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Le « shatter » : un concentré de cannabis à vapoter dans la mire des Hells Angels

EXCLUSIF - Le crime organisé fait preuve d'imagination face à la légalisation prochaine du cannabis en s'intéressant de plus en plus au « shatter », un concentré dont le taux de THC peut atteindre 90 %. Cette drogue puissante se consomme notamment par vapotage, une industrie sur laquelle misent les Hells Angels, selon ce qu'a appris Radio-Canada.

Un texte de Guillaume Dumont

Selon nos sources policières, un associé des Hells Angels du chapitre de Trois-Rivières a investi dans le développement de cigarettes électroniques permettant de fumer du « shatter ».

Plusieurs associés des Hells Angels ont aussi investi dans des entreprises de cigarettes électroniques au cours des dernières années au Québec et en Ontario.

Cette façon de consommer le « shatter » serait très populaire, entre autres chez les jeunes.

Le tétrahydrocannabinol ou THC est l’une des substances chimiques du cannabis responsable de ses effets sur le cerveau et la santé.

« On le voit aussi pour d’autres produits, comme le “speed” ou les benzodiazépines, comme le “Xanax” », précise-t-il.

La concentration en THC du « shatter » peut varier de 70 % à 90 %, alors que la marijuana traditionnelle en contient de 5 % à 30 %. Le « shatter » procure donc un effet beaucoup plus puissant que le cannabis.

« C’est très très difficile, au niveau du dosage, que ce soit au niveau du vapotage ou avec une pipe, on ne connaît pas la concentration précise », explique-t-il.

Un produit d’avenir pour le crime organisé?

Le chef du Service de police de la Ville de Gatineau (SPVG), Mario Harel est catégorique : le crime organisé va continuer d’être impliqué dans la vente de produits du cannabis, malgré la légalisation.

« Dans les autres juridictions où la marijuana a été légalisée, le crime organisé a continué à y oeuvrer et ils se sont différenciés. Ils ont offert des produits dont le THC est encore plus élevé », explique Mario Harel.

La vente de cocaïne demeure la principale source de revenus du crime organisé, précise l’enquêteur à la retraite et expert du crime organisé, Sylvain Tremblay.

En revanche, selon lui, l’intérêt des Hells Angels pour l’industrie des cigarettes électroniques est étroitement lié à la popularité grandissante du « shatter ».

« Ceux qui sont des adeptes du vapotage peuvent devenir des clients du cannabis concentré », ajoute l’enquêteur à la retraite.

Seulement au cours de la dernière année, au moins trois opérations policières d’envergure liées aux Hells Angels en Ontario et au Québec ont mené à la saisie de « shatter », ou de cigarettes électroniques en contenant.

Le « shatter » : un déclencheur possible de psychoses

La concentration élevée de THC dans le « shatter » pose d’importants risques pour la santé mentale, selon le psychiatre Tin Ngo-Minh du centre hospitalier Pierre-Janet.

Dans certains cas, la consommation de « shatter » peut déclencher des psychoses, particulièrement chez les consommateurs ayant des antécédents génétiques en matière de santé mentale. « Il y a un plus grand risque de psychoses induites. Non seulement de psychoses, mais aussi de schizophrénie », explique-t-il.

« En général, quand on analyse l’histoire des patients ayant eu des psychoses, ont voit qu’il y a une fragilité au niveau génétique qui vient de la famille », ajoute le psychiatre. « Les études le prouvent. Les gens qui ont une vulnérabilité génétique à la psychose ne doivent absolument pas en consommer, parce que les risques sont tellement augmentés chez ces gens-là », met-il en garde.

Autre problème, selon le psychiatre, ces antécédents ne sont pas toujours connus par les jeunes, notamment en raison des stigmas qui entourent ces maladies.

Un procédé de fabrication dangereux

Le coût élevé du « shatter » mène parfois des utilisateurs à fabriquer le produit eux-mêmes, un processus extrêmement risqué, selon les policiers.Cette drogue est obtenue par l'extraction du THC, l'un des ingrédients chimiques actifs du cannabis. Cette extraction pose toutefois plusieurs risques lorsqu’elle est faite dans des laboratoires clandestins, selon les policiers et des intervenants sociaux.

« Le butane, c’est super inflammable. Le danger d’explosion, quand on fait ça dans son garage, dans sa cave, c’est super dangereux », explique le directeur du CIPTO.

« Vous savez, des fois on entend parler aux nouvelles de résidences qui ont explosé. Souvent, ce sont des gens qui s’essayent, chez eux, sur un poêle. Il s’agit d’une fuite dans leur système et c’est très très inflammable et explosif », raconte Sylvain Tremblay.

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