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Les arts martiaux mixtes amateurs prêts à sortir de l’ombre?

Les combats d'arts martiaux mixtes (AMM) amateurs pourraient bientôt sortir de la zone grise « légale » dans laquelle ils se trouvent depuis de nombreuses années. Radio-Canada a appris qu'un groupe de travail fédéral recommande à Ottawa d'uniformiser les règlements de ce sport au pays et de créer une instance nationale pour mieux encadrer les disciplines comme les AMM.

Une collaboration de Jonathan Jobin et d'André Dalencour

Le groupe de travail pancanadien sur les sports de combat (GTSC) a déposé des recommandations en ce sens la semaine dernière au gouvernement fédéral, dans le cadre de la dernière Conférence des ministres fédéraux, qui avait lieu en Alberta.

Les intervenants du milieu sportif qui le composent ont aussi suggéré des modifications à l'article 83 du Code criminel sur les combats concertés.

Il faut savoir qu'actuellement, seuls les sports de combat reconnus par le Comité international olympique (CIO) sont encadrés pénalement. Les disciplines comme le karaté, le jiu-jitsu et - bien entendu - les AMM n'en font pas partie.

Bien qu'il soit théoriquement interdit d'organiser des galas d'arts martiaux mixtes, tous les sports de combat peuvent le faire s'ils sont sous l'autorité d'une commission athlétique ou reconnus par les provinces.

C'est pour cette raison que le GSTC presse le fédéral de créer une commission athlétique fédérale, laquelle chapeauterait non seulement les arts martiaux mixtes, mais tous les sports de combat.

Un flou réglementaire

Au Québec, c'est la Régie des alcools, des courses et des jeux (RACJ) qui encadre les arts martiaux mixtes professionnels. Mais aucune fédération ou commission athlétique ne le fait pour les sports de combat amateurs.

Il n'existe pas non plus d'organisme national agréé pour gérer les AMM amateurs à l'échelle nationale, comme la Fédération internationale d'arts martiaux mixtes le fait à l'échelle mondiale.

La Canadian Combat Association remplit ce rôle de manière informelle. Cet organisme, qui n'est pas reconnu par Sport Canada, chapeaute néanmoins des entités comme la Fédération québécoise de boxe mixte (FQBM).

Pendant deux ans, cette dernière a suspendu ses activités, dans l'espoir de recevoir une homologation provinciale qui n'est jamais venue. À l'hiver 2016, elle a repris ses activités dans l'est du Québec.

Pour le représentant de la FQBM, Fernand Morneau, il est important qu'une commission pancanadienne soit créée et que les règlements soient les mêmes partout.

« Le but, c'est d'uniformiser le sport de façon à ce que les gens puissent avoir le plus de chances possible de compétitionner au niveau national et international », , explique-t-il.

M. Morneau soutient que depuis 2014, le milieu des AMM s'est pris en main au Québec, en attendant que le législateur décide d'aller de l'avant. « On a déjà voté des règlements qui sont moins permissifs pour les jeunes, pour assurer leur sécurité », souligne-t-il.

Le milieu se dit prêt

La popularité des arts martiaux mixtes (AMM) ne se dément pas au pays. Dans les dernières années, le nombre de gymnases spécialisés a explosé au Canada, notamment en raison de la popularité des athlètes de l'Ultimate Fighting Championship (UFC).

Les propriétaires de clubs spécialisés sont d'avis qu'il est temps que le gouvernement fédéral appuie sur l'accélérateur, surtout pour permettre de développer des catégories pour les jeunes. Le statu quo est plutôt perçu comme un frein, qui limite l'expansion de ce sport de combat.

« Il faut s'arranger pour avoir des niveaux pour les jeunes avec l'équipement adéquat, des plus gros gants, pas de coups de genoux, pas de coups de coude. Comme ça, ils pourront faire du combat en sécurité », plaide le propriétaire du club Évolution/Tristar à Gatineau, Daniel Guillemette.

« Si on arrive à tous s'entendre et à être sur la même longueur d'onde, on pourra amener de jeunes athlètes qui, une fois à 18-20 ans, pourront se faire découvrir par l'UFC », renchérit Danny Fung, gérant du Club Expérience MMA.

Une concurrence entre les sports de combat?

À mots couverts, la plupart des propriétaires de club d'arts martiaux mixtes blâment aussi les différentes fédérations de sport de combat, qui craignent qu'en donnant plus de légitimité aux AMM, leur discipline puisse perdre des pratiquants.

Ils ont l'impression de constituer une menace pour ces dernières car mathématiquement, plus il y a de jeunes qui choisissent les AMM, moins il y en a en taekwondo, en karaté traditionnel ou en judo.

« On dirait que plusieurs sont contre, parce que ça les affecte de manière négative », lance Daniel Guillemette. « La popularité grandissante des AMM pourrait toutefois forcer plusieurs clubs à s'adapter. »

« Plusieurs disciplines commencent à se positionner pour avoir des programmes. Le taekwondo, le karaté et d'autres sports commencent à s'entraîner pour faire ce sport-là », constate pour sa part Aksell Nicolaides, du club K2 d'Ottawa. « Il n'y a pas beaucoup de sports plus populaires en ce moment, sauf peut-être le jiu-jitsu brésilien. »

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