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Les pompiers de Gatineau inquiets de l’absorption de produits toxiques

L'association des pompiers et pompières de Gatineau réclame de nouvelles mesures pour mieux protéger ses membres contre les cancers.

Un texte de Nathalie Tremblay

Le syndicat, qui vient de déposer une plainte à la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST), soutient que les vêtements de protection individuelle de rechange, mis à disposition des pompiers, ne sont pas adéquats.

Le nerf de la guerre, selon le syndicat, est la réserve de vêtement qui ne serait pas conforme aux normes. Lorsque les vêtements de protection individuelle (VPI) principaux, qui ont subi une contamination par la suie, sont envoyés pour être nettoyés, les habits de rechanges représenteraient un risque pour les pompiers.

Toujours selon le syndicat, le tiers de cette réserve, qui compte 90 VPI, a dépassé la durée de vie de 10 ans, recommandée par le manufacturier et par la National Firefighter Protection Agency (NFPA), l'Agence nationale de protection des pompiers des États-Unis, reconnue au Canada.

« C'est une incohérence totale de la part de l'employeur », soutient Mathieu Jolicoeur, vice-président santé et sécurité au sein de l'association des pompiers de Gatineau. « Le citoyen moyen de Gatineau se fait donner un "ticket" s'il a un avertisseur de fumée qui a dépassé 10 ans, c'est une recommandation de l'industrie, nous, c'est une obligation de l'industrie et on ne le fait pas ».

Au Québec, ni la loi sur la santé et la sécurité, ni la Commission des normes de l'équité de la santé et de la sécurité au travail ne fixent de règles précises quant à la durée de vie des vêtements de protection.

Dans son guide des bonnes pratiques, la CNESST écrit toutefois qu'il existe des critères, et que les recommandations du fabricant doivent être appliquées.

« Ce sont des recommandations, indique le directeur du Service de sécurité incendie de Gatineau (SSIG), André Bonneau. La majorité de nos tenues sont à l'intérieur de 10 ans. Quelques-unes ont une durée supérieure, mais elles sont vérifiées annuellement par une compagnie spécialisée qui nous assure que les vêtements sont toujours conformes aux besoins d'intervention ».

De nouvelles mesures de décontamination bientôt en place

D'ici quelques jours, la Ville de Gatineau adoptera de nouvelles mesures de décontamination des VPI. Un nettoyage primaire, qui consiste à brosser et rincer les vêtements de protection, sur les lieux mêmes d'un incendie.

La ville d'Ottawa, qui a déjà adopté cette pratique, va plus loin.

Chaque vêtement contaminé est systématiquement ensaché et les pompiers doivent se doucher dans l'heure suivant chaque intervention .

Des mesures mises en place en 2017, à la suite d'une étude réalisée par l'Université d'Ottawa qui a démontré que les pompiers pouvaient absorber des contaminants par la peau.

Le syndicat représentant les pompiers et pompières de Gatineau souhaite que la Ville imite sa voisine ontarienne et instaure l'ensachement obligatoire des vêtements de protection immédiatement après un incendie.

« C’est la seule manière de stopper la contamination croisée de nos autopompes, nos échelles, nos véhicules », précise Mathieu Jolicoeur. « Malheureusement quand on fait ça on devient non-disponible, il est là le litige. Répondre sur le territoire est plus important que la sécurité de nos pompiers ».

« Ce n’est pas tous les intervenants qui ont besoin d'une décontamination », rétorque André Bonneau.

De nouvelles solutions à l'horizon

Un comité paritaire, mis sur pied lors des dernières négociations, chargé de proposer des solutions pour améliorer la sécurité des pompiers de Gatineau, doit remettre son rapport le mois prochain.

Plusieurs options, comme l'achat d'un deuxième vêtement de protection individuel pour chaque pompier et pompière pourraient être présentées.

Au coût d'environ 2000 $ par vêtement de protection individuelle, cela pourrait représenter une dépense additionnelle de 600 000 $ à 700 000 $ pour le service des incendies.

« C'est vrai que c'est dispendieux, mais on aime mieux payer un peu plus pour assurer la santé et la sécurité », argumente M. Bonneau.

Avec trois nouveaux cas de cancer diagnostiqués dans ses rangs, le syndicat espère que le rapport de ce comité permettra de trouver des solutions.

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