Retour

Les malins plaisirs - Plaidoyer pour une diversité culturelle à l'écran québécois

Cette semaine, l'industrie du cinéma québécois a célébré une forte présence de diversité culturelle au dévoilement des nominations de la 18e soirée des Jutra. Avec des mentions pour Irdens Exantus (Guibord s'en va-t-en guerre) et Schelby Jean-Baptiste (Scratch), il est évident que les Jutra ne seront pas la cible des critiques faites à l'endroit de l'Académie des arts et des sciences du cinéma

Un texte de Julien Morissette

Malgré ces nominations, peut-on affirmer que nos récits de fiction sont représentatifs de la diversité culturelle canadienne?

Au cinéma

Avec l'absence d'acteurs ou actrices noirs sur la liste des nominations de la 88e cérémonie des Oscars, la question du manque de diversité au cinéma hollywoodien est revenue à l'avant-plan.

Plus près de chez nous, ce débat ne date pas d'hier : il y a un an, l'Union des artistes établissait un constat d'échec quant à la diversité sur nos écrans.

Félize Frappier de Max Films Média (Corbo, Ville-Marie) croit qu'il y a de plus en plus de projets qui tiennent compte de la diversité culturelle dans la société québécoise.

« Ce qui m'intéressait dans Corbo, c'est le fait que notre personnage principal est un italo-québécois », explique-t-elle.

« En développement, j'ai aussi un projet qui est l'adaptation cinématographique du recueil Kuessipan, de Naomi Fontaine. C'est un projet avec les Innus de Sept-Îles, de Uashat Mak Mani-Utenam. »

La productrice se réjouit notamment de la nomination d'Irdens Exantus aux Jutra, y voyant un souci croissant de représenter les différentes communautés.

Que ce soit chez les réalisateurs expérimentés ou parmi les jeunes cinéastes, la représentation de cette diversité semble fort importante.

Des plateaux de tournage « blancs »

Le réalisateur Rafaël Ouellet (Gurov et Anna, Camion, Nouvelle adresse) démontre un peu moins d'optimisme par rapport à la relève dans l'industrie audiovisuelle. En allant rencontrer des étudians dans les écoles de cinéma et de télévision, il n'a pas l'impression que toutes les origines et cultures sont aussi bien représentées.

« Il n'y a pas beaucoup de gens autres que des québécois francophones blancs qui travaillent en télé et en cinéma », dénonce-t-il. « Il suffit de venir sur un plateau de tournage ou d'aller dans les bureaux de productions pour s'en rendre compte. Je ne sais pas si la relève est là. »

Pierre Barrette, professeur à l'École des médias de l'UQAM, abonde dans le même sens quand il est question de l'identité des artisans de la télévision et du cinéma. Il ajoute que le public de la télévision francophone est majoritairement composé de Québécois de souche blancs, ayant une histoire pure laine.

« La télévision, c'est quelque chose de très identitaire, de très rassembleur. On s'attend à voir un monde représenté qui ressemble au monde dans lequel on vit. Pour une majorité de Québécois, ce monde n'en est pas un nécessairement peuplé de tant de communautés ethno-culturelles.

Le rôle des diffuseurs

Rafaël Ouellet croit que les diffuseurs, producteurs, réalisateurs et scénaristes font un effort constant pour offrir une télévision plus représentative des communautés culturelles.

Avec une forte présence d'émissions ayant des distributions majoritairement blanches comme Les pays d'en haut, Le clan et Nouvelle adresse, les diffuseurs ont, selon lui, le désir de compenser avec des émissions plus urbaines et actuelles.

Or, la difficulté se trouverait surtout dans le recrutement d'acteurs et de comédiens.

« Est-ce que la relève est absente parce que ces gens-là ne se voient pas à la télé et ne se sentent pas appelés par ce métier-là? Ça fait longtemps que j'en parle, c'est une espèce de cercle vicieux duquel il va être extrêmement difficile de se sortir. »

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Un avion s'écrase dans un arbre





Rabais de la semaine