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Les pompiers d'Ottawa se déplacent inutilement en moyenne 20 fois par jour

Les fausses alarmes d'incendie sont si nombreuses à Ottawa que ses pompiers se sont déplacés inutilement en moyenne 20 fois par jour, entre 2015 et 2017. Une proportion bien plus élevée qu'à Montréal et Gatineau, et qui serait en bonne partie attribuable à des systèmes d'alarme défectueux.

Un texte de Godefroy Chabi

L’an dernier par exemple, le service des incendies d’Ottawa a enregistré 7507 alertes d’incendies non fondées dont la plupart sont liées à des équipements vieux et défectueux dans des immeubles résidentiels et commerciaux.

La croissance des fausses alarmes d’incendie dans la capitale nationale suscite de nombreuses interrogations à la fois de citoyens, d’intervenants et d'élus.

La comparaison avec une ville beaucoup plus grande comme Montréal soulève d’autant plus de questions, puisque les fausses alarmes d’incendie y surviennent près de deux fois moins souvent qu’à Ottawa. La population de la métropole est deux fois plus imposante, et ce sont 25 fausses alarmes d’incendie qui ont fait sortir leurs homologues au cours des dernières années.

De vieux systèmes dans de vieux bâtiments

Selon le conseiller en communication de l’Association des pompiers d’Ottawa Marc Messier, l’âge de plusieurs systèmes d’alarme pose problème et expliquerait essentiellement les déclenchements de fausses alarmes.

Le conseiller de Rideau-Vanier Mathieu Fleury renchérit.

« Parfois, ce sont les plus vieux systèmes qui sont déclenchés de façon immédiate, et je suis sûr que si l'on regarde ces adresses, ce sont soit des propriétés similaires, soit les mêmes propriétés qui appellent à maintes reprises sans qu’il y ait d’urgence », soupçonne-t-il.

Entre 2015 et 2017, plus de la moitié des fausses alarmes d’incendie s’expliquait par de l’équipement défectueux.

« Ce n’est pas normal qu’il y ait une disproportion déraisonnable d’appels là qui ne sont pas urgents », déplore M. Fleury.

La Ville d’Ottawa possède un parc important de logements communautaires. M. Fleury, qui préside l’organisme qui gère ces logements, n’était pas en mesure de dire si ces logements sont impliqués dans les fausses alarmes répétitives.

« Je suis intéressé de voir si on a des bâtiments sur cette liste-là, et si on a des bâtiments on va faire révision de nos procédures, de nos systèmes dans ces bâtiments pour voir s’il y a place à amélioration », promet le conseiller municipal.

La Ville d’Ottawa laisse-t-elle faire?

Curieusement, dans la ville voisine de Gatineau où la population est trois fois plus petite, moins d’une fausse alarme d’incendie est enregistrée quotidiennement.

Comparativement à Ottawa, si l’on tient compte du rapport population et du nombre total de fausses alarmes d’incendie, ce chiffre devrait grimper à près de sept fausses alarmes quotidiennes.

Ces fausses alarmes déclenchées à Gatineau sont de causes multiples, selon le service incendie de la municipalité.

« On peut autant parler d'un technicien qui va faire des tests sur un système d'alarme incendie qui va malheureusement déclencher une alarme et puis on parle aussi d'un système d'alarme d'incendie qui est mal entretenu, on peut aussi aller avec les erreurs humaines », indique Sophie Bourgeois, chef de division intérimaire à la division prévention du service incendie de Gatineau.

Face à la croissance du phénomène à Ottawa en comparaison avec Montréal et Gatineau, plusieurs se demandent ce que fait la Ville pour y remédier.

Dans un courriel envoyé à Radio-Canada, le service média de la Ville explique que le Service des incendies d’Ottawa travaille « à réduire le nombre de fausses alarmes d’incendie par l’entremise de programmes d’éducation du public et de sensibilisation » et que ces programmes « offrent aux propriétaires des solutions visant à réduire les fausses alarmes jugées malveillantes ».

Marc Messier précise que ces programmes aident à « identifier les immeubles où on va aller très souvent, quatre fois par année, donc une fois qu’une bâtisse est identifiée, un inspecteur va s’asseoir avec le propriétaire pour faire une démarche pour changer soit le comportement humain par l’éducation ou faire les réparations nécessaires au système ».

Une menace pour la sécurité des locataires

L’occurrence du phénomène soulève des enjeux de sécurité qui inquiètent plusieurs résidents d’immeubles.

