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Les francophones en quête de changement oseront-ils voter pour Doug Ford?

Le candidat du Parti progressiste-conservateur dans la circonscription d'Ottawa-Vanier entend courtiser l'électorat francophone, même s'il est conscient que ce ne sera pas une mission facile dans ce secteur traditionnellement rouge. Pourtant, en quête d'un « changement », des électeurs de langue française que Radio-Canada a rencontrés sont prêts à faire le saut dans l'autre camp.

Un texte d'Angie Bonenfant

Fadi Nemr a procédé la semaine dernière à l'ouverture officielle de son bureau de campagne. Il a stratégiquement établi son quartier général dans un secteur très francophone de la ville, dans l'espoir d'attirer dans son camp ces électeurs.

M. Nemr admet toutefois que ce ne sera pas une tâche facile. Il sait très bien que, depuis 48 ans, les francophones de la circonscription sont davantage portés à voter pour le Parti libéral.

C'est la raison pour laquelle il aborde les francophones différemment, en discutant avec eux d'enjeux qui préoccupent tous les citoyens, nonobstant leur langue d'origine. Les taxes, le prix élevé de l'électricité, le gaspillage et la mauvaise gestion du gouvernement sont des sources de préoccupations universelles, selon lui.

« Que nous soyons francophones, anglophones ou immigrants, nous avons besoin d'un changement et d'un niveau de vie abordable, a-t-il expliqué en entrevue. Qui est mieux placé pour changer les choses? Le Parti conservateur. »

Les francophones présents lors de la cérémonie d'ouverture de son bureau tendent à lui donner raison. La question linguistique, c'est important, mais il y a aussi d'autres enjeux qu'il ne faut pas ignorer.

« L'autre parti promet, promet, promet, mais quand on regarde tout ce qu'ils ont promis, est-ce qu'on en a vraiment cueilli le fruit? s'interroge Leonel Jean Regimbald. C'est pour ça qu'il y a beaucoup de francophones, comme moi, qui ont arrêté de voter libéral il y a longtemps, parce qu'on est écoeurés des promesses vides. »

Attiré, lui aussi, par la promesse de changement des conservateurs, Jacques Deslauriers votera pour Fadi Nemr aux prochaines élections.

« L'argent n'est pas bien géré. Ce sont les riches qui profitent des allocations. Et nous, les pauvres, sommes laissés de côté », a-t-il déclaré. « La définition de la stupidité, c'est de toujours faire la même chose et ça donne toujours le même résultat. [...] Si on veut répéter les scandales, on vote pour le même parti. »

Les francophones n’ont rien à craindre, laisse entendre Fadi Nemr

À ce sujet, M. Nemr tient à rassurer les francophones de sa circonscription. « J'ai soutenu le projet de loi 177 de la députée sortante Nathalie Des Rosiers sur la reconnaissance du caractère bilingue de la ville d'Ottawa, a-t-il mentionné. Protéger le français, pour moi, c'est important. »

C'est aussi, dit-il, un point qui intéresse son chef, Doug Ford, qui, malgré ce que l'on peut entendre ou lire dans les médias, est très ouvert à la francophonie. Son parti travaille d'arrache-pied pour protéger les droits de tous, y compris ceux des Franco-Ontariens.

Son adversaire, la candidate libérale Nathalie Des Rosiers, ne partage pas cette opinion et n'a pas manqué de rappeler que c'est sous les conservateurs que les coupes aux services aux Franco-Ontariens ont été les plus draconiennes.

« Les coupes, quand elles sont faites, elles sont souvent faites sur des enjeux comme la francophonie », a rappelé la candidate, qui a donné en guise d'exemple la saga entourant la fermeture de l'Hôpital Montfort. C’est le gouvernement conservateur de Mike Harris qui avait pris la décision de mettre la clé sous la porte du seul hôpital universitaire francophone de la province.

« C'est évident que j'ai très peur pour les droits des francophones dans un contexte conservateur où il y aurait des coupes partout dans le gouvernement », a poursuivi Mme Des Rosiers.

Une percée conservatrice est-elle possible dans Orléans?

Quelque 20 kilomètres plus loin, dans la circonscription d'Orléans, un groupe d'aînés se rencontrent mensuellement au Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO) pour discuter d'actualités. Ce mois-ci, les élections sont à l'ordre du jour et plusieurs se demandent s'ils doivent opter pour le changement ou non.

« J'ai été surpris. Après la grande tempête, j'ai fait venir quelqu'un pour mon toit. Il vient d'Embrun et c'est un francophone. Lui, il a dit qu'il va voter pour Ford. Je lui ai demandé pourquoi, il m'a répondu que c'est pour changer, ça fait trop longtemps que les rouges sont là », relate un participant.

« Le parti qui va vouloir promouvoir une égalité dans les langues, le français et anglais, parce que ce sont les langues officielles du Canada [, va avoir mon vote] », a laissé entendre une autre participante dont le vote n'est pas nécessairement acquis aux libéraux.

Ces aînés se souviennent des « années noires » du gouvernement conservateur de Mike Harris où les francophones ont eu maille à partir avec plusieurs de ses décisions. Ils sont ouverts au changement, ils pourraient voter bleu, mais ils ont peur, donc hésitent. Il leur faudrait des garanties, une promesse que leurs droits seront respectés...

Que peut dire le candidat conservateur pour les rassurer? Ledit candidat, Cameron Montgomery, qui est parfaitement bilingue, n'a pas voulu nous accorder une entrevue à ce sujet, préférant l'aborder directement avec les électeurs, sur le terrain, lors de son porte-à-porte.

Pressé de questions, à la sortie d'un débat disputé dans une résidence pour personnes à la retraite, la semaine dernière, M. Montgomery a laissé entendre qu'il « est primordial que les candidats puissent pouvoir s'exprimer en français ». Il n'a toutefois pas précisé quels enjeux sont prioritaires pour lui.

Son adversaire libérale, Marie-France Lalonde, n'a pas raté cette occasion. « J'étais surprise de voir un peu plus tôt aujourd'hui que M. Montgomery n'avait aucune idée de la représentation du bassin francophone à Orléans, qui est plus de 34 % », a-t-elle déclaré.

Elle invite les électeurs d'Orléans à faire preuve de prudence. « Notre gouvernement investit beaucoup plus pour maintenir des services en français en Ontario, a-t-elle soutenu. Il faut peut-être demander à M. Montgomery s'il est prêt à continuer cet investissement-là. »

« Lorsque M. Ford a pris [les rênes du PPCO], n'oublions pas que la première chose qu'il a faite est de mettre à la porte la personne qui s'occupait de la francophonie dans son équipe », a-t-elle rappelé.

Le chef du Parti progressiste-conservateur, Doug Ford, ne s'est pas encore engagé auprès des Franco-Ontariens sur des enjeux qui les préoccupent.

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