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Le justicier des pauvres du Vieux-Hull tire sa révérence

Des milliers de personnes l'ont côtoyé au fil des années et leur vie a parfois pris des tournants inattendus après la première rencontre. Dans moins d'un mois, le directeur de la banque alimentaire La Manne de l'Ile, dans le secteur de Hull à Gatineau, quittera ses fonctions et laissera derrière lui un organisme qui a fait plus... avec moins.

C'était en 2002. Richard Denis en était à son premier Noël à la tête de La Manne, et la Grande guignolée des médias à sa deuxième édition. Les biens entraient, les boîtes se faisaient à un rythme effréné. Des personnes à faible revenu, il y en avait beaucoup dans le Vieux-Hull. Environ 250 personnes s'y rendaient tous les mois pour récupérer leur « panier ».

Aujourd'hui, ils sont entre 1000 et 1500 à fréquenter la plus grande banque alimentaire de l'Outaouais tous les mois pour aller chercher leurs biens. Dans le temps des Fêtes, on parle d'un minimum de 1500 personnes et de 400 familles desservies.

« Quand je vois les changements, ça m'affecte personnellement. Je ne sais pas pourquoi ça a changé comme ça [le Vieux-Hull] », explique M. Denis en entrevue à l'émission Sur le Vif.

Au fil des ans, la demande n'a cessé d'augmenter et pourtant, les ressources, elles, n'ont pas arrêté de diminuer. Aujourd'hui, Richard Denis est épuisé. L'énergie le lâche tranquillement au rythme de la recherche de « commanditaires », ces entreprises qui généreusement, font des dons à La Manne. Son carnet d'adresses a beau être bien rempli, il lui manque de plus en plus d'essence dans le réservoir pour continuer à se battre pour les plus démunis.

« Couper des employés, couper des heures, couper des postes, au lieu d'acheter un camion neuf, on en achète un usagé qui nous coûte très cher de réparation. C'est difficile, c'est épuisant », confie-t-il, la gorge nouée.

Pour les intervenants en milieu communautaire, les journées sont longues et émotivement difficiles. Particulièrement dans le temps des Fêtes. Comme M. Denis, Marc-André Lagarde, du Centre d'intervention et de prévention en toxicomanie de l'Outaouais, en sait quelque chose.

Il raconte que les relations avec des gens qui vivent dans l'extrême pauvreté touchent les intervenants. Les confessions sont nombreuses, sont lourdes et parfois difficiles à digérer.

« Le temps des fêtes arrive et les gens sont de plus en plus déprimés, de plus en plus dans le besoin. Ils veulent quand même passer un beau Noël comme tout le monde. Et c'est certain que comme intervenant, c'est plus compliqué de voir cela. C'est plus dur pour nous », soutient M. Lagarde.

L'histoire du 24 décembre

Tous les 24 décembre, M. Denis se rend à la manne, même si l'organisme est fermé. « Au cas où quelqu'un ait faim », explique-t-il.

Un de ces matins, à la veille de Noël, un homme est arrivé vers 11h au local de l'organisme et lui a demandé de l'aide. Le portrait est dur : il a cinq enfants qui ont faim, sa femme est décédée deux mois avant, il n'a pas d'emploi et transporte un sac de sports pour y mettre un peu de nourriture.

M. Denis raconte lui avoir trouvé quelques items à mettre dans son sac. Puis au moment de quitter, le directeur de la Manne offre à l'homme de le raccompagner chez lui en voiture.

« Quand je suis arrivé là, c'est comme si j'étais le père Noël. Les enfants n'avaient pas mangé depuis plusieurs jours. Le monsieur, sa femme était décédée depuis deux mois et il avait tout perdu », raconte-t-il aujourd'hui, la larme à l'oeil.

Le logement était quasi infect, mal chauffé, à peine meublé et les enfants n'allaient certainement pas avoir de jouets pour Noël.

Le directeur de la manne est sorti de là, puis s'est mis au téléphone. Il a appelé certains « contacts », comme il les appelle, et quelques heures plus tard, le logement était meublé, les enfants avaient des cadeaux de Noël, et une épicerie de 600 $.

Dans les semaines et les mois qui ont suivi, avec l'aide de M. Denis, l'homme s'est déniché un emploi et il travaille encore aujourd'hui. Tous les Noëls depuis, l'homme va déposer un chèque à la Manne de l'Île.

« J'ai vu que le monsieur avait du coeur au ventre », dit M. Denis.

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