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Le Sénat laisse tomber l'enquête sur Colin Kenny

PRIMEUR - Un comité du Sénat a décidé d'abandonner une enquête sur Colin Kenny et son utilisation des ressources de la Chambre haute à des fins personnelles. C'était la dernière étape d'un long processus pour déterminer si M. Kenny avait mal agi en demandant à ses adjointes de s'occuper de tâches liées à sa vie privée.

Un texte de Brigitte Bureau

Quand le sénateur Colin Kenny a fait l'annonce surprise de sa démission, le 31 janvier dernier, il faisait alors l'objet d'une enquête formelle du conseiller sénatorial à l'éthique pour l'utilisation des ressources du Sénat pour ses affaires personnelles.

En vertu du code qui régit l'éthique des sénateurs, les enquêtes du conseiller sont suspendues quand un sénateur cesse d'être sénateur, sauf si le Comité permanent sur l'éthique et les conflits d'intérêts des sénateurs en décide autrement.

Le comité, formé de sénateurs, a déposé un court rapport, jeudi après-midi, dans lequel il écrit « qu'il n'y a aucune bonne raison » de poursuivre cette enquête. « Comme l'ancien sénateur Kenny a démissionné, le Sénat n'est plus en mesure de lui imposer des sanctions à titre de sénateur », peut-on lire.

Mais le Comité permanent sur l'éthique a tout de même jugé bon de rappeler aux sénateurs qu'ils « doivent utiliser leurs ressources que pour l'exercice de leurs fonctions parlementaires ».

Rénovations, salons de bronzage, etc.

C'est Pascale Brisson, une ex-adjointe du sénateur Kenny, qui avait tiré la sonnette d'alarme, en 2013, en entrevue avec Radio-Canada. Elle disait passer la moitié de sa journée à faire des tâches personnelles pour son patron : lui commander des vêtements en ligne, planifier ses sessions de conditionnement physique, prendre ses rendez-vous chez le médecin, gérer toutes ses factures personnelles.

Par la suite, Radio-Canada avait obtenu des courriels qui démontraient que d'autres adjointes du sénateur Kenny s'étaient occupées de ses affaires personnelles depuis au moins 2005, comme les rénovations de sa résidence personnelle et la gestion des deux salons de bronzage dont il était propriétaire à l'époque. De leur bureau au Sénat, ses employées géraient les commandes de lotion, la réparation de lits de bronzage et l'achat de désinfectants.

Il y a deux ans, le sénateur a dû rembourser 30 000 $ pour des frais de voyage injustifiés. Dans son rapport, en 2016, le Vérificateur général avait aussi décrié le fait que des membres du personnel du M. Kenny s'acquittaient de nombreuses tâches personnelles qui n'avaient rien à voir avec les fonctions de sénateur.

En mettant fin à l'enquête du conseiller en éthique, les sénateurs font en sorte qu'on ne saura jamais si Colin Kenny aurait été contraint de rembourser d'autres sommes importantes aux contribuables.

Allégations de harcèlement

C'est la deuxième fois que des sénateurs évitent à leur collègue Colin Kenny des enquêtes plus approfondies sur ses agissements.

En 2013, l'ex-adjointe Pascale Brisson avait aussi déposé une plainte officielle de harcèlement sexuel contre le sénateur Kenny. L'année suivante, une enquêteuse embauchée par le Sénat avait blanchi M. Kenny, faute de preuves. Mais l'enquête avec soulevé la controverse, parce que seuls des témoins favorables au sénateur avait été entendus et d'autres femmes qui disaient avoir été harcelées et, dans certains cas, agressées par M. Kenny n'avaient jamais pu raconter leur histoire. Le Sénat avait même refusé de leur donner le nom de l'enquêteuse qui devait faire la lumière sur la plainte de Mme Brisson.

À l'époque, des députés et certaines sénatrices avaient exigé une nouvelle enquête plus approfondie.

La décision finale à savoir si le rapport de l'enquêteuse était accepté ou pas revenait aux deux whips du Sénat à l'époque, les sénateurs Jim Munson et Elizabeth Marshall, qui avaient décidé qu'il n'y avait pas lieu d'aller plus loin dans cette histoire.

Ce dossier avait aussi refait surface dans les jours précédents l'annonce surprise de la démission de Colin Kenny. Mme Brisson avait recommencé à parler sur la place publique du comportement de Colin Kenny à l'endroit de ses adjointes et avait envoyé une lettre au Premier ministre Justin Trudeau réclamant une nouvelle enquête sur les nombreuses allégations de harcèlement sexuel contre Colin Kenny au fil des ans. Mme Brisson croyait que dans le contexte du mouvement « moi aussi », le Parlement serait maintenant plus sensible aux témoignages des femmes.

Ces allégations contre M. Kenny n'ont pas été prouvées en cour.

M. Kenny a indiqué qu'il démissionnait du Sénat pour des raisons de santé. Sa retraite officielle était prévue en décembre prochain, alors qu'il atteindra l'âge de 75 ans.

Quelles que soient les raisons, l'ancien sénateur évite du même coup une enquête sur son utilisation des ressources du Sénat et une possible nouvelle enquête en matière de harcèlement sexuel.

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