BILLET - « Non mais ils nous prennent pour des imbéciles? » lance, hors de lui, un collègue à l'Assemblée législative. De toutes les journées possibles, le gouvernement a choisi celle de la privatisation d'Hydro One pour présenter le budget tant attendu des Jeux panaméricains. Deux incontournables, un journaliste : la couverture en souffrira, c'est inévitable. Mais peut-on prêter aux libéraux de pareilles intentions? Les accuser d'une telle manigance?

Un texte d'Alex Boissonneault

Il y a certainement de quoi se poser la question. Non seulement ce ne serait pas la première fois que la province fait le coup, mais s'il y a une nouvelle dont elle aimerait détourner l'attention, c'est sans doute celle-là. La vente est aussi critiquée qu'impopulaire en Ontario.

Elle a été dénoncée par près de 200 municipalités ontariennes, par des dizaines de chambres de commerce, par les syndicats et par les partis d'opposition. Or, comble de malheur pour les libéraux de Kathleen Wynne, le nouveau Bureau de la responsabilité financière a fait une entrée remarquée dans le débat.

Selon son directeur, Stephen LeClair, la privatisation de 60 % de la compagnie, comme le prévoit à terme le gouvernement, pourrait rapporter au mieux 14 milliards de dollars. Mais dès l'année prochaine, les contribuables devront payer la note : la province devra se priver de 300 à 500 millions de dollars de revenus. C'est considérable. Et surtout, c'est pour toujours.

Bob Chiarelli contre vents et marées

Un coup dur pour le gouvernement, que ce rapport. Équilibrer le budget de la province est l'une des deux raisons invoquées par le ministre de l'Énergie, Bob Chiarelli, pour se départir d'Hydro One. Stephen LeClair est d'avis que c'est tout le contraire qui risque d'arriver : la privatisation, à long terme, pourrait endetter la province.

L'ancien maire d'Ottawa n'en démord pas : la privatisation partielle du distributeur d'électricité demeure selon lui la seule façon pour l'Ontario de réaliser des investissements sans augmenter les impôts ou sa dette.

La vente des actions d'Hydro One devrait rapporter un total de 9 milliards de dollars selon son ministère. Environ 5 milliards de dollars serviront à rembourser la dette du distributeur d'électricité et le reste à financer le plan d'infrastructure de la province, qui prévoit investir 130 milliards de dollars sur 10 ans pour améliorer le réseau routier et de transport en commun.

Où est la première ministre?

La chef néo-démocrate Andrea Horwath avait un autre reproche à adresser à Kathleen Wynne : son absence. La première ministre a passé la semaine en Californie et en Chine pour une mission commerciale. « Une autre façon de se défiler », croit celle qui s'est opposée le plus bruyamment à la privatisation depuis qu'elle a été annoncée au printemps dernier.

Elle rate certainement un jour historique. Il s'agit de la plus importante privatisation d'une société d'État canadienne depuis 20 ans. Hydro One est la deuxième entreprise publique en importance dans la province, après Ontario Power Generation. Jeudi, 13,6 % des parts de la compagnie ont été présentées à la bourse de Toronto, soit 81,1 millions d'actions.

Des petits pains chauds, comme dirait l'autre. Les acheteurs ont été au rendez-vous. Quelques heures à peine après l'ouverture des marchés, le prix de l'action avait déjà grimpé de 5 %, à 21,50 $. Faut-il s'en étonner? Qui, à l'exception du gouvernement, ne rêve pas d'avoir sa part du réseau de distribution de l'électricité de la province la plus populeuse du pays?

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