Après Paris,Gatineau accueille Égalité mon oeil! une exposition de 95 affiches consacrées aux grandes causes du féminisme. Les oeuvres, créées par des artistes graphistes de partout dans le monde, sont présentées dans un lieu inusité : Zibi, soit l'ancienne usine d'allumettes E.B. Eddy.

Un texte de Kevin Sweet

Le lieu est tout désigné pour créer une discussion sur les droits des femmes et l’égalité des sexes : la fabrique d’allumettes de bois, qui a ouvert ses portes à la fin du 19e siècle, a vu les travailleuses indignées se soulever en opposition à leur employeur pour défendre leurs droits. Ensemble, les allumettières ont formé le tout premier syndicat féminin au pays.

« On a voulu leur rendre hommage », explique Valérie Yobé, directrice de l’École multidisciplinaire de l’image (ÉMI) de l’Université du Québec en Outaouais et commissaire de l’exposition.

D’ailleurs, un panneau situé à l’entrée de l’usine accueille les visiteurs en racontant l’histoire de ces femmes.

L’histoire se répète

La plus vieille affiche présentée remonte au début des années 1970, et Valérie Yobé espère que le public pourra constater qu’à travers le temps, les choses n’ont pas changé, et que l’égalité entre les hommes et les femmes n’est pas acquise.

Les affiches proviennent de différents organismes et institutions, dont des compagnies de théâtre, et traitent de l’égalité au travail, des droits reproductifs et de la violence faite aux femmes.

L'exposition frappe par des messages puissants, certes, mais aussi par des affiches aux couleurs vives. En fait, les oeuvres sont si photogéniques qu’on peut imaginer sans difficulté que plusieurs visiteurs ne rateront pas l’occasion de les prendre en photo et de les relayer sur les réseaux sociaux, donnant ainsi un second souffle à leurs slogans.

Au fond de la pièce, une quinzaine d’affiches créées par les étudiants de l’ÉMI s'avèrent faciles à repérer parce qu’elles sentent encore l’encre fraîche.

Une expo créée avant le #moiaussi

L’exposition a été montée en 2016 par un collectif de huit artistes français, bien avant le mouvement #moiaussi et la vague de dénonciations qui ont propulsé les droits des femmes sous les feux des projecteurs.

« L’affaire Weinstein a révélé la question des agressions sexuelles, mais ça a aussi mis sur la table l’ensemble des iniquités entre les hommes et les femmes, à tous les niveaux. Tant mieux! Les choses sont en débat », explique le graphiste Guillaume Lanneau, l’un des instigateurs du projet.

Or, du même souffle, il admet que s’il avait su ce qu’il sait maintenant, il aurait fait une exposition complètement différente.

« Cette exposition est tout à fait pertinente, mais je pense qu’une partie du travail a été fait. Moi, en tant que militant, ce n’est pas forcément le sujet sur lequel j’aurais envie de m’investir à l’heure actuelle », avoue M. Lanneau, citant la crise des migrants comme exemple d’exposition à laquelle il aimerait maintenant s’attaquer.

Les affiches sont-elles utiles de nos jours?

Est-ce que les graphistes derrière ces affiches revendicatrices auraient voulu voir leurs oeuvres rassemblées dans un musée? Probablement pas, avoue Guillaume Lanneau, qui fait valoir que c’est exactement pour cette raison que le choix d’un lieu inusité comme l’ancienne usine E.B. Eddy est parfait.

Et, est-ce que les affiches sont encore utiles et efficaces à une époque où il y a surabondance de publicités?

L’exposition Égalité, mon oeil! ne fera peut-être pas de vagues, mais elle a tout de même le mérite de contribuer à un débat qui est encore loin d’être terminé.

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