Behar Ismael, une résidente d’un important immeuble à logements de l’est d’Ottawa, explique que les occupants doivent régulièrement composer avec de fréquentes fausses alarmes, parce que dans le bâtiment le système peut se déclencher, « deux à trois fois par semaine », explique-t-elle.

« Parfois, c’est plus, parfois, c’est moins, ça dépend », ajoute-t-elle.

Une autre femme se dit préoccupée pour son frère qui habite le 9e étage d’un des immeubles situés dans le même pourtour « parce que l’alarme se déclenche inutilement ».

« Mon frère est inquiet, parce qu’il ne sait pas quand ce sera vrai », fait-elle remarquer.

Souvent, ces alarmes sont déclenchées volontairement, explique Marc Messier de l’Association des pompiers d’Ottawa.

« Il peut y avoir aussi des incidents où c’est criminel où il y a quelqu’un qui fait les fausses alarmes par exprès », déplore-t-il.

Très souvent, au bout de plusieurs fausses alarmes, les occupants peuvent être enclins à ne pas sortir lorsque l’alarme retentit.

L’expert en bâtiment Pierre Vachon pense qu’il s’agirait d’un mauvais jeu avec des conséquences incalculables.

De plus, « l'effet négatif que toutes ces fausses alarmes pourraient avoir, c'est que si les pompiers sont partis à une fausse alarme puis il y avait la vraie urgence dans le même district, ça pourrait causer un délai », met en garde Marc Messier.

La sensibilisation doit être accrue, croient des intervenants

Le conseiller Mathieu Fleury estime qu’une attention particulière doit davantage être mise sur la modernisation des équipements pour réduire le phénomène.

« Moi, je mets plus l’accent sur les propriétaires des bâtiments d’abord, de mettre des systèmes modernes en place (...) et sur l’information qu’ils donnent aux locataires ».

L’expert en bâtiment Pierre Vachon soutient « qu’il y a de l’entretien à faire et une vérification périodique à réaliser. »

Mais ces recommandations ne sont pas toujours suivies, déplore M. Vachon.

Par exemple, le Code des incendies et des normes de sécurité-incendie de l’Ontario impose aux propriétaires d’immeubles commerciaux et résidentiels d’effectuer « une inspection visuelle quotidienne du panneau d’alarme incendie pour s’assurer que le système est fonctionnel ».

Par ailleurs, partout au pays « les systèmes d’alarme d’incendie doivent être entretenus, inspectés et testés tous les ans par une entreprise d’alarme incendie qualifiée et autorisée ».

Mais très souvent, explique M. Vachon, de nombreux propriétaires préfèrent recourir à des personnes ne détenant pas les qualifications nécessaires. D’où l’importance, selon lui, « d’accélérer la sensibilisation » à la fois à l'égard des propriétaires et des entreprises afin qu'ils soient tenus au courant des nouveautés.

Dans bien des cas de récidive, des amendes sont applicables dans la plupart des villes canadiennes.

L’âge des systèmes d’alarme incendie n’explique pas tout.

Marc Messier explique également qu’avec « une ville qui grandit, c'est sûr qu'on va avoir plus de fausses alarmes, et le changement de la population va aussi affecter les fausses alarmes ».

M. Messier précise qu’il y a beaucoup d’étudiants et de résidents « qui ne sont peut être pas familiers avec le système qu'on a en place ici, souvent ça va causer des fausses alarmes ».

Même s’il est difficile de dédouaner l’impact des fumées de cuisson sur les systèmes d’alarme, M. Messier croit aussi que la généralisation des téléphones cellulaires tend à provoquer une banalisation des appels en direction des pompiers de la ville.

« Souvent, les gens vont voir quelque chose qu’ils jugent être une urgence et ils vont appeler les pompiers, donc on est obligés d’y aller ».

Il cite également les travaux de rénovation comme causes fréquentes des appels non fondés.

Prendre à tout prix toute alarme au sérieux

Qu’elle soit vraie ou fausse, toute alarme doit être prise au sérieux, notent les pompiers.

« On préfère qu’une personne cause une fausse alarme quand il pense que quelqu’un peut être en danger au lieu de prendre une chance et ne pas appeler avec le risque d’un accident ou un décès », précise Marc Messier.

Même si l'objectif est de réduire les fausses alarmes, les intervenants suggèrent aux citoyens de continuer à alerter en cas de risque d'incendie et d'évacuer le bâtiment sans se demander s'il s'agit d'une vraie ou d'une fausse alarme.

« On veut s’assurer que tout le monde soit en sécurité, d’un autre côté, on ne veut pas dissuader les gens à appeler le 911 », conclut M. Fleury.

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