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Les médias sociaux de plus en plus utilisés pour vendre de la drogue au Canada

EXCLUSIF - Radio-Canada a appris que des trafiquants utilisaient les réseaux sociaux Instagram, Tinder et Grindr, ainsi que des sites de petites annonces sur Internet pour vendre de la drogue au pays. De la marijuana, des opiacés et des médicaments sous ordonnance sont ainsi disponibles en quelques clics. Malgré le phénomène grandissant, la Sûreté du Québec (SQ) n'est pas en mesure de confirmer le nombre d'arrestations liées à ces transactions.

Un texte de Guillaume Dumont

De nombreux mots-clics permettent d'acheter toutes sortes de drogues sur les réseaux sociaux. Et les annonces se comptent par centaines.

En moins de 10 minutes, à l'aide d'Instagram, nous avons réussi à entrer en contact avec un vendeur qui propose différentes drogues illégales, dont des opiacés.

Le vendeur nous a assuré qu'il pouvait acheminer la drogue par la poste en moins d'une journée. L'homme nous a demandé de lui faire parvenir l'argent par Moneygram, un service de transfert de fonds.

Pour nous prouver sa légitimité, il nous a même envoyé des photos de transactions qu'il avait conclues avec différents acheteurs. Évidemment, nous n'avons pas conclu la transaction.

L'exercice nous a toutefois permis de constater que l'achat de drogue sur Instagram est plutôt simple et accessible.

Payer en monnaie virtuelle

De son côté, le professeur à l'École de criminologie à l'Université de Montréal David Décary-Hétu affirme que les acheteurs utilisent fréquemment la monnaie virtuelle bitcoin et les cartes de crédit prépayées pour réaliser leurs transactions, voire des applications comme WhatsApp ou Kik, ce qui leur assure un haut niveau d'anonymat.

Des envois... par la poste

Par la suite, les trafiquants envoient souvent la drogue simplement par Poste Canada à leurs clients.

« On va recevoir par la poste notre colis, à la maison ou encore, par exemple, au bureau de poste et ça devient excessivement difficile pour Postes Canada et pour tous les services de poste d'inspecter tous les colis », soutient le professeur Décary-Hétu.

Il ajoute que des vendeurs de drogue copient même la présentation visuelle des enveloppes de grandes compagnies afin que les colis passent inaperçus.

« Par exemple, des faux paquets Amazon, qui ont l'air de venir de Bell Canada, mais à l'intérieur on va retrouver de la drogue », illustre-t-il.

Aussi, pour éviter de se faire arrêter, les trafiquants utilisent souvent des téléphones cellulaires achetés avec des cartes de crédit prépayées et des ordinateurs configurés de manière à ne pas se faire retracer, en camouflant leurs adresses IP.

Même si ce phénomène est en expansion, il demeure toutefois encore marginal au sein des réseaux de trafic de drogues, selon le criminologue David Décary-Hétu.

Selon lui, ce sont surtout des vendeurs indépendants qui utilisent les médias sociaux et Internet, plutôt que des membres du crime organisé.

Des escouades policières spécialisées?

L'analyste en affaires policières Stéphane Berthomet pense quant à lui que les policiers sont mal préparés pour lutter contre cette nouvelle réalité.

« On ne peut pas tout à fait dire que les policiers sont totalement investis à fond, avec tous les moyens, dans ce genre de criminalité là », souligne-t-il. « C'est bien compréhensible, parce qu'ils sont déjà très préoccupés par d'autres types de criminalité, qui existent depuis très longtemps. »

Une des solutions, selon lui, serait de créer des escouades policières spécialisées dans les réseaux sociaux.

« Oui, ça peut être plus facile de passer sous le couvert de l'anonymat par les réseaux sociaux ou les sites des petites annonces », reconnaît la porte-parole de la Sûreté du Québec (SQ), Mélanie Dumaresq. « Mais il y a toujours des traces qui sont laissées et nos enquêteurs sont formés dans ce type de criminalité là. »

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