Le départ annoncé de la ministre Julie Boulet n'a surpris personne au Parti libéral. Depuis des semaines, les signaux étaient clairs. S'il n'y a pas eu de surprise, la déception n'en est pas moins vive et laisse un goût amer.

Une analyse de Sébastien Bovet, chef du Bureau parlementaire à Québec

Philippe Couillard, sous pression de sa ministre de la Mauricie, avait mis tout son poids politique pour l'imposer comme candidate dans la circonscription fusionnée de Laviolette-Saint-Maurice. Après avoir tassé son rival, Pierre Giguère, député de Saint-Maurice, Julie Boulet se retire : pied de nez d'une ministre imprévisible.

« Imprévisible », c’est l’adjectif qu’utilise une source libérale pour qualifier Julie Boulet. D’autres parlent d’une ministre « exigeante », sourire en coin, quand on leur demande de décrire son style de travail. Peu importe qu’elle soit imprévisible, difficile ou exigeante, Julie Boulet a, aux yeux de bien des libéraux, renié sa parole.

Elle aurait promis au premier ministre qu'elle serait candidate aux élections s’il la choisissait dans la circonscription fusionnée. Promis, juré, craché. Philippe Couillard l’a crue, il l’a choisie, probablement plus par pragmatisme politique qu’autre chose. La Mauricie sera un champ de bataille important contre la Coalition avenir Québec cet automne. Il avait besoin d’elle. Elle est appréciée dans sa région et redoutable sur le terrain.

Relation difficile

La relation Couillard-Boulet n’a jamais été très harmonieuse. Après l’élection de 2014, le chef libéral pensait avoir trouvé son nouveau ministre régional pour la Mauricie : Jean-Denis Girard, élu à Trois-Rivières. Celui-ci avait acquis une certaine notoriété en dirigeant la Chambre de commerce et d'industrie du Coeur-du-Québec. Julie Boulet, elle, avait eu un passage difficile devant la commission Charbonneau sur l’industrie de la construction.

Elle était aussi identifiée à l’ère Charest. Pendant deux ans, reléguée aux banquettes arrière de l’Assemblée nationale, elle a vécu une sorte de purgatoire.

Jean-Denis Girard a déçu, Julie Boulet est revenue dans les bonnes grâces et au Conseil des ministres en 2016. Peut-être qu’elle a la mémoire longue? Peut-être n’a-t-elle jamais pardonné à Philippe Couillard de l’avoir ignorée dans son premier Conseil des ministres? Peut-être se venge-t-elle aujourd’hui?

Peut-être aussi que sa bataille avec son collègue Pierre Giguère pour la candidature libérale menaçait ses chances de réélection? Depuis des semaines, les deux députés ne se parlaient plus. Il y avait deux clans, semble-t-il, dans la circonscription fusionnée. « Il y a la gang de La Tuque [pro-Boulet] et la gang de Shawinigan [pro-Giguère]. La gang de Shawinigan n’aidera pas la gang de La Tuque », me disait un informateur.

Même si Julie Boulet est une guerrière, la bataille aurait été pas mal plus difficile que les six précédentes qu’elle avait gagnées.

Pierre Giguère, le patient

Chose certaine, sa décision laisse la Mauricie à découvert pour les libéraux. La patience de Pierre Giguère sera récompensée. Il sera le candidat libéral. Il aurait pu claquer la porte, critiquer son patron. Il ne l’a pas fait, il a été loyal.

Mais Pierre Giguère n’est pas Julie Boulet. Sera-t-il capable de résister au vent caquiste? La gang de La Tuque va-t-elle travailler pour lui? Peu importe la façon de regarder les choses, le PLQ sort de tout ça affaibli.

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