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Les ambitions espagnoles du grimpeur de Gatineau Michael Woods

Cinq ans seulement après avoir commencé sérieusement le vélo, l'ancien coureur de demi-fond canadien Michael Woods est la grande révélation du 72e Tour d'Espagne après neuf étapes. Le résident de Gatineau revient sur une première semaine de course chargée en émotions.

Un texte d'Olivier Paradis-Lemieux

Le grimpeur de l’équipe Cannondale se retrouve lundi au 8e rang du classement général au moment de la première journée de repos, à moins de 2 minutes de la tête. Pendant que les Romain Bardet et Alberto Contador ont été décrochés à de nombreuses reprises par le meneur Chris Froome, le Canadien a su rester dans la roue du Britannique.

Dimanche, il a même terminé en 3e place de l’étape juchée au sommet d’une côte sèche de 4 kilomètres à plus de 9 % de moyenne, seulement devancé par une poignée de secondes par les deux premiers du général, Froome et le Colombien Esteban Chaves.

« Il y a 5 ans, quand j'ai commencé ce sport, je n'ai jamais vraiment pensé que c'était possible. Mais maintenant j’y crois », a avoué Woods en entrevue téléphonique à Radio-Canada Sports.

De la course à pied au pied de la Sierra Nevada

Spécialiste du demi-fond – il a brisé par près de 3 secondes la mythique barrière des 4 minutes au mile à 18 ans et remporté le 1500 mètres des championnats panaméricains junior –, Michael Woods avait dû abandonner en 2007 son rêve olympique en athlétisme en raison de fractures de stress à répétition au pied gauche.

Après quatre ans de doutes, le natif d’Ottawa commençait les courses cyclistes en 2012 à la suggestion de quelques amis amateurs de vélo et prenait la 20e place du Tour de Beauce. À 30 ans, il se présentait, il y a 10 jours, au départ du Tour d’Espagne, dans « la forme de sa vie », quelques mois après avoir bouclé son premier grand tour, le Giro 2017, en 38e position.

« J'ai fait un stage d'entraînement au Colorado à 2500 mètres d'altitude avec mon coéquipier Alex Howes, grâce à B2Dix qui a payé pour le stage. Après trois semaines à rouler chaque jour cinq à six heures, j'étais vraiment en bonne forme. J'ai dit à l’équipe que j’étais capable de réussir un gros résultat dans les trois prochaines semaines. »

Propulsé au rang de meneur de son équipe après avoir joué le rôle d’équipier de Pierre Roland sur le Tour d’Italie, Woods vise d’abord une victoire d’étape avant une place au classement général. « C’est le but, j’espère que je peux gagner une des deux prochaines étapes », confie avec confiance le cycliste, qui croit que son passé de coureur l’aide au sommet des bosses.

« Dans les dernières minutes d'une côte comme celle de la 9e étape de la Vuelta, hier, les efforts sont vraiment similaires à ceux du demi-fond. Hier, c'était vraiment à mon avis comme une course de 1500 mètres. Je pense que j'ai vraiment réussi grâce à mon expérience en athlétisme ».

Après avoir été essentiellement une course de côte jusqu’à maintenant, la Vuelta entre d’ailleurs dans les hautes montagnes de la Sierra Nevada mercredi. Woods devrait perdre quelques plumes lors du contre-la-montre du 5 septembre, mais le profil de ce Tour d’Espagne lui convient.

Les pourcentages continueront d’ailleurs d’augmenter jusqu’au punitif et mythique Angliru (12,5 km, à 9,8% de moyenne) à l’avant-dernière journée de course.

« Les montagnes qui viennent vont être dures, c’est certain! Je pense que je suis prêt pour les prochaines deux semaines. Je pense que j'ai encore de l'énergie. »

Avenir incertain

Après deux ans avec Cannondale, Michael Woods s’apprêtait à signer une prolongation de contrat pour la prochaine saison quand il a appris vendredi qu’un des commanditaires principaux de la formation américaine se retirait. Présente sur le WorldTour depuis 2009, Cannondale est menacée de survie. Il manque 7 millions de dollars américains pour boucler le budget.

« J’ai appris cette nouvelle il y a trois jours, explique Woods. C'était vraiment difficile de me préparer mentalement la journée suivante. Pour moi, j'étais en train de signer avec l'équipe et de garder ma place. Et moi, j'aime cette équipe! C'était vraiment difficile d’apprendre que ce n'était plus probablement possible de courir pour Cannondale encore. »

Le directeur sportif de la formation, l’ex-cycliste Juan Manuel Garate, a toutefois secoué la morosité de ses troupes et leur a permis de se concentrer sur les étapes du week-end.

« Il nous a vraiment inspirés et, grâce à lui, non seulement moi, mais toute l'équipe avons bien couru hier, et je pense qu'on va continuer les belles performances qu'on a faites dans la dernière semaine. »

Même s'il a commencé sur le tard sa carrière de cycliste professionnel, Woods ne manque pas d’ambition et de confiance en ses moyens. Avant de songer à la visibilité que lui offrent ses performances actuelles, le cycliste canadien voit surtout ce Tour d’Espagne comme l’occasion de « gagner une meilleure forme et de [se] préparer pour avoir une meilleure saison l’année prochaine. »

S’il continue d’accumuler les bons résultats sur ce Tour d’Espagne, Michael Woods devrait susciter la convoitise de plusieurs équipes WorldTour à l’issue de l’épreuve, même si Cannondale en venait à cesser ses opérations.

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