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Le député ontarien Jack MacLaren entre Rob Ford et François Bugingo

Le député conservateur Jack MacLaren a inspiré cette semaine son propre mot-clic sur les réseaux sociaux : #JackMaclarenTestimonials. Il suffit d'associer une photo ou un nom à une citation surréaliste, grossièrement fausse, pour participer.

Une chronique d'Alex Boissonneault

L'affaire n'est pas sans rappeler la saga du journaliste déchu François Bugingo. Il semble que c'est un mal qui court, inventer pour se vanter.

Quand même, Jack MacLaren est différent. Il est peut-être plus près de l'ancien maire de Toronto, Rob Ford et de Donald Trump que du présentateur Brian Williams. M. Ford n'avait pas son pareil pour les propos grossiers, alors que Donald Trump ne fait certainement pas dans la langue de bois.

De son côté, le représentant de Carleton-Mississippi Mills pensait sans doute avoir survécu à la plus horrible semaine de sa carrière politique quand le Ottawa Citizen a rendu public de nouveaux enregistrements de ses frasques.

Encore au Carp Fair Men's Nights, le même événement qui a fait jaser il y a trois semaines quand le même Jack MacLaren avait fait des commentaires désobligeants au sujet de la députée libérale fédérale Karen McCrimmon.

« Ma femme et moi, on ne pense pas pareil » raconte l'émule de Mike Ward. « Elle donne de l'argent à des gens sans-abri et moi à des filles sans vêtements » (traduction libre de : She gives to homeless and I give to topless).

Il en rajoute : « Un mari dit à sa femme qu'elle a grossi et compare son derrière à un barbecue. Plus tard, elle refuse ses avances sexuelles et lui dit que ça ne vaut pas la peine d'allumer un si gros four pour une si petite saucisse! »

Et ça continue comme ça durant de longues minutes. Les blagues sont juteuses, mais Chris Rock fait bien pire. Le problème, c'est qu'on n'est pas au cabaret et que c'est un élu qui est sur la scène.

Pas de quoi rire pour Patrick Brown

Si Jack MacLaren se prend pour un humoriste, son chef Patrick Brown, n'a pas le sens de l'humour. C'est tout son parti qui est éclaboussé. Cette affaire est un exemple de mauvaise gestion des relations publiques à étudier dans les manuels scolaires.

D'abord, il y a le député que les journalistes ont dû pourchasser dans les couloirs de l'Assemblée législative et qui a justifié ses fabrications en disant qu'il voulait « protéger l'identité des résidents ».

Ensuite, il y a la façon dont le chef a géré la crise qui a aussi été fortement critiquée. Après l'affaire des faux témoignages, Patrick Brown s'est réfugié derrière la cassette du « pas commentaire, j'ai besoin de tous les faits, c'est une question qui ne concerne que le parti ».

Mais même sa décision subséquente de démettre Jack MacLaren de son rôle, largement symbolique, de président du caucus conservateur pour l'est ontarien - confié au député Jim McDonell - a été jugée sans valeur, voire même de trop clémente.

Les incartades du député MacLaren créent des remous dans le parti. Sa collègue Lisa MacLeod, ancienne adversaire de Patrick Brown durant la course à la direction du parti, s'est publiquement rangée du côté de la députée fédérale offensée durant l'épisode des blagues vulgaires.

Un chef magnanime... ou prudent?

Pourquoi Patrick Brown a-t-il décidé de garder le controversé député au sein de son caucus? Après tout, ce n'est pas seulement son humour douteux qui est en cause, mais sa crédibilité et son jugement. Inventer des témoignages pour mousser son travail, c'est ni plus ni moins mentir au public.

Jack MacLaren compte, avec Monty McNaughton, parmi les premiers et les plus solides appuis de Patrick Brown dans le parti. Durant la course à la direction du parti, M. MacLaren a coprésidé la campagne de M. Brown.

Cet allié du nouveau chef est aussi l'ancien président de l'Association des propriétaires terriens de l'Ontario. Cela explique peut-être la réaction du chef : les fermiers font certainement partie des électeurs que Patrick Brown ne souhaite pas flatter à rebrousse-poil. Ils sont aux conservateurs ce que les Torontois sont aux libéraux.

D'ailleurs, la première ministre Kathleen Wynne a beau laisser entendre, comme elle l'a fait vendredi, qu'elle aurait chassé un député de son caucus qui aurait fait la même chose, mais il y a fort à parier qu'elle tiendrait un autre discours si son Rob Ford à elle était, disons, l'ancien président d'un syndicat d'enseignant.

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