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Le plan ontarien de vente de cannabis ne fait pas l'unanimité à Ottawa

La décision du gouvernement ontarien de confier à la Régie des alcools de l'Ontario (LCBO) le mandat de la vente de la marijuana récréative, une fois légalisée,suscite des réactions partagées à Ottawa.

Le chef du Service de police d'Ottawa, Charles Bordeleau, veut prendre le temps de bien comprendre les tenants et les aboutissants du plan ontarien.

Mais il dit que de prime abord, l'annonce est « un pas dans la bonne direction ». Le chef Bordeleau ajoute que les corps policiers en Ontario ont demandé que « le système de distribution pour le cannabis ait des règlements et une surveillance très stricts. »

Même son de cloche de la professeure titulaire au département de criminologie de l'Université d'Ottawa, Line Beauchesne, qui croit également que la décision du gouvernement ontarien de confier la vente du cannabis légalisé à la LCBO est une bonne chose.

« Je pense que la LCBO a une expertise pour les achats au volume, faire la vente en ligne et ensuite revendre à des détaillants », explique Mme Beauchesne.

Elle rappelle que les producteurs licenciés vendent déjà des quantités énormes de marijuana en ligne et affirme que les petits comptoirs actuels de vente de marijuana seront incapables de survivre lorsque le cannabis sera légalisé.

Mme Beauchesne déplore toutefois le silence du gouvernement sur l'utilisation des revenus qui seront issus de la vente du cannabis récréatif.

L'argent des taxes imposées sur ces produits devrait aller « aux programmes de sensibilisation aux dangers du cannabis, à l'éducation des jeunes et à la formation des intervenants et des policiers. »

Par ailleurs, Mme Beauchesne soutient que le gouvernement ontarien devrait « récupérer la vente au détail du cannabis thérapeutique », car les règles déterminées par Santé Canada sur la vente du cannabis à des fins médicales sont moins strictes que celles que l'Ontario entend imposer à la vente du cannabis récréatif.

La criminologue enjoint l'Ontario de créer un réseau distinct de comptoirs de vente de cannabis thérapeutique.

« Les patients veulent un suivi médical, ils ne veulent pas aller dans le même magasin [que ceux qui achètent du récréatif], ils veulent faire affaire avec un personnel différent », soutientLine Beauchesne.

Un précédent au pays

Un spécialiste de la règlementation du cannabis, le vice-président des affaires publiques à la firme Hill+Knowlton Stratégies, Ivan Ross Vrana, affirme que l'Ontario, en tant que première province à encadrer la vente du cannabis récréatif, pourrait servir de modèle à d'autres provinces.

« La règlementation sur la vente d'alcool diffère de province en province, donc ce pourrait être la même chose pour le cannabis », indique-t-il.

D'ici 2020, l'Ontario compte ouvrir 150 comptoirs de vente gérés par la LCBO dans la province. Plus de la moitié, soit 80 comptoirs, doivent être mis en place d'ici le 1er juillet 2019.

Les premiers magasins seront ouverts à temps pour le 1er juillet 2018, date de l'entrée en vigueur de la légalisation de la marijuana au pays.

La province entend fermer tous les comptoirs actuels de vente de cannabis, affirmant qu'ils sont illégaux, entre autres parce qu'ils ne s'approvisionnent pas auprès des producteurs certifiés par Santé Canada.

Un monopole décrié

Dans la rue, plusieurs ne croient pas que la vente de marijuana seulement par la LCBO sera à l'avantage des consommateurs.

« Le monopole va tuer des centaines de petits commerces et provoquer une hausse des prix qui va faire en sorte que je ne pourrai plus acheter mes produits médicinaux, a déclaré Matthew Muntz. J'aime mieux acheter d'un fournisseur qui consomme ses propres produits et savoir que j'en ai pour mon argent. »

D'autres estiment qu'il n'y aura pas assez de magasins autorisés par l'Ontario à vendre de la marijuana pour répondre à la demande.

Cette femme a également des doutes sur le monopole de la LCBO et préférerait aussi une offre plus diversifiée.

« La LCBO fait de bonnes affaires pour le gouvernement de l'Ontario, mais ce n’est pas nécessairement une raison pour avoir un système qui est contrôlé par le gouvernement », a-t-elle soutenu.

Avec les informations de la journaliste Florence Ngué-No

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