Qualifié de « boulevard le plus laid de Gatineau » par plusieurs, Gréber porte bien le nom d'un architecte français de renom, qui a grandement influencé le développement de la région au 20e siècle. Est-ce un honneur bien placé ou un paradoxe de toponymie? La série Labrosse-Wellington répond à cette question posée par André St-Georges.

Un texte de Julien Morissette, pour la série Labrosse-Wellington

Attention! En bon Hullois de naissance, je ne tente pas de régler des comptes datant des fusions municipales de 2002. J'ai fait mon deuil de Hull - et des Olympiques à Hull - et je porte fièrement le titre de « Gatinois ». Mais malgré cette fierté, je dois avouer que lorsque j'ai reçu la question d'André St-Georges, j'ai tout de suite voulu tenter de trouver la réponse.

Une drôle de réputation

Avec ses motels, ses bars de danseuses, ses boutiques érotiques et les activités criminelles qui s'y dérouleraient, le boulevard Gréber n'a pas la réputation la plus enviable... Je n'ai pas eu de difficulté à trouver des bulletins de nouvelles et reportages en faisant état.

Allez chercher vos écouteurs pour entendre ce montage!

Blague à part, il y a quand même des Gatinois qui font affaire sur Gréber depuis des décennies ou qui y habitent. En allant parler à ces citoyens, le constat était évident : peu (ou pas) de gens trouvent le boulevard très attrayant.

En affaires sur Gréber depuis 14 ans

Daniel Beaulé a ouvert la première succursale de sa boutique érotique sur Gréber il y a 14 ans. Grâce à sa position stratégique entre les secteurs de Gatineau et de Hull, il est convaincu que si ce n'était pas du boulevard Gréber, son commerce n'aurait jamais connu un tel succès.

Conscient que sa boutique se trouve à la porte d'entrée de Gatineau, Daniel croit que Gréber aurait « besoin d'un peu d'amour » pour bien accueillir les visiteurs.

Le plan Gréber

En s'intéressant un tant soit peu au développement urbain de notre région, on constate que le plan Gréber constitue un élément essentiel de la compréhension du territoire. Déposé en 1949, ce document sert d'outil de planification pour redessiner la région de la capitale nationale sur une période de 50 ans.

Le professeur d'histoire Martin Laberge explique que Jacques Gréber « a imaginé l'endroit où se trouve la 417, le parc de la Gatineau, la ceinture de verdure à Ottawa et [le fait] de renvoyer les usines et chemins de fer en périphérie du centre. »

La voiture, reine de Gréber

Les recommandations de M. Gréber sont toutefois plutôt critiquées par des observateurs de la région, comme le photographe Alexandre Laquerre. L'ingénieur de profession se dédie à la photographie urbaine depuis son arrivée à Ottawa, il y a 10 ans.

Sa curiosité envers l'architecture municipale l'a poussé à étudier le plan Gréber, grâce à des photos « avant-après » de lieux importants d'Ottawa, comme la rue St-Patrick, les plaines LeBreton et la rue Elgin.

Même s'il reconnaît certains bienfaits au plan - comme le parc de la Gatineau et la ceinture de verdure - Alexandre est convaincu que celui-ci a causé un tort irréversible à la capitale nationale.

Pas paradoxal du tout!

Tout comme Alexandre, l'architecte Sophie Lamothe, de la firme A4 à Gatineau, n'y voit pas de paradoxe. Elle y voit même un hommage, qui respecte une certaine logique.

Les cinquante prochaines années

André St-Georges a bien compris que la décision à l'époque du conseil de Pointe-Gatineau de baptiser le boulevard en l'honneur de Jacques Gréber était finalement visionnaire. Mais à partir de maintenant, qu'est-ce que l'avenir réserve au boulevard Gréber?

Selon Sophie Lamothe, ce sont surtout les citoyens gatinois qui ont le pouvoir de lui donner de l'amour et de faire pression auprès des élus municipaux pour le rendre plus vivant et attrayant.

André St-Georges a lui aussi beaucoup d'espoir, à l'instar de la rue Jacques-Cartier et de l'engouement créé par le déménagement de l'aréna Guertin à la place de la Cité.

Avec l'aide à la recherche de Karine Lessard

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