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Le manque de services en santé mentale pour les jeunes décrié en Ontario

Près de sept ans après le suicide d'un jeune homosexuel ottavien à l'âge de 15 ans, victime de harcèlement à l'école, le financement des services en santé mentale pour les jeunes continue de stagner. Face à une demande croissante, des voix s'élèvent pour que le gouvernement ontarien augmente le financement dans ce domaine.

Le diagnostic de trouble bipolaire du fils d'Aria Fry a été difficile à obtenir. Elle déplore le fait d'avoir été balancée d'un service à l'autre afin d'obtenir des soins.

La mère critique maintenant le manque de ressources dans les hôpitaux en santé mentale.

« Il n'y a pas de santé sans la santé mentale en premier lieu », dit-elle. « Plusieurs personnes commencent à comprendre que la santé mentale touche tous les aspects de la vie. Ça a un impact sur la santé physique, au travail et sur les relations. »

Le Centre hospitalier pour enfants de l'est de l'Ontario (CHEO) et l'hôpital Royal d'Ottawa réussissent tant bien que mal à réduire les temps d'attente grâce à une étroite collaboration. Or, ils réclament une hausse de 4,5 % des investissements de l'Ontario en santé mentale.

50 jours sur une liste d'attente

Selon la directrice clinique de psychiatrie pour la jeunesse à l'hôpital Royal, Dr Gail Beck, les patients attendent entre 40 et 50 jours sur une liste d'attente avant de voir un médecin.

Or, avec le financement actuel, il pourrait être difficile de continuer d'offrir un tel service. À la suite du cas médiatisé de la mort du jeune Jamie Hubley, Mme Beck indique avoir vu une hausse de 30 % dans le nombre de références.

« Dans la situation où la demande continue d'augmenter, mais l'argent n'a pas changé, il y aura un point où il ne sera plus possible de garder nos listes d'attente », a-t-elle expliqué.

Les hôpitaux doivent composer avec un gel budgétaire depuis près de 10 ans en santé mentale.

« Pour nous, les cas les plus difficiles dans la région, c'est les jeunes qui souffrent d'anxiété, de dépression, de schizophrénie, de maladies bipolaires. Ce sont des maladies, donc on a besoin de grandes équipes de médecins, de psychiatres, d'infirmiers, de travailleuses sociales, de psychologues, d'équipes qui travaillent ensemble pour aider les enfants et leurs familles à avoir un bon traitement pour les maladies mentales », a ajouté Mme Beck.

Besoin d'une nouvelle stratégie provinciale

Le Centre canadien pour la diversité des genres et la sexualité réclame non seulement des fonds, mais aussi une nouvelle stratégie de l'Ontario en santé mentale.

« On est un des seuls pays du G-8 qui n'a pas de stratégie en santé mentale. Pour moi, c'est ça le défi. Si on se brise le bras, on va à l'hôpital et on le guérit. Mais si on est dépressif ou on vit avec l'anxiété, qu'est ce qu'on fait? », se demande son président, Jeremy Dias.

À l'approche des élections ontariennes, qui se tiendront le 7 juin, le financement des services en santé mentale pourrait devenir un enjeu électoral. Le parti progressiste-conservateur de l'Ontario promet d'investir 1,9 milliard dans ce secteur.

« C'est le plus gros investissement en santé mentale dans l'histoire de notre province. On estime à 4 milliards de dollars ce qu'on doit investir en santé mentale, notre priorité numéro un », a déclaré le 5 mars le chef intérimaire du parti progressiste-conservateur de l'Ontario.

Le gouvernement de Kathleen Wynne a quant à lui promis dans son dernier budget en 2017 d'investir 45 millions de dollars sur trois ans pour soutenir la santé mentale des étudiants de niveau postsecondaire.

M. Dias n'est pas rassuré pour autant, puisque des candidats à la course à la chefferie des conservateurs, trois ne soutenaient pas les droits des étudiants LGBT dans les écoles. Il ajoute que même avec la tragédie du jeune Hubley, « on ne voit toujours pas de changements ».

Avec les informations de Gilles Taillon

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