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« Les héros du sport » : une passion pour le tennis de table plus grande que la douleur

Rien ne peut éteindre la passion de Stéphane Charbonneau pour le tennis de table. Pas même deux opérations de remplacement de la hanche. Le sportif a décidé d'utiliser sa situation pour se fixer un nouvel objectif : participer aux Jeux paralympiques.

Un texte de Kim Vallière

Il y a une dizaine d’années, Stéphane Charbonneau avait de la difficulté à se pencher pour attacher ses lacets. Cette incapacité à accomplir les gestes simples du quotidien a été l’élément déclencheur d’une décision importante.

Le sportif en avait assez de l’arthrite qui attaquait ses hanches. Il a choisi de subir deux opérations pour remplacer ses articulations. La première a eu lieu il y a huit ans et ne l’a pas tenu éloigné de l’entraînement très longtemps.

« Ça avait tellement bien été que j’allais jouer avec ma canne. Après même pas un mois, j’allais pratiquer », se rappelle-t-il en riant.

La deuxième intervention chirurgicale, cinq ans plus tard, n’a pas obtenu les mêmes résultats.

« Ça n’a pas été une réussite totale. J’ai eu des problèmes à la cuisse. Je ne sais pas trop ce qui est arrivé », raconte l’homme de 57 ans.

On peut voir les conséquences de cette deuxième opération dans la démarche du pongiste. Il boite quelque peu lorsqu’il se déplace pour récupérer une balle qui a rebondi en dehors de sa portée.

Ses deux remplacements de hanche, en plus des maux liés à une vieille blessure au pied subie au travail, n’ont pas été suffisants pour lui permettre de se qualifier pour les Jeux paralympiques.

Un processus complexe

En décembre dernier, Stéphane Charbonneau a accepté l’invitation de son entraîneur et s’est rendu à un tournoi de qualifications paralympiques au Costa Rica. Il n’a toutefois pas pu y participer, n'étant pas considéré comme suffisamment handicapé.

« Les juges n’ont pas été justes », évalue-t-il. Il considère que certains compétiteurs admis dans le tournoi avaient des handicaps moins lourds que lui.

De son propre aveu, il concède qu’il ne s’est peut-être pas renseigné suffisamment sur les critères qui permettent à un athlète d’être considéré pour les Jeux paralympiques.

« C’est sûr que c’est décevant », avoue le pongiste. « Je ne dis pas que dans le futur, je ne tenterai pas ma chance à nouveau. Il faudrait juste s’informer plus à l’avance. Il faut qu’on s’engage plus, qu’on demande les critères et qu’on obtienne des documents du docteur. »

Il ne fait pas une croix sur les Jeux de Tokyo en 2020, où il rêve de représenter le Canada sur la scène mondiale.

Le tennis de table comme mode de vie

Quand on écoute Stéphane Charbonneau parler de son amour pour le tennis de table, on comprend l’importance que ce sport occupe dans sa vie.

« J’ai commencé à jouer quand j’avais 14 ans, ce qui est un peu tard pour le tennis de table. D’habitude, les joueurs commencent lorsqu’ils ont cinq ou six ans », se rappelle-t-il, plus de quatre décennies plus tard.

Le sport lui a permis de rencontrer sa femme, elle-même une pongiste, et de se forger des amitiés qui perdurent, comme celle qui le lie à Marc Richard, un arbitre qui connaît Stéphane Charbonneau depuis 45 ans.

« Il a toujours joué intelligemment. Même aujourd’hui, à son âge, il peut affronter pas mal n’importe qui au Canada. C’est un très grand joueur », mentionne M. Richard à propos de son ami.

M. Richard décrit le style de jeu de M. Charbonneau comme frustrant pour ses adversaires. « Je suis un joueur vraiment régulier, pas vraiment avec beaucoup de puissance, mais avec de la constance. J’ai aussi de bons services », explique M. Charbonneau.

Ce dernier enseigne le tennis de table à des gens de tout âge quelques heures par semaine, en plus de travailler à temps plein comme chauffeur.

Pas question pour lui d’accrocher sa raquette de sitôt. « Tant et aussi longtemps que je peux me tenir debout et que je peux faire un peu de mouvements avec mon corps, je ne pense pas arrêter », conclut M. Charbonneau, en avançant que le tennis de table risque bien de faire partie intégrante du reste de sa vie.

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