouragent les Sens contre 13 % pour les Habs.

« La majorité d'appuis est encore plus élevée chez les personnes âgées, celles qui ont été élevées avec le Canadien comme seule équipe de référence », a commenté Raynald Harvey, l'homme qui a entrepris le sondage.

Surprise de taille, dans l'ensemble de la région Ottawa-Gatineau, les Sénateurs sont légèrement favorisés avec 43 % d'appui contre 41 % pour le Canadien.

« Ça, ça surprend beaucoup de gens à l'extérieur de la région », a réagi Raynald Harvey.

« J'ai vu la situation évoluer seulement en 2005, lorsque les Sénateurs avaient de très bonnes chances d'emporter la coupe Stanley. On avait vu les aiguilles bouger en leur faveur, même à Gatineau », a-t-il raconté. « Pas assez pour renverser la majorité, mais il y avait un nombre de partisans des Sénateurs beaucoup plus élevé. »

Franchir la muraille gatinoise

La ligne du centre qui divise les partisans de la région d'Ottawa-Gatineau en deux camps est bien distincte.

Les Sénateurs peinent toujours à conquérir le coeur des Gatinoiss, plus de 20 ans après un retour dans la Ligue nationale de hockey.

Comment expliquer que le nombre de partisans de l'Outaouais n'est pas plus élevé? Que faire pour renverser la tendance?

Qu'en pensent nos experts?

Ingrédients d'une recette gagnante pour gagner le coeur des gens de Gatineau

1. S'IMPLIQUER DANS SA COMMUNAUTÉ

David Thibodeau : « Il n'y a pas de boutiques souvenirs des Sénateurs (comme on peut en trouver dans différents centres commerciaux à Ottawa) aux Promenades de l'Outaouais. [...] Les joueurs pourraient faire des visites dans les institutions de Gatineau, dans les hôpitaux et les écoles. Pourquoi pas un match préparatoire dans un amphithéâtre de Gatineau? Un match Sénateurs-Bruins au Centre Guertin, par exemple. »

André Richelieu : « On est très présent à Ottawa dans des oeuvres caritatives, mais un peu moins à Gatineau. [...] Il faut que les Sénateurs se positionnent comme étant l'équipe de la région d'Ottawa-Gatineau, pas seulement d'Ottawa. On ne peut pas rester cantonné à Kanata avec un aréna qui est à l'autre bout du monde. L'équipe a besoin d'aller dans les écoles, de serrer des mains, d'organiser des cliniques de hockey, de dépêcher des jeunes joueurs à des séances de hockey, par exemple, de créer un lien émotionnel fort. »

Phil Legault : « Ce n'est pas parce que les Sénateurs n'ont pas fait leur travail dans la région de l'Outaouais (qu'ils sont moins présents à Gatineau). Depuis notre première année, attirer des francophones a toujours été un défi! Même à Orléans, qui est un quartier francophone, on voit beaucoup de drapeaux du Canadien pendant la saison régulière ou pendant les séries entre le Canadien et les Sénateurs. »

2. DES JOUEURS FRANCOPHONES DE LA RÉGION, SVP!

André Richelieu : « Je vous dirais que ça doit commencer avec des joueurs de la région que l'on greffe à l'équipe. Les Sénateurs ont commencé à le faire avec les Jean-Gabriel Pageau et Marc Methot. Le sentiment d'appartenance à l'équipe doit se faire via des joueurs sympathiques, emblématiques et impliqués dans la communauté. »

Phil Legault : « Oui, mais lorsque Saku Koivu était capitaine du Canadien, il ne parlait pas français, et les fans étaient toujours là. Les Sénateurs ont beaucoup de francophones dans leur entourage. Ils font des efforts, mais le premier objectif de toutes les équipes, c'est d'attirer le meilleur joueur qu'il soit francophone, russe ou autre. »

David Thibodeau : « Pourquoi pas un ambassadeur francophone qui ferait le tour des médias, au début de la saison, pour faire la promotion de la saison à venir. Présentement, la couverture médiatique est davantage centrée sur le Canadiens de Montréal. »

3. TRANSPORT - FACILITÉ D'ACCÈS

Le Centre Canadian Tire est situé très loin dans l'ouest d'Ottawa et il n'est pas facile d'accès. Il n'y a pas d'entente entre le club et la société de transport en commun de Gatineau pour encourager les fans à venir voir les matchs.

