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Le fabuleux destin d’Iris, de Pointe-Gatineau à Tokyo

Faire rayonner le neuvième art jusqu'au pays du Soleil-Levant, où le manga est roi, c'est le tour de force que vient de réussir la bédéiste Iris. La Gatinoise d'origine revient en effet d'une tournée au Japon, à l'invitation de la Délégation du Québec à Tokyo. Retour sur son premier album de fiction, la bande dessinée Justine, ancrée en plein coeur du quartier Pointe-Gatineau.

Un texte de Stéphanie Rhéaume pour l’émission Les Malins

Fin mars. Les rayons du soleil chauffent le visage illuminé d’Iris qui fait une performance de dessin en direct lors de la fête de la francophonie dans la capitale nipponne. Des biscuits et du thé à l’érable sont distribués aux passants curieux.

On est bien loin du quartier de Pointe-Gatineau, où cette jeune auteure de 33 ans a passé son adolescence.

C’est là qu’elle a planté le décor de Justine, récit en phylactères d’une jeune femme parachutée dans cette banlieue empreinte d’une atmosphère un peu bizarre et glauque, signature bien personnelle d’Iris.

Cases et bulles de Pointe-Gatineau

Les lecteurs de la région retrouvent dans ses cases plusieurs référents au paysage urbain du quartier.

Son héroïne passe le temps en dessinant au restaurant Patio Vidal. Elle fait ses emplettes au magasin d’escompte Chez Tante Marie. Pour Iris, qui rêvait à l’époque de faire carrière en Outaouais, il était important d’ancrer son histoire ici.

« J’admire les auteurs qui sont capables de se mettre à la place de quelqu’un qui habite dans un autre pays en se documentant. J’ai trop peur de faire ça. J’aurais peur de me tromper, avance-t-elle. En général, je parle de ce que je connais, de ce que j’ai vu et vécu, d’endroits où je peux me rendre pour me documenter en prenant des photos. »

Iris se rappelle en riant de la réaction des gens qui la voyaient se pointer dans les rues du quartier avec son appareil photo. Plusieurs se méfiaient et se demandaient ce qu’elle pouvait bien faire là. À l’époque, elle a même été expulsée d’un magasin alors qu’elle poursuivait sa recherche visuelle pour sa bande dessinée.

Bien qu’Iris habite Montréal depuis 10 ans, elle a toujours cherché à vivre dans des quartiers semblables à celui dans lequel elle a grandi. Elle apprécie la diversité sociale qu’elle y retrouve.

La création des personnages

Si sa toute première publication Dans mes rellignes, parue en 2006 chez Mécanique générale, se voulait une bande dessinée autobiographique, ce deuxième effort relève clairement de la fiction. Le personnage de Justine se distingue de sa créatrice.

« Justine est blonde. Elle est beaucoup plus jeune que je le suis. Elle est un peu innocente, s’esclaffe-t-elle. Elle habite avec une coloc handicapée. »

Seul point en commun : elles ont toutes les deux été secrétaires dans un centre sportif. C’est assez étonnant pour Iris, puisqu’elle entretient tout sauf une passion pour la culture physique. Elle n’avait aucune expérience dans ce type de boulot à l’époque, mais son sourire et son entregent ont plu au propriétaire.

Le club d’aérobie imaginé Iris pour son héroïne a de quoi surprendre : les abonnés du cardio y suent sur des airs d’Elvis. Chez Les fils du King, les membres privilège ont même droit à des costumes du roi de Memphis, en plus de la mise en plis de circonstance.

Ces quelques pages plutôt rigolotes dans les locaux du centre d’entraînement contrastent d’ailleurs avec le ton plus noir de l’album. Le lecteur y décroche quelques sourires en voyant les sportifs se contorsionner dans de tels habits.

C’est justement aux Fils du King que Justine fait la rencontre de Guillaume, avec qui elle se lie d’affection. Le jeune homme adore se déguiser. Il est d’ailleurs employé dans un magasin de costumes, clin d’oeil à un ancien colocataire d’Iris qui faisait ce travail.

Une auteure et un quartier en évolution

L’adolescente qui traînait avec les copains à la buanderie et qui jouait au billard au dépanneur Robert sur le chemin de la Savane est devenue une bédéiste de talent. Si elle est fière de sa progression, elle constate avec joie que son quartier évolue tranquillement pour le mieux.

La bédéiste poursuit différents projets. Une fois par mois, elle publie la série « Les autres » dans Curium, un magazine science et société pour les adolescents. Elle planche actuellement sur un travail de longue haleine : sa BD web western-animalière, Folk, prendra la forme d’une publication papier aux éditions La Pastèque.

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