Des femmes qui défendent leurs écoles françaises avec des épingles à chapeau, l'opposition au rapport Hope, l'école de la résistance en Huronie, les conseils scolaires, comme ils semblent loin ces faits d'armes franco-ontariens.

Une chronique d'Alex Boissonneault

La province a bien changé depuis un siècle et des progrès immenses ont été réalisés pour faire respecter le fait français. Pourtant rien n'a été donné de facile, de gratuit, ou obtenu sans des efforts collectifs ou individuels considérables.

En s'opposant au projet actuel de création d'une université franco-ontarienne, Alex Tétreault, le président de l'Association des étudiants francophones à l'Université Laurentienne, à Sudbury, jure qu'il reconnaît les luttes de ceux et celles qui l'ont précédé. Mais il ajoute que « la vieille mentalité militante ne résonne plus chez les jeunes Franco-Ontariens, qui choisissent de se détourner en plus grands nombres de leur langue et de leur culture. Ils ne s'y identifient plus. Construire notre université ne changera pas ce fait. »

Samuel Genest, célèbre défenseur de l'éducation française en Ontario, doit se retourner dans sa tombe. Que s'est-il passé pour entendre ces mots de la bouche d'un membre de la relève franco-ontarienne? Les Franco-Ontariens seraient-ils prêts à abandonner la lutte alors qu'ils n'ont jamais été aussi près du but? Alors que justement, ils peuvent pour la première fois de leur histoire compter sur des outils que leurs ancêtres n'auraient pas même osé demander, pour faire avancer leur cause.

La boîte de Pandore

Alex Tétreault touche une corde sensible. Il n'est pas le seul à constater ce renoncement. En fait, il faut lui reconnaître un certain courage pour oser nommer un tabou dans la communauté : la démobilisation d'une frange importante de la jeunesse franco-ontarienne.

Des chaises souvent vides devant des artistes francophones, des festivals qui n'attirent pas toujours les foules, des services en français sous-utilisés : les témoignages ne manquent pas. La fierté n'est pas toujours au rendez-vous. Pourtant, bien des Franco-Ontariens rappellent à qui veut bien l'entendre qu'ils sont 600 000 dans la province. C'est la communauté francophone la plus importante à l'extérieur du Québec.

Certains diront que le manque de mobilisation, que la difficulté à faire sortir les gens de chez eux est une constante en Occident qui dépasse largement la francophonie. Sans doute. Mais lorsque des étudiants viennent présenter à Queen's Park un projet d'université française en Ontario et qu'ils s'expriment en anglais entre eux, il faut savoir enlever ses lunettes roses.

Il suffit de quelques minutes dans les corridors de plusieurs écoles françaises de la province pour comprendre que la partie n'est pas gagnée pour la culture française en Ontario.

La lutte institutionnelle

La jeunesse n'est pas à blâmer. Après tout, elle est là pour apprendre. « Le vrai problème vient de la communauté elle-même », me disait Joëlle Roy cette semaine. « Plus personne n'ose parler, plus personne n'ose revendiquer. »

L'artiste du village de Lafontaine, près de la baie Georgienne, a son idée de ce qui s'est passé. Le problème selon elle, c'est que les leaders de la communauté sont maintenant sur le « payroll » de la province. « Nous avons mis les nôtres entre la communauté et le gouvernement : les Franco-Ontariens ne veulent pas critiquer ceux qui les représentent, alors que ceux-là sont devenus dociles parce qu'ils craignent de perdre leur salaire ou leur position. »

Bref, les Franco-Ontariens auraient été victimes de leur propre succès. Reconnue, protégée, financée, leur lutte aurait fini par être « institutionnalisée » jusqu'à devenir l'ombre d'elle-même. Une histoire bien connue dans les mouvements sociaux, les syndicats ou les groupes écologistes.

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