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Le verdict attendu lundi au procès de deux anciens Gee-Gees

Après plus de quatre ans d'attente, c'est l'heure du verdict. Deux anciens membres de l'équipe de hockey masculine des Gee-Gees de l'Université d'Ottawa accusés d'agression sexuelle connaîtront leur sort lundi après-midi, à Thunder Bay.

Un texte d'Antoine Trépanier, à Thunder Bay

Guillaume Donovan et David Foucher sont accusés d'avoir agressé sexuellement une femme âgée de 21 ans dans une chambre d'hôtel de Thunder Bay. Ils ont subi leur procès en février dernier et la juge Chantal Marguerite Brochu doit rendre sa décision vers 14 h, lundi, dans cette cause médiatisée dont les versions présentées en cour semblent contradictoires.

La décision de la juge Brochu est attendue par plusieurs, puisqu'elle devrait en principe porter sur la notion de consentement.

Un voyage qui tourne au vinaigre

Les faits allégués remontent à la nuit du 2 février 2014 dans une chambre de l'hôtel Victoria Inn. Les Gee-Gees étaient alors en visite dans le nord-ouest de l'Ontario pour y affronter les Thunderwolves de l'Université Lakehead.

Durant le procès, qui s'est déroulé du 4 au 16 février 2018, la présumée victime, aujourd'hui âgée de 25 ans, a témoigné avoir eu une relation sexuelle consentante avec le compagnon de chambre de Guillaume Donovan avant la présumée agression. Ces derniers se sont rencontrés par l'entremise de l'application Tinder, puis se sont rencontrés dans un bar avant de se rendre dans la chambre du joueur en question. Tous les deux avaient pris plusieurs consommations d'alcool ce soir-là.

L'homme en question, qu'on ne peut nommer puisqu'il pourrait mener à l'identification de la présumée victime, a déclaré en février dernier que M. Donovan les a rejoints dans la chambre et qu'il s'est invité dans l'acte sexuel.

La présumée victime a déclaré en cour que son partenaire se serait retiré des ébats, la laissant dans une relation intime non consensuelle avec deux autres hommes qu'elle ne connaissait pas. Elle ne pouvait identifier clairement les deux hommes qui l'auraient agressée. Elle a également confié qu'elle hésitait à poursuivre les démarches judiciaires, puisqu'elle ne voulait pas que des gens innocents soient accusés injustement.

Guillaume Donovan a admis s'être invité et a affirmé que la présumée victime avait consenti lorsqu'il s'est approché. Il ne connaissait pas la femme, ne l'avait jamais vu et ne lui avait jamais parlé.

« Elle n'a pas dit non », a-t-il dit durant son contre-interrogatoire. « Elle bougeait, elle était consciente. » Le procureur de la Couronne, Me Marc Huneault, a déclaré devant le tribunal : « Il n'y a eu aucune discussion, [Guillaume Donovan] a eu une relation sexuelle avec madame sans protection, sans même en parler avec la femme. Les notions de consentement doivent être non ambiguës. »

Le rôle de David Foucher dans cette affaire soulève plusieurs questions, puisqu'il a été aperçu avant d'entrer dans la chambre où l'acte aurait été commis et au moment où la jeune femme quittait les lieux.

Durant son interrogatoire, il a expliqué au tribunal qu'il faisait des blagues avec deux autres coéquipiers, puis qu'ils se sont complètement dénudés et sont entrés dans la chambre de Guillaume Donovan.

« On est rentré, coude à coude, subtilement, et on s'est dispersé. Je suis allé sur l'autre lit et je voyais que Donovan avait une relation sexuelle consentante », a-t-il expliqué à la cour.

L'objectif, selon lui, était de voir de plus près pour pouvoir commenter ensuite dans une autre chambre, où d'autres joueurs se trouvaient.

De son point de vue, a-t-il dit, s'il y avait quelque chose qui montrait un non-consentement, les joueurs seraient intervenus.

« La fille n'a montré aucun signe de non-consentement. Elle avait les bras libres. Elle soupirait profondément et avait les jambes croisées dans le dos de Guillaume », a-t-il dit.

Un procès qui soulève des doutes

À la conclusion du procès qui a duré 10 jours, l'avocat de Guillaume Donovan, Me Christian Deslauriers, a soulevé qu'il n'y avait qu'une certitude dans cette affaire : le doute raisonnable.

La présumée victime a admis ne pas toujours avoir dit la vérité aux policiers et la défense a soulevé plusieurs versions contradictoires dans son témoignage.

Me Deslauriers a même affirmé que la présumée victime avait menti délibérément à la cour, notamment par rapport aux communications qu'elle a entretenues avec le compagnon de chambre de Guillaume Donovan après les faits allégués.

« On doit mettre en garde contre elle. Parce que c'est une menteuse, madame le juge », a-t-il dit au tribunal.

Le procureur de la Couronne a rétorqué qu'il était « clair que l'intention de Guillaume Donovan était d'avoir une relation sexuelle avec une femme qu'il ne connaissait pas, qu'il n'avait jamais vue ».

L'avocate de David Foucher en a rajouté, affirmant avoir compté au moins cinq occasions où la présumée victime aurait menti à ses amis, aux policiers et même à la cour.

« Au tribunal, elle a dit se souvenir d'avoir dit ''je ne veux pas cela''. On n'a jamais entendu cela avant », a déclaré Me Célina St-François en référence au témoignage de la présumée victime.

Quatre ans d'attente

Si la décision de la juge Brochu n'est pas portée en appel, le verdict devrait en principe tirer un trait sur une saga qui remonte à il y a plus de quatre ans.

Trois semaines après les faits allégués, la police de Thunder Bay a été avisée par une source tierce que deux joueurs de l'équipe ottavienne auraient agressé sexuellement une jeune femme de la région. En mars 2014, l'affaire a été révélée au grand jour et a éclaboussé l'Université d'Ottawa. L'enquête policière a duré plusieurs mois et a impliqué la police d'Ottawa et la Gendarmerie royale du Canada.

Durant cette enquête, joueurs et entraineurs ont été interrogés. En août, le capitaine de l'équipe, David Foucher, 24 ans, et son adjoint Guillaume Donovan, 23 ans, ont été arrêtés.

Le procès a ensuite été reporté à trois reprises depuis 2016, dont deux fois pour des raisons personnelles chez les avocats de la défense et de la Couronne.

L'Université d'Ottawa a également congédié l'entraîneur-chef de l'époque, Réal Paiement, sous prétexte qu'il n'avait pas avisé l'institution des événements de Thunder Bay.

De plus, le programme de hockey masculin a été suspendu pendant plus de deux ans.

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