Le ramadan a débuté mercredi soir au Canada pour des milliers de fidèles musulmans, mais la période de jeûne a commencé jeudi matin avec le lever du jour. En Ontario, le code des droits de la personne permet d'accommoder les travailleurs qui décident d'observer le ramadan dans leur milieu de travail.

Un texte de Jean-Philippe Nadeau

Hamid Abdool-Rahman appartient à la communauté ahmadiyya du Canada, une branche de l'islam sunnite. À 68 ans, il ne compte plus les mois de ramadan qu'il observe avec sa femme, leurs 5 enfants et leurs petits-enfants.

« C'est mettre de côté les activités secondaires et vraiment se concentrer sur le jeûne, c'est s'évertuer à pratiquer la purification de soi avec des prières spéciales et donc on est fixé sur l'objectif d'atteindre le plaisir de Dieu et de devenir plus vertueux. »

Cet Ontarien originaire de l'île Maurice qui a immigré au pays il y a 25 ans explique que le ramadan n'est pas seulement synonyme de jeûne et d'abstinence sexuelle. Il rappelle que l'Islam repose en fait sur cinq piliers : la foi, la prière, l'aumône, le jeûne et le pèlerinage à La Mecque.

L'aumône prend donc une place importante durant le ramadan.

Le Coran prescrit aux fidèles d'être serviables envers leurs proches, mais aussi leur voisin peu importe sa religion.

« Il y a des gens qui sont dans le besoin, ils ont des parents ou des enfants qui sont en difficulté, est-ce qu'on peut les aider pour alléger leurs souffrances? On pratique donc beaucoup l'aumône, parce qu'il faut faire preuve de bonté envers autrui particulièrement durant cette période de l'année. »

Hamid Abdool-Rahman, qui est rédacteur et interprète de conférence, travaille en majorité pour des banques et des compagnies informatiques. En ce mois sacré du calendrier musulman, il arrive à concilier travail et religion sans problème.

« On travaille dans des environnements où il y a déjà beaucoup d'accommodements raisonnables et dans beaucoup de lieux de travail [les employeurs] ont une salle qu'ils réservent pour prier ou méditer et en général cela se passe très bien. »

Mis à part le travail ou l'école pour ses petits-enfants, Hamid Abdool-Rahman explique que sa famille va donc réorganiser ses activités et ses horaires pour se concentrer sur le jeûne, la prière et l'aumône.

« On se lève plus tôt, vers 3 h du matin, pour la prière et la lecture du Coran. La prière, ce n'est pas seulement les cinq prières obligatoires de la journée, mais aussi la prière dans le sens de la supplication, de la soumission », dit-il.

En Ontario, la loi sur le travail est assez permissive et le code des droits de la personne permet aux musulmans de pratiquer leur religion au travail.

Un employé musulman peut, par exemple, commencer sa journée plus tôt durant le ramadan puisqu'il se lève avant le lever du jour, pour la finir plus tôt.

Selon le professeur de droit à l'Université d'Ottawa, Gilles LeVasseur, l'Ontario a créé des accommodements qui s'adaptent aux besoins particuliers de chaque religion sous certaines conditions. Il affirme qu'il est important de faire en sorte que la personne puisse garder sa dignité, sa pratique religieuse, à l'intérieur d'un arrangement qu'il a négocié avec son employeur.

Selon M. LeVasseur, un accommodement devient injustifié lorsqu'il entraîne des coûts extrêmes ou lorsqu'il compromet la santé et la sécurité de l'employé pratiquant ou de ses collègues de travail.

« Il n'y a rien qui empêche de faire ce genre d'accommodement, c'est de bonne mise, et en Ontario. [Il s'agit] d'accommoder les gens dans la mesure de tout ce qui peut être fait pour qu'ils puissent avoir leur liberté et de ne pas les discriminer dans leurs croyances. »

La religion musulmane est elle aussi accommodante, puisque le Coran permet une flexibilité entourant les horaires et les contraintes du ramadan.

Quelques entorses sont donc permises à la condition que le fidèle récupère une journée de jeûne ou de prière s'il n'a pas pu l'observer. Les mineurs, les femmes enceintes et les personnes âgées ou malades sont en outre exemptés de pratiquer le jeûne du lever au coucher du soleil.

Radio-Canada a tenté de joindre des membres des communautés musulmanes chiite et sunnite pour les fins de ce reportage, mais sans succès.

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