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Le feu pour appeler à l’aide dans les prisons de l’Ontario

EXCLUSIF - À court de moyens pour exprimer leur détresse, les détenus mettent le feu à ce qu'ils peuvent trouver : des livres, des draps, du linge... Dans certaines prisons provinciales, le nombre d'incendies est alarmant.

Un texte de Stéphany Laperrière et de Joël Ashak

Deux centres de détention sortent du lot, selon les chiffres obtenus par Radio-Canada auprès du ministère de la Sécurité communautaire et des Services correctionnels.

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Le Centre de détention du Sud de Toronto affiche le plus grand taux d’activations d’alarme incendie en 2016. La plupart des 51 activations étaient toutefois de fausses alertes, c’est-à-dire qu’aucune flamme, fumée ni chaleur excessive n’a été observée.

C’est la prison de Sudbury, un établissement de petite taille, qui détient le record du nombre de feux, de fumées ou de chaleurs, avec 23 incidents.

Questionné pour des explications, le ministère se contente de dire que ces activations d’alarme ou incendies sont le résultat de la « mauvaise conduite des détenus ».

Appel à l'aide

Pour le criminologue Jean-Claude Bernheim, c’est surtout un moyen de se faire entendre.

Selon lui, il existe un lien clair entre le temps passé en isolement et cette « mauvaise conduite ».

En 2016, près d’un détenu sur cinq était placé en isolement à la prison de Sudbury; c'est la proportion la plus élevée de la province.

« Ça a très rapidement des répercussions psychologiques », dit Jean-Claude Bernheim.

L’ancien détenu Robert Dominelli dit avoir été mis en isolement à plusieurs reprises alors qu’il était incarcéré à la prison de Sudbury.

Cette situation pousse rapidement les détenus à bout, raconte-t-il.

Aujourd'hui écrivain, il a passé plusieurs années en prison pour des méfaits liés à la drogue, entre 1998 et 2007. La plupart du temps, il était en attente d'un procès.

Une période de transition qui peut durer plusieurs mois, voire plusieurs années.

« Il y en a qui ont plaidé coupables juste pour pouvoir être transférés à une autre prison, raconte l’ancien détenu; vous avez plus de droits une fois reconnu coupable que lorsque vous êtes en attente d’un procès », dit Robert Dominelli.

L’an dernier, sept personnes sur 10 en isolement dans une prison provinciale étaient en détention préalable au procès, selon un examen indépendant des services correctionnels de l’Ontario publié le printemps dernier.

« Les gens deviennent frustrés parce qu’ils attendent d’être entendus devant les tribunaux, et techniquement, ils sont innocents aux yeux de la loi », dit le directeur général de la Société John Howard à Sudbury, John Rimore.

Une protestation dangereuse

Pour allumer un feu, les détenus utilisent généralement des briquets introduits illégalement en prison, indique Monte Vieselmeyer, porte-parole du Syndicat des employés de la fonction publique de l’Ontario, qui représente les agents correctionnels.

« C’est arrivé que des détenus meurent en raison de la fumée provoquée, dit-il. C'est le pire des scénarios, car les détenus sont derrière des portes verrouillées. Ce n'est pas comme dans une maison où l'on peut sauter par la fenêtre ou passer par une autre porte ».

Le ministère de la Sécurité communautaire et des Services correctionnels dit être en train d'installer de nouveaux scanners dans tous ses établissements pour prévenir l'introduction d'objets illégaux.

Accès à l'information

Il peut toutefois être difficile de mesurer l'impact d'une telle mesure en raison du manque de données disponibles.

Il a fallu à Radio-Canada trois mois pour obtenir les chiffres concernant les incendies dans les prisons auprès du ministère.

Monte Vieselmeyer, le porte-parole du Syndicat des employés de la fonction publique de l’Ontario, déplore également un accès à l'information diffcile quand vient le temps de penser à l'amélioration des conditions de travail des gardiens.

Par ailleurs, deux rapports indépendants publiés l’an dernier font une critique cinglante de la manière dont le gouvernement de l’Ontario assure le suivi des conditions dans ses prisons, en particulier en ce qui a trait au confinement solitaire.

Les détails à ce sujet dans le deuxième et dernier volet de cette série, en ligne le 12 septembre.

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