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Les Franco-Ontariens oubliés du discours du Trône

Fiscalité, sécurité et éducation, la plupart des mesures annoncées dans le discours du Trône du nouveau gouvernement ontarien n'avaient rien de surprenant. En revanche, des représentants de la communauté francophone ont remarqué, inquiets, qu'aucune mention n'a été faite concernant les dossiers qui les concernent et que pas un mot n'a été prononcé en français lors du discours.

Un texte de Camille Feireisen

Rien sur les francophones, rien sur les Autochtones, pas un mot sur un plan pour combattre les changements climatiques. C'est pourtant ce qu'on attendait de voir : si le gouvernement veut éliminer ce qui existe déjà, alors qu'est-ce qu'il va mettre à la place?

Nathalie Des Rosiers, députée d'Ottawa-Vanier, se dit inquiète après ce discours du Trône.

Le premier ministre Doug Ford a déjà aboli le ministère des Affaires francophones.

Qu'en est-il de l'Université de l'Ontario français?

Dans le discours de jeudi, il n'y a pas eu un seul mot concernant l'Université de l'Ontario français, qui doit ouvrir ses portes en 2020.

Mme Des Rosiers rappelle que tout ne se trouve pas dans le discours du Trône et espère donc que le fait que l'université n'ait pas été mentionnée n'indique rien. Au moins un mot en français en revanche, pour reconnaître la communauté franco-ontarienne, c'est une tradition dans un discours du Trône, il n'y en a pas eu et c'est ce qui m'inquiète, ajoute-t-elle.

La parlementaire mentionne toutefois que la communauté continuera à appuyer le projet afin qu'il ne reste pas lettre morte.

Même son de cloche du côté de la députée d'Orléans, Marie-France Lalonde, qui assure qu'elle en discutera avec la nouvelle ministre déléguée des Affaires francophones, Caroline Mulroney.

Mme Lalonde souligne notamment qu'outre l'absence de mention de l'Université de l'Ontario français, il n'y a pas eu de référence à l'adhésion à l'Organisation internationale de la francophone (OIF). Depuis novembre 2016, l'Ontario est un membre observateur de l'Organisation. Elle précise néanmoins que les discussions vont bon train avec Mme Mulroney et qu'elle continuera à sensibiliser cette dernière aux enjeux francophones.

Le député néo-démocrate de Timmins, Gilles Bisson, considère pour sa part que le gouvernement ontarien agit à recul, en faisant notamment référence au nouveau programme d'éducation sexuelle qui sera enseigné dans les écoles dès cet automne.

Il regrette également que le Nord de la province n'ait pas été mentionné lors du discours.

De son côté, le conseiller scolaire au CSDCEO, Jean Lemay, estime que l'absence de français tout au long du discours est inquiétante. C'est un manque majeur dans la forme. Aucun mot sur l'université francophone, cela nous préoccupe beaucoup.

Les changements apportés au programme d'éducation sexuelle ne le rassurent pas non plus. Selon lui il s'agit d'un retour à 1998. Il précise que les conseils scolaires n'ont pas été informés; or c'est dans nos écoles que ça se passe alors c'est important qu'on nous avise de ça.

En revanche, il se dit satisfait du plan d'action pris en matière de finances par le gouvernement Ford. Ce dernier compte créer une commission d'enquête afin d'identifier les manoeuvres comptables jugées douteuses des précédentes administrations. Cette commission aura aussi pour mission de déceler les sources de gaspillage et de dédoublement dans les dépenses publiques.

Le président de l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario, Carol Jolin, s'est aussi dit déçu que la francophonie ait été laissée pour compte. Il rappelle toutefois que le parti progressiste-conservateur s'est engagé sur certains dossiers lors de sa campagne électorale : l'Université de l'Ontario français, la refonte de la Loi sur les services en français ainsi que des investissements dans le domaine de la santé en français.

Cela prouve qu'il va falloir travailler fort pour sensibiliser le gouvernement sur les dossiers qui touchent la communauté, indique M. Jolin.

Par ailleurs, plusieurs promesses des progressistes-conservateurs ont été réaffirmées dans ce discours. Elles incluent notamment l'ajout de lits de soins de longue durée, plus d'argent pour la lutte contre la toxicomanie ainsi qu'un soutien accru aux familles qui ont un enfant vivant avec le spectre de l'autisme.

Réactions des adversaires politiques

Selon les Verts, le calendrier politique des conservateurs s'annonce d'ores et déjà coûteux.

Ce plan annonce que l'Ontario est fermé aux entreprises désireuses de créer des emplois dans l'économie propre. C'est un marché mondial qui représente pourtant 7 milliards de dollars, affirme le chef des Verts, Mike Schreiner.

M. Schreiner ajoute vouloir travailler avec le premier ministre, mais que cela s'annonce difficile, « quand il déclare la guerre au monde moderne ». Il cite notamment en exemple la décision de M. Ford de sortir l'Ontario du marché du carbone en commun avec Québec.

Les libéraux rappellent pour leur part que l'économie de la province demeure forte. Ils regrettent principalement que le discours n'ait présenté aucun plan en ce qui concerne la protection environnementale.

Le gouvernement n'a pas réussi à dire aux Ontariens le coût et les risques associés à la sortie du marché du carbone. Déjà, nous avons vu les écoles de l'Ontario touchées, avec une réduction de 100 millions de dollars des dépenses d'investissement dans l'infrastructure, est-il écrit dans le communiqué du parti.

De son côté, Andrea Horwath, la chef du NPD, a déclaré que ce discours indique un retour au siècle dernier.

Elle considère aussi que ce discours n'inclut pas plusieurs Ontariens. Si vous êtes un jeune homme noir de Scarborough, vous ne serez pas bien traité par ce gouvernement, d'après ce discours. Mme Horwath répondait à une question concernant le renforcement des pouvoirs attribués aux policiers.

Le gouvernement prévoit en effet lever les « restrictions trop strictes » qui ont été imposées « par méfiance et par mépris » aux policiers. Même s'il n'est pas dit de quelles restrictions il s'agit, M. Ford avait déjà parlé de rétablir l'unité TAVIS de la police. Cette unité visait à lutter contre la violence dans les secteurs à criminalité élevée, avec du profilage notamment.

Il s'agit de la première session législative depuis l'élection des conservateurs de Doug Ford, le mois dernier.

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