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Les Noirs et les Moyen-Orientaux surreprésentés dans les contrôles routiers, selon une étude

L'équipe de recherche derrière le projet d'analyse d'information recueillie lors de contrôles routiers de la police d'Ottawa - incluant l'origine ethnique des conducteurs - a dévoilé son rapport, lundi après-midi.

L'équipe de l'Université York a passé en revue 120 000 contrôles routiers survenus en deux ans dans la capitale nationale. Parmi les éléments analysés, les chercheurs se sont penchés sur l'origine ethnique, le sexe et l'âge des personnes contrôlées, et ils ont aussi vérifié la raison du contrôle et si celui-ci avait mené à des accusations.

Les données ont été recueillies par les agents de police. Sur l'ensemble des contrôles répertoriés, 81 902 étaient utilisables dans cette étude.

Ainsi, les agents ont noté que selon leur perception de l'ethnicité du conducteur, ils ont eu affaire lors de leurs contrôles à 69,3 % de Blancs, 12,3 % de Moyen-Orientaux, 8,8 % de Noirs, 4,7 % d'Asiatiques de l'Est ou du Sud-Est, 2,7 % d'Asiatiques du Sud, 1,9 % d'autres minorités et 0,3 % d'Autochtones.

Cependant, étant donné leur poids dans la population des conducteurs d'Ottawa, les groupes moyen-orientaux et noirs, sans que l'on tienne compte du sexe ou de l'âge, sont surreprésentés dans les contrôles routiers.

Ainsi, les Moyen-Orientaux et les Noirs ont été respectivement interpellés 3,3 fois et 2,3 fois plus proportionnellement à leur poids dans la population de conducteurs.

Les jeunes, plus contrôlés

L'étude souligne aussi qu'à l'exception des Autochtones, tous les hommes âgés de 16 à 24 ans, tous groupes raciaux confondus, ont subi des contrôles routiers beaucoup plus souvent que les autres catégories d'âge.

C'est encore plus vrai pour les jeunes hommes moyen-orientaux et noirs, qui ont été interpellés respectivement 12 fois et 8,3 fois plus souvent par rapport à leur population. À titre de comparaison, les jeunes conducteurs considérés comme blancs par les policiers n'ont été arrêtés que 1,7 fois plus que leur poids dans la population de conducteurs.

Les chercheurs ont pris le soin de préciser que ces données ne permettent pas de conclure que les policiers d'Ottawa font du profilage racial.

Ils ajoutent que dans la vaste majorité des cas (97,19 %), les contrôles routiers ont été justifiés par des « infractions provinciales et municipales ».

« Les agents de police n'eurent pas disproportionnellement recours à "infractions provinciales et municipales" lors de contrôles routiers d'aucune des minorités raciales », précisent-ils dans le rapport.

Cependant, les raisons « infractions criminelles » et « activités suspectes » ont été évoquées de façon disproportionnée pour des minorités raciales.

Dans 44,65 % des cas, les infractions constatées ont fait l'objet d'un constat, et dans 41,29 % des contrôles, elles ont été suivies d'un avertissement. Aucune variable liée à l'origine ethnique ne s'est avérée particulièrement déterminante dans ces situations.

Le Projet de collecte de données fondées sur la race aux contrôles routiers (PCDFRCR) faisait partie d'un règlement à la suite d'une plainte soumise par un jeune homme d'origine afro-canadienne en 2005. Chad Aiken, 18 ans, avait été arrêté par un policier alors qu'il conduisait la voiture de marque Mercedes-Benz de sa mère.

Il avait accusé le policier qui l'avait arrêté de profilage racial et de brutalité policière. La Commission ontarienne des droits de la personne avait entendu la cause en 2010.

En juin 2013, les agents de la police d'Ottawa ont commencé à noter leur perception sur l'ethnicité des conducteurs arrêtés lors de contrôles routiers dans leur système informatique, selon le service de police.

L'équipe de recherche de l'Université York a été embauchée pour mettre au point une méthode de collecte et d'analyse de ces données. Selon M. Jacobs, les chercheurs ont travaillé avec diverses communautés d'Ottawa pour élaborer des catégories de collecte de données.

Des initiatives à mettre sur pied

Le président de la Commission des services policiers d'Ottawa, Eli El-Chantiry, a déclaré que les conclusions seront examinées minutieusement.

Elles feront aussi l'objet de discussions avec le chef de la police d'Ottawa, Charles Bordeleau, en vue de parvenir à un plan pluriannuel d'ici six mois.

M. Bordeleau a souligné que le profilage racial apparaît comme une réalité aussi bien dans la société que dans les forces de l'ordre, mais il n'est pas pour autant « toléré par le Service de police d'Ottawa ».

Il a par ailleurs tenu à remercier les agents qui, selon lui, ont pris la collecte des données très au sérieux et avec « professionnalisme ».

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