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Les fonctionnaires fédéraux prennent-ils trop de congés de maladie?

L'impression selon laquelle un fonctionnaire fédéral est un paresseux, qui prend tout le temps des congés de maladie, n'est peut-être pas aussi fausse que l'on puisse se l'imaginer.

Un texte de Angie Bonenfant

Du moins, c'est ce que laisse entendre une étude de l'ancien analyste économique en chef de Statistique Canada, Philip Cross, publiée vendredi, par l'Institut Macdonald-Laurier.

Selon cette étude, les employés de la fonction publique fédérale prennent presque deux fois plus de congés de maladie que leurs collègues du secteur privé.

Les données colligées par M. Cross concordent avec les résultats d'une autre étude faite sur le même sujet par le directeur parlementaire du budget (DPB), l'an passé.

À l'époque, l'enquête du DPB relevait que les fonctionnaires avaient pris en moyenne 11 jours et demi de congé de maladie par année.

« Il y a certes là un abus perpétré par un Régime de congés de maladie beaucoup trop permissif », a soutenu M. Cross, en entrevue.

« Si les employés du secteur privé agissaient comme ceux du secteur public, les entreprises feraient assurément faillite », ajoute-t-il.

Écart grandissant

Le plus inquiétant, selon M. Cross, c'est que le nombre de jours de congés de maladie pris par les employés de la fonction publique fédérale augmente au fur et à mesure que les années passent.

Il y a 27 ans, en 1987, un employé fédéral prenait en moyenne 7,2 jours de congé de maladie annuellement.

En comparaison, le nombre de congés de maladie pris chaque année par un collègue du secteur privé, au cours des 30 dernières années, est demeuré pratiquement inchangé.

« Le régime de congé de maladie actuel a besoin d'être réformé », a suggéré M. Cross. « Il me semble évident que le taux de motivation d'aller au travail dans le secteur public est vraiment bas. »

Fausse impression

Le rapport de l'Institut Macdonald-Laurier ne fait rien pour enrayer les préjugés qu'entretiennent la plupart des gens à l'endroit des fonctionnaires.

Mais voilà, il ne s'agit que d'impression, laisse entendre Jean Laliberté, auteur du livre Les fonctionnaires, Politique, bureaucratie et jeux de pouvoir.

Il est vrai qu'il y a dans la fonction publique quelques « pommes pourries », mais de là à soutenir que l'ensemble des fonctionnaires est dysfonctionnel, il y a un pas à ne pas franchir, soutient-il.

1. Les fonctionnaires sont des employés en congé perpétuel

Selon M. Laliberté, c'est le système qui favorise un haut taux d'absentéisme chez certains fonctionnaires. Ces derniers ont droit à 15 jours de congé de maladie par année, « mais il n'y a aucun contrôle », explique-t-il. « Les employés prennent les journées qu'ils veulent, quand ils veulent et les gestionnaires ne font jamais de remarque. [...] Les employés doivent fournir une note du médecin seulement s'ils prennent trois journées de maladie consécutives. Dans un contexte comme celui-là, l'employé prend une ou deux journées, jamais plus, plusieurs fois par année. Si on lui demandait une note explicative à chaque fois, on verrait le nombre de congés de maladie diminuer, ça, c'est certain. »

2. Les fonctionnaires sont des employés paresseux, protégés par la sécurité d'emploi

Les individus ne sont pas tous semblables; il en va de soi pour les fonctionnaires, rappelle M. Laliberté. Il y a des fonctionnaires hypermotivés, qui vont produire du matin au soir, mais il y en a aussi d'autres qui sont paresseux, des « tire-au-flanc », comme les appelle l'auteur. « Ce sont des gens peu fiables qui représentent 10 % à 20 % de l'ensemble des employés. On peut essayer de s'en débarrasser, mais avec la sécurité d'emploi ce n'est pas facile. » Ces gens savent comment se servir du système, ils savent comment en faire le moins possible et garder leur paye. « Les gestionnaires qui les laissent faire, c'est aussi eux les coupables », ajoute M. Laliberté. « Ils savent très bien que ces employés ne font rien, mais comme c'est difficile de les mettre à la porte, ils les tolèrent comme ils sont. »

3. Les fonctionnaires sont des travailleurs inefficaces

« Ma constatation, c'est que s'il n'y a pas l'aiguillon de la concurrence, c'est difficile d'être productif », soutient M. Laliberté. « Enlevez la concurrence et il y a toutes sortes de mauvaises habitudes qui vont s'installer. Dans la fonction publique, on tolère le rythme de travail que les gens se sont donné et que le syndicat soutient. Pour changer cette culture-là, il faut que tu t'attèles très fortement, car dans la fonction publique il n'y a pas de concurrence. »

Nouvelle proposition

L'Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC) a refusé de commenter le rapport de l'Institut Macdonald-Laurier.

Les congés de maladie ont été un enjeu au cours de la dernière campagne électorale. L'AFPC veut profiter de l'élection d'un nouveau gouvernement pour négocier le Régime de congés de maladie sur de nouvelles bases.

Pour sa part, Philip Cross soutient que c'est le bon moment d'aborder publiquement la question. Dans son rapport, il rappelle que les congés de maladie coûtent très cher à l'employeur.

« Le parti conservateur a estimé qu'en réformant le Régime de congé de maladie, il économiserait près de 700 millions de dollars. Et c'est ce qui est toujours inscrit dans les livres du nouveau gouvernement libéral », note-t-il.

La nouvelle proposition du gouvernement libéral de Justin Trudeau sur les congés de maladie est prévue pour le mois de janvier.

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