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Le Festival du film de l'Outaouais a 20 ans... et après?

Le Festival du film de l'Outaouais (FFO) célèbre ses 20 ans cette année. L'anniversaire marque un tournant important pour cet événement annuel qui attire environ 24 000 festivaliers sur huit jours. Or, même si le FFO est parvenu à s'imposer comme un incontournable pour les cinéphiles de la région, les organisateurs se butent encore à un sous-financement qui, selon eux, empêche l'événement de rayonner plus largement. Parallèlement, Didier Farré, le fondateur et directeur général du Festival, cherche tranquillement celle ou celui à qui il pourra passer le flambeau.

Un texte de Kevin Sweet

Lorsqu’il a cofondé le FFO avec Radio-Canada, le journal Le Droit et l’ambassade de France en 1998, Didier Farré se préoccupait davantage de la qualité des films qu’il projetait que de l’avenir de l’événement qu’il mettait sur pied.

Vingt ans plus tard, les choses n’ont pas changé.

Toutefois, M. Farré réfléchit de plus en plus à qui pourrait lui succéder à la direction générale. Cela dit, il n'est pas prêt à passer le flambeau à n'importe qui.

« Je n'aurai pas toujours l'énergie pour le faire et puis, j'aimerais autant que ce soit des jeunes. Mais ce que je cherche, ce sont des jeunes qui sont passionnés. C'est ça que je veux », confie Didier Farré.

Diriger un festival en 2018

Diriger un festival de films en 2018 n'est pas tâche facile.

Les grands événements du genre, y compris le Festival international du film de Toronto (TIFF), remettent actuellement en question leur raison d'être à une époque où les salles de cinéma sont de moins en moins fréquentées et où le numérique règne.

Le FFO doit faire face à un défi supplémentaire : le sous-financement chronique dont il souffre depuis une décennie. Le Festival a même failli disparaître en 2008 à cause d'un manque d'argent. Il a été sauvé de justesse.

« En fin de compte, ce sont les politiciens et les journalistes qui ont dit que ce n'est pas normal d'arrêter ce festival. On a eu un peu plus de financement pour pouvoir continuer », raconte Didier Farré.

Un petit budget

Le budget opérationnel du FFO est de moins de 150 000 $. Selon M. Farré, c'est deux fois moins que le budget d’exploitation d’un événement comme lesRendez-vous Québec Cinéma. Et c’est exponentiellement moins que les 43 millions de dollars qui sont à la disposition des organisateurs du TIFF.

Selon le directeur général du FFO, il serait plus facile de faire rayonner l’événement à l’extérieur de la région de l’Outaouais avec plus d’argent.

Un rendez-vous, malgré tout

Même en l’absence de grandes vedettes et de primeurs très attendues, le FFO demeure un incontournable pour les amateurs du septième art dans la région. Les organisateurs n’ont pas fait de recensement officiel depuis 2014, mais observent qu’il y a de 5 % à 10 % de festivaliers de plus chaque année.

Selon Fanny Robert, la directrice générale du Cinéma Aylmer, le FFO a aidé à créer un engouement pour les films d’auteur dans la région.

Le critique Maurice Graffin, qui couvre l’événement depuis 20 ans en plus de siéger à ses différents jurys, souligne par ailleurs que le FFO permet aux festivaliers de voir des oeuvres qu’ils n’auraient pu voir autrement ou qu’ils ont ratées au cours de l’année.

« Il y a des films qui sortent à Montréal qui n’arrivent pas jusqu’à nous. Et lorsqu’ils arrivent, c’est souvent sans avoir été annoncés. Et les gens n’ont pas la chance de se retourner pour les voir », mentionne M. Graffin.

Il poursuit en faisant valoir que le caractère festif et convivial du FFO va continuer d’attirer les cinéphiles et d'assurer la survie de l’événement à l’ère où Netflix, entre autres plateformes, cannibalise l’auditoire.

« C’est se protéger au maximum des tendances actuelles, c’est sûr, tout en entretenant cet aspect "fête" qui continuera à attirer les gens », explique le critique.

Le FFO : un modèle

Le FFO a aussi servi de modèle pour d’autres festivals, tel celui d’Angoulême, et de rampe de lancement vers le marché européen pour des films québécois, comme La passion d’Augustine, de Léa Pool.

Tout comme le FFO, la spécificité du Festival du film francophone d’Angoulême (FFA) est de valoriser la production cinématographique en français. Plusieurs longs métrages qui y sont présentés ont d’abord été vus en Outaouais.

« Non seulement est-ce que l’on défend la francophonie, mais nous, les films québécois qu’on a présentés dans notre festival ont toujours été vus au festival de Didier. Ils ont beaucoup de succès à Angoulême et c’est grâce à ça qu’ils sont sortis en France. Donc, [...] du point de vue cinématographique et business, du cinéma francophone, c’est très important », explique Marie-France Brière, coorganisatrice du FFA.

Vingt ans plus tard, le FFO n'a pas la prétention d'être Cannes ou le TIFF, mais tout comme ces deux grands festivals, le FFO n'est pas à l'abris d'une réflexion sur son avenir.

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