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« Les héros du sport » : être les yeux d’un coureur

Juillet 2017. Jérémie Venne prend position sur la ligne de départ du stade olympique de Londres. Lorsque son nom est annoncé dans les haut-parleurs, il salue la foule, puis échange quelques mots avec le coureur à ses côtés, Jason Dunkerley. Au cours des 4 minutes et  13 secondes suivantes, il sera ses yeux vers la médaille d'argent.

Un texte de Kim Vallière

Dunkerley est né aveugle en Irlande du Nord. Son handicap ne l’a toutefois jamais empêché d’être actif. La course est rapidement devenue son sport de prédilection. Il a toutefois besoin d’un guide pour le pratiquer. C’est ici que Venne entre en scène.

« Le rôle de guide en est un de navigateur. Je suis les yeux pour Jason, c’est moi qui vais lui faire savoir ce qui se passe durant la course », explique le natif d’Ottawa.

Il doit maintenir une condition physique exemplaire pour être toujours plus rapide que le coureur aveugle. « Tu ne veux pas que le guide soit le facteur limitant dans la vitesse de l’athlète », ajoute Venne, qui a commencé à courir en 10e année.

Pendant la finale du 1500 m aux Championnats du monde de para-athlétisme, le Franco-Ontarien s’assurait de donner les informations nécessaires à son partenaire pour que ce dernier puisse prendre les bonnes décisions stratégiques afin de s’assurer d’une place sur le podium.

« On s’était dit que pendant la finale, on allait faire notre grosse poussée à 600 mètres. Mais je me suis rendu compte à 700 mètres que nos gros rivaux, les Kényans, n’étaient même pas proches de nous autres. Je me suis retourné et j’ai dit à Jason qu’on allait y aller. On a gagné la médaille d’argent », raconte-t-il avec le sourire.

Cette médaille, la première que Venne a remportée sur la scène internationale, est installée en évidence dans sa chambre en Pennsylvanie, où il étudie à l’Université Saint-Francis, une institution fréquentée par un peu plus de 2000 étudiants.

Il porte les couleurs des RedFlash en première division de la NCAA. Il se spécialise dans les épreuves du 800 m, du 1500 m et du 3000 m, les courses de demi-fond, mais il aimerait éventuellement se tourner vers les plus longues distances.

« Gagner la médaille me donne le goût de pousser encore plus dans mes compétitions individuelles, parce que je sais c’est quoi me rendre à ce point-là et j’aimerais vraiment y retourner. C’était super! », lance le coureur qui souhaite aussi répéter l’expérience avec son partenaire aux Jeux paralympiques de Tokyo, en 2020.

Le sentiment est partagé par Dunkerley. « C’est juste un début pour nous. Nous sommes ambitieux, j’ai hâte de continuer d’expérimenter avec lui », avance-t-il dans un français impeccable.

Des championnats du monde improbables

Tout s’est précipité dans les semaines précédant les Championnats du monde de para-athlétisme pour les deux Ottaviens.

Dunkerley avait annoncé sa retraite des compétitions internationales, après avoir participé à quelques reprises aux Mondiaux et aux Jeux paralympiques.

Une invitation d’Athlétisme Canada a changé la donne. Le vétéran avait la chance de faire un autre tour de piste. Le seul problème : son guide habituel Josh Karanja était blessé.

Il s’est tourné vers Venne, qu’il avait connu trois ans plus tôt. Les deux couraient ensemble de temps en temps, lorsque l’étudiant était de passage dans sa ville natale.

Un courriel plus tard, les amis se lançaient dans une aventure un peu folle. Ils avaient moins de sept semaines pour se préparer avant de s’envoler pour Londres.

« On s’est familiarisés avec nos deux styles de course. Guide et athlète doivent essayer de courir en synchronisation, comme ça on se bat moins et on peut courir plus rapidement », raconte Venne.

L’amitié que les Ottaviens partagent les a aidés à relever le défi. La différence d’âge qui les sépare n’a jamais posé problème.

« Jérémie est très sympa. Il est jeune, mais il a beaucoup de maturité. Jérémie a 21 ans et j’ai 40 ans, mais il n’y a pas de différence entre nous », explique Dunkerley. « C’était beaucoup de pression en finale des Championnats du monde pour une personne aussi jeune, mais Jérémie a fait un excellent travail. »

L’expérience acquise aux côtés d’un coureur vétéran est profitable pour Venne, qui a tiré des leçons positives de son aventure.

« Avec Jason, l’interaction qu’on a avant les courses, de se dire que ce qui va se passer va se passer, que je sais quoi faire, ça m’a donné beaucoup de confiance pour mes courses individuelles. »

Parfois, le guide peut aussi être celui qui est guidé.

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