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Les cadeaux, le noeud papillon et la dinde en famille : un choix ou une obligation?

Le jour J arrive à grands pas dans le froid polaire. Les enthousiastes démêlent les lumières, écoutent les compilations de chats qui entonnent les classiques du temps des Fêtes et s'échangent des cadeaux. Pour d'autres, Noël est plutôt une période stressante : l'obligation de faire des grands sourires pour bien paraître, la pression de trouver le cadeau parfait et la gestion des attentes des proches.

Cette semaine à l'émission Labrosse-Wellington, on a pris le temps de se questionner sur les traditions, les normes et les obligations du temps des Fêtes. Sérieusement, cadeaux, nœud papillon et dinde en famille : un choix ou une obligation?

Est-ce si compliqué de ne pas se donner de cadeaux? Soyons honnêtes, il y a toujours quelqu'un qui ne peut pas s'empêcher de vous offrir quelque chose. En réunion de production avec les collègues Louis-Jérôme Binet et David Thibodeau, la discussion était vive quand il était question d'établir de nouvelles traditions.

Il semblerait que, malgré la volonté de diminuer ou d'éradiquer les échanges de cadeaux, on vit constamment avec la menace que quelqu'un nous apporte un petit quelque chose et que nous n'ayons rien à lui offrir en retour.

Plusieurs vous diront qu'il n'y a aucun besoin de changer les traditions : « Noël, c'est une période d'échange de cadeaux » et c'est très bien comme ça. Paroles de père Noël!

Au-delà de la question des cadeaux, les malaises que peut occasionner cette période de l'année angoissent carrément certaines personnes. J'ai lâché un coup de fil à mon amie Marysol, qui se qualifie d'« angoissée de nature » et qui appréhende l'arrivée de Noël.

À Noël, il y a toujours une pression d'être parfait. Il faut que t'achètes le bon cadeau, que la bouffe soit bonne, que tout le monde soit bien habillé et que tu dises la bonne chose à des personnes que tu n'as pas vues depuis longtemps!

Marysol Foucault, chef-propriétaire du restaurant Edgar

La période des Fêtes : une saturation de normes

Selon le professeur de philosophie à l'Université d'Ottawa David Robichaud, les normes sont là pour faciliter nos décisions sociales, en précisant certains comportements que nous devrions adopter lors des événements festifs en cette période hivernale : le code vestimentaire, les multiples hiérarchies à respecter, quels partys on peut se permettre de manquer et lesquels engagent notre obligation et surtout, quoi donner à qui...

On vit dans un monde saturé de normes. Il y a plein de gens qui ont des attentes par rapport à nous. On a des attentes par rapport aux autres ett on a des attentes par rapport à soi. [...] Le temps des Fêtes c'est un hot spot de normes.

David Robichaud, professeur de philosophie à l'Université d'Ottawa

Mon professeur de philo préféré m'a parlé de Marcel Mauss, « le père de l’anthropologie française », qui à étudié le don dans des sociétés archaïques, afin de comprendre la nature de ce geste. Mauss a observé que l'individu se retrouve toujours entre liberté et obligation, le don étant davantage la réponse à un sentiment d’obligation que l’expression d’une volonté de faire plaisir, détachée de tout sentiment de devoir.

Cette explication n'aide pas les angoissés à respirer. Parce qu'au-delà du choix, il y a les conséquences.

« S'il y a une tradition de se donner des cadeaux à l'intérieur d'une famille, et que vous décidez de ne pas offrir de cadeaux, et bien, vous pouvez vous attendre à ce que les attentes de votre famille soient déçues, et qu'il y ait des remontrances », ajoute le prof.

L'étiquette dans tout ça

Pour comprendre la nécessité de respecter ces normes, j'ai fait appel à une spécialiste de l’étiquette et de l’image. Julie Blais-Comeau donne de la formation en entreprises, écrit des livres et présente des conférences sur le savoir-faire.

Lors de notre discussion dans un magnifique salon du Château Laurier à Ottawa, Julie m'a expliqué la nécessité de respecter la volonté de son hôte(sse). Pour survivre à cette pression, elle m'a suggéré de tempérer les attentes et de communiquer clairement avec ses proches pour éviter les faux pas et les déceptions.

Quand j'ai demandé à Julie ce qu'elle pensait des rabat-joie qui veulent laisser tomber les traditions, elle m'a dit qu'il est parfois mieux de rester chez soi pour ne pas « casser le party ».

Une chose est sûre : ces normes sociales peuvent être modifiées au fil du temps, mais pas par un seul individu.

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