David Thibodeau : « Je ne comprends pas qu'il n'y ait pas de navette qui part du côté québécois et qui va à Kanata, les jours de matchs. Même dans l'Est ontarien! Pourquoi pas organiser des navettes là aussi. »

4. UN BRIN DE PATIENCE

André Richelieu : « Les Sénateurs ont eu un gros travail à faire dû au fait qu'il n'y avait pas d'équipes depuis 60 ans et que des équipes comme le Canadien de Montréal avaient pris la place dans le coeur des partisans. [...] Les Maple Leaf et les Canadiens ont une histoire, une tradition, ce sont des équipes centenaires. Elles ont une base de partisans dont l'allégeance est transmise de génération en génération. Même si les Maple Leaf ont eu une performance pitoyable pendant quelques années, il y a toujours eu des partisans pour les appuyer. Ces fans ont grandi avec les joueurs légendaires, les coupes Stanley, l'ancien Gardens et tous ces symboles qui cristallisent l'appartenance. »

Phil Legaul : « Le Canadien, c'est une équipe avec une grande histoire. Ils ont gagné la coupe Stanley avec des joueurs qui sont devenus des légendes. Ils sont beaucoup impliqués dans leur communauté. Les présentations au Centre Bell, c'est toujours quelque chose, c'est fait avec beaucoup de classe. Il y a une tradition là et c'est contre ça que les Sénateurs doivent se battre. »

David Thibodeau :  Les Sénateurs pourraient eux aussi tabler sur leur histoire. Vous allez dire que c'est loin les années 1920, mais dans ces années-là, les Sénateurs étaient une équipe gagnante. On en a la preuve au plafond du Centre Canadian Tire avec toutes les bannières. [...] En 2007, on a senti une effervescence des Gatinois pour les Sénateurs, mais cela s'est vite effrité. Peut-être parce que le marketing des Canadiens de Montréal nous atteint davantage. »

5. OFFRIR UN BON SPECTACLE

André Richelieu : « Je dirais gagner ou du moins donner l'impression de gagner rapidement, ça me semble une condition sine qua non pour avoir un ralliement qui traverse les lignes culturelles de la grande région de la capitale nationale et pour rivaliser égal à égal avec le Canadien. S'ils font ça, les gens vont appuyer leur équipe, mais ça prend un produit de qualité, qui donne espoir aux partisans [...] Regardez ce qui se passe à Toronto avec les Blues Jays. La victoire ne fait pas foi de tout, mais les gens aiment s'identifier à des gagnants. »

Phil Legault : « Il y a eu des hauts et des bas, mais lorsque les Sénateurs étaient forts en 2007 ou lorsque le Canadien avait des problèmes à faire les séries, retournez voir les sondages de l'époque. Je suis sûr qu'il y avait beaucoup plus de fans des Sénateurs à Gatineau. »

6. GAGNER LA COUPE STANLEY!

André Richelieu : « Tant que les Sénateurs n'ont pas gagné la coupe Stanley, ils seront toujours comparés de manière négative aux Canadiens de Montréal. Les Sénateurs plus qu'une autre équipe ont besoin d'être des aspirants à la coupe pour cristalliser ce sentiment d'allégeance à l'interieur de la capitale nationale, transcender des lignes et commencer à avoir des partisans qui s'identifient aux Sénateurs. »

David Thibodeau : « Gagner une coupe Stanley, ça va au moins rallier les jeunes partisans qui, eux, vont grandir avec l'organisation. »

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