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Les dangers du sport pour les mamans après l'accouchement

Un retour trop hâtif à l'activité physique après un accouchement n'est pas sans danger. Beaucoup de mères sont victimes de pertes urinaires et de descentes d'organes, un problème aggravé par une méconnaissance générale du corps humain et un manque d'encadrement.

Un texte de Catherine LanthierTwitterCourriel

Lorsqu'une nouvelle maman quitte l'hôpital, le personnel médical lui suggère généralement de reprendre l'activité physique quatre semaines après l'accouchement, six semaines en cas de césarienne.

Malheureusement, « un manque de suivi flagrant » est observé chez les femmes qui viennent de donner naissance, selon la physiothérapeute spécialisée en rééducation périnéale, Guylaine Déry.

Elles ont tendance à se remettre trop rapidement à des activités physiques intenses, sans être informées des risques. « Il n'y a pas de raison qu'on voit autant de descentes de vessie », estime-t-elle.

Ces femmes en congé de maternité représentent un marché florissant pour les centres sportifs, qui offrent une grande variété d'activités physiques maman-bébé. Les cours à forte intensité gagnent en popularité, tels que la cardiopoussette et les entraînements en circuit.

La rapidité avec laquelle ces mères en période postnatale se remettent en forme préoccupe de nombreux intervenants du milieu de la santé.

Des fuites qui gênent

Isabelle Faucher a appris cette leçon à la dure. Elle s'est remise à l'exercice quatre semaines après son accouchement, soit selon les délais prescrits à l'hôpital.

Elle s'est inscrite à un cours de cardiopoussette, où les mamans sont invitées à courir et faire des sauts. « C'est automatiquement en faisant des sauts que j'ai commencé à avoir des pertes urinaires », raconte-t-elle. « Personnellement, ça me fâche! On va à des cours pour être mises en forme, et nous ne sommes pas informées adéquatement. »

Le cas d'Isabelle est loin d'être unique.

La copropriétaire de la clinique Uro-Physio à Gatineau, Guylaine Déry, a récemment dû embaucher deux physiothérapeutes supplémentaires pour répondre à la demande croissante, et déménager dans des locaux plus spacieux. Une centaine de patients y sont traités chaque semaine.

Nombreuses sont les jeunes femmes qui, à leur première visite en clinique, se sentent « découragées, pas normales ». Elles sont aux prises avec des fuites urinaires, ou encore une descente d'organes, le plus souvent de la vessie.

Pour remédier à leur problème, ces femmes doivent suivre des séances de physiothérapie en rééducation des muscles du plancher pelvien.

Pour plusieurs, le problème sera réglé après quelques rendez-vous. Pour d'autres, il sera nécessaire d'insérer un pessaire (une prothèse introduite dans le vagin qui soutient les organes) lorsqu'une activité physique avec impact est pratiquée.

Dans les cas plus graves, une intervention chirurgicale sera nécessaire.

Selon des données colligées par l'Institut national de santé publique du Québec, 33 % des femmes souffrent d'incontinence urinaire dans les trois premiers mois suivant l'accouchement.

Celles dont l'incontinence persiste après cette période risquent de voir la situation perdurer plus de cinq ans après et s'exposent à une descente d'organes, particulièrement à la ménopause, lorsqu'un affaiblissement des muscles survient.

Des femmes laissées à elles-mêmes

Tout au long de leur grossesse, les futures mamans bénéficient de visites régulières chez leur médecin. Mais une fois l'enfant né, il s'écoule généralement six semaines avant qu'elles obtiennent une visite de suivi.

De l'aveu même d'une omnipraticienne de Gatineau, Jennifer Mitton, trop peu d'importance est accordée à la remise en forme de la nouvelle maman.

Annie St-Amand s'est elle aussi rapidement remise en forme, en s'inscrivant à un cours de cardiopoussette six semaines après sa césarienne. « Ils en demandaient beaucoup », reconnaît-elle. « Courir, au début, puis faire des sprints, des exercices assez intenses, musculaires, beaucoup de sauts. »

Ce sentiment est partagé, selon la copropriétaire d'Uro-Physio. Dès ce printemps, la clinique commencera à offrir des cours prénataux.

Une nécessité croit Guylaine Déry, qui estime que davantage de prévention est nécessaire. « Ça a été clairement établi que les exercices du plancher pelvien doivent être supervisés, autrement c'est facile de ne pas bien les faire », dit-elle.

Des approches qui varient

La Sporthèque de Gatineau présente ses cours postnataux comme étant accessibles à toutes les mamans. Elles « n'ont pas besoin d'être en forme » pour y participer, soutient-on.

Les cours qui procurent un entraînement plus soutenu y sont très populaires. Circuit fit maman bébé, booty maman bébé, cardio poussette : les choix ne manquent pas.

Au début de la session, une feuille informative sur la nutrition et le risque de diastase abdominale (la séparation des muscles abdominaux appelés les grands droits) est distribuée aux participantes.

Le centre sportif de l'Université du Québec en Outaouais (UQO) offre également des activités physiques postnatales. Deux kinésiologues sont présents en tout temps, afin d'éviter les blessures.

Si une partie du groupe est plus forte que l'autre, celui-ci sera séparé en deux pour éviter que les femmes se poussent au-delà de leurs capacités.

Les formations des entraîneurs responsables d'offrir ces cours varient toutefois d'un endroit à l'autre, d'où l'importance de bien s'informer de leurs compétences, souligne Andrée-Anne Gagnon, qui voit trop de femmes se blesser.

« Les femmes veulent pousser leur corps, ce qui est correct dans la mesure où elles le font accompagnées d'instructeur et d'instructrices qui savent encadrer cette attitude-là. Est-ce que c'est le cas de tout le monde? Non, malheureusement », se désole-t-elle.

Si l'entraîneur a une grande part de responsabilité, celle de la participante n'est pas non plus à négliger : celle-ci ne doit pas hésiter à communiquer son état de santé, afin qu'on lui offre un programme adapté.

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