Retour

Le cinéaste François Girard creuse nos histoires dans Hochelaga

Depuis 10 ans, le cinéaste François Girard rêve de mettre le Québec, et en particulier la ville de Montréal, en vedette dans un de ses films. Celui à qui l'on doit Le Violon rouge et Soie, entre autres, n'avait pas eu la chance de le faire jusqu'ici. Le scénariste et réalisateur remédie à la situation avec Hochelaga : terre des âmes, qui prendra l'affiche le 19 janvier.

Un texte de Kevin Sweet

« C’était sur ma liste. C’était un vieux désir. Ça fait 10 ans que je tâte l’idée de faire un film qui ferait une recherche de mes racines et de nos racines », confie-t-il lorsque joint à Québec, où il se trouvait pour une campagne de promotion.

L’idée pour Hochelaga lui est venue un matin alors qu’il regardait le célèbre Mont-Royal, qu’il peut apercevoir de la fenêtre de sa maison.

Ce moment a été l'élément déclencheur qui a donné naissance à cette fresque qu’il qualifie d’identitaire plutôt qu’historique.

Hochelaga : terre des âmes relate comment un jeune archéologue, interprété par Samian, fait la découverte du site original de Montréal, dont l'emplacement exact demeure un mystère pour les archéologues.

Dans le film, le site est découvert lors d’un affaissement de terrain, un phénomène qu’on appelle sinkhole en anglais, lors d’un match de football. Une fouille archéologique révèle que le sol est riche en artefacts.

François Girard utilise chaque objet trouvé par son personnage pour faire un retour dans le temps pour relater un moment important de l’histoire de Montréal.

On y voit même l’arrivée de Jacques Cartier et sa rencontre avec les autochtones dans le village de Hochelaga, une reconstitution qui n’a pas été souvent mise en scène à l’écran.

« Les archéologues, les historiens et les anthropologues des 100 dernières années cherchent encore Hochelaga. Moi, j’ai le privilège de la fiction et dans le film, on le trouve. »

Le cinéaste espère que son film va remédier à certaines lacunes quant aux connaissances de l’histoire. À son avis, on se souvient peu du passé même si la devise Je me souviens est inscrite sur les plaques d’immatriculation au Québec.

« On se soucie peu de nos historiens, il n’ont pas une très grande place dans notre culture et notre tissu social. Je pense que le cinéma est un outil pour regarder derrière », argumente-il.

Un film plurilingue

Six langues sont parlées dans le film et tous les rôles amérindiens, y compris ceux des 300 figurants, sont joués par des Autochtones.François Girard voulait montrer que la ville de Montréal était bien plus que francophone et anglophone.

D’ailleurs, le film avait été sélectionné par Téléfilm pour représenter le Canada aux Oscars. Au final, Hochelaga n’a pas été retenu sur la courte liste de finalistes.

Un budget imposant

Le long métrage a été produit avec un budget de 15 millions $. Ce genre d'enveloppe est rare dans l’industrie du cinéma canadien. François Girard confie que c’est tout de même une somme insuffisante pour l’ambition de son scénario.

« De reconstituer les décors et les costumes, ça implique un tas de chose. Ce film est ambitieux sur ce plan. Parce qu’on a quatre, et même cinq époques, à reconstituer », fait-il valoir.

Hochelaga : terre des âmes n’est pas le seul long métrage sur les peuples autochtones prévus en 2018. Indian Horse sortira en avril et le documentaire Our People Will Be Healed de la réalisatrice Alanis Obomsawin, un peu plus tard cette année.

« Collectivement, on est rendu à un point de non-retour où on doit faire face à une réalité qu’on a enfouie, qui sont nos origines amérindiennes. Ce film est une contribution parmi tant d’autres », conclut François Girard.

Plus d'articles