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Les problèmes d’audition affligent près du tiers des militaires canadiens

Explosions, bruits de tirs ou de moteurs... Près d'un militaire sur trois souffrira de problèmes d'audition à la fin de sa carrière, selon une étude de la Défense nationale obtenue par Radio-Canada. Ce problème croissant s'explique par l'hésitation de certains militaires à porter leur équipement de protection, et parce que les dispositifs les mieux adaptés ne sont pas toujours fournis par leur commandant.

Un texte de Guillaume Dumont

Après les problèmes musculo-squelettiques, les troubles de l’audition constituent le deuxième problème médical le plus fréquent chez les militaires, d’après l’étude obtenue par l’entremise de la Loi sur l’accès à l’information.

Les indemnités versées aux militaires en raison des problèmes d’audition sont en constante augmentation, indique le document. Celles-ci coûtent plus d’un million de dollars par année aux contribuables canadiens.

La Défense nationale a affirmé à Radio-Canada que les données pour les années 2016-2017 n’ont pas encore été compilées.

Les conséquences des bruits de la guerre

Au tournant de la quarantaine, le major-général à la retraite Richard Blanchette se rend compte qu’il entend de moins en moins bien. Déployé à de nombreuses reprises dans des zones de conflits, il est conscient qu’il a été exposé à beaucoup de bruit au cours de sa carrière, même s’il a pris soin de porter des oreillettes de protection.

Des examens confirment alors ses craintes. Les audiogrammes que l’on doit passer dans le cadre de pratiquement tous les examens médicaux que l’on a faits ont révélé que j’avais des pertes auditives significatives, explique-t-il.

À ce moment-là, j’ai eu à porter des prothèses pour faciliter ma vie de tous les jours, confie M. Blanchette.

Des soldats qui hésitent à se protéger

Convaincre les militaires de porter leur équipement de protection auditive n’est pas chose facile. Certains soldats se plaignent d’être isolés par cette protection, ce qui mettrait leur sécurité à risque.

L'escalade annuelle du nombre de cas de perte d'audition causée par le bruit continue d'être un problème pour les Forces armées canadiennes comme pour les militaires du monde entier, avance l’étude (dont les extraits sont ici traduits par le journaliste).

Le rapport révèle que les militaires hésitent à porter ces dispositifs pour des raisons de confort ou d’incompatibilité avec d’autres équipements et, plus important encore, parce qu’ils craignent que cela puisse nuire à leur sécurité personnelle et entraver la réussite de la mission.

Les militaires veulent avoir une conscience de l’environnement, parce que leur vie est en jeu ou celle de leurs collègues, explique Chantal Laroche, professeure titulaire au Programme d’audiologie et d’orthophonie de l’Université d’Ottawa.

Une protection limitée par le financement accordé

L’étude nous apprend aussi que certains commandants ne choisissent pas toujours l’équipement de protection approprié. C’est le cas tout particulièrement des militaires qui souffrent déjà de pertes auditives et de ceux qui ont besoin d’appareils d’une taille différente.

Ainsi, une attention insuffisante serait accordée à la sélection des dispositifs qui conviennent à l’utilisateur.

Le problème consiste aussi à trouver des protecteurs efficaces et légers qui permettront aux soldats de se sentir en sécurité sur le terrain.

Selon Chantal Laroche, professeure titulaire en audiologie à l’Université d’Ottawa, ces protecteurs ne sont pas tous encore adaptés aux besoins des militaires.

C’est sûr que ces équipements-là, ce ne sont pas des équipements qui sont toujours légers, légers. Parfois, c’est des coquilles que l’on met sur les oreilles et qu’on doit porter avec le casque, avec les lunettes et le sac à dos qui pèse plusieurs kilos, explique-t-elle.

Les nouveaux équipements de protection sont aussi très coûteux, souligne la professeure. Celle-ci ajoute qu’il faut cependant relativiser les coûts en tenant compte des indemnisations accordées aux militaires qui pourraient ainsi être évitées.

Quand on regarde les coûts associés aux dommages faits par l’exposition au bruit, les centaines de milliers de dollars qui se dépensent en indemnisation, en prothèses auditives, en réadaptation pour ces gens-là, il faut que la Défense nationale fasse le calcul, lance Chantal Laroche.

Le major-général à la retraite Richard Blanchette soutient de son côté que la Défense nationale fait tout en son pouvoir pour protéger les militaires contre les problèmes auditifs.

C’est la responsabilité du membre de s’assurer de porter ces protections-là, et il n’y a personne d’autre qui peut le faire pour eux, soutient-il.

Une nouvelle directive pour mieux protéger les militaires

Le conseiller principal des services d’audiologie à la Défense nationale, Pierre Lamontagne, soutient que l’armée a mis en place un programme de sensibilisation à la perte d’audition, mais il ajoute que les réticences à se protéger demeurent grandes chez les soldats.

Ces systèmes-là, ça pèse environ un demi à trois quarts de kilo. Les soldats ne veulent pas les porter, parce qu’ils disent : "J’ai déjà 75-80 livres d’équipement à porter; tu me donnes une livre de plus, c’est un problème", explique-t-il.

Pierre Lamontagne indique qu’une équipe d’ingénieurs mesure l’efficacité des équipements de protection auditive et détermine le nombre maximal de balles qui peuvent être tirées de façon sécuritaire par les soldats qui s’entraînent.

Il rappelle que ce sont les commandants des différents pelotons qui doivent s’assurer d’acheter les équipements de protection appropriés.

Je fais les recommandations basées sur les besoins des militaires. Ces recommandations sont par la suite données aux commandants des unités; c’est à eux d’aller chercher le produit, soutient-il.

Selon lui, environ 20 % des soldats auraient besoin d’un type de protection plus grand ou plus petit que la normale, mais certains commandants n’achètent pas toujours les dispositifs adaptés à leurs besoins.

Un protecteur mal installé ou du mauvais format pourrait perdre jusqu’à 75 % de son efficacité, estime Pierre Lamontagne.

Il révèle aussi qu’une nouvelle directive ministérielle devrait être émise cette année pour rappeler aux commandants l’importance de fournir les différents types de protecteurs auditifs les mieux adaptés aux soldats.

Des conséquences graves, même chez les militaires les plus jeunes

Les pertes auditives ne surviennent pas seulement chez les militaires les plus expérimentés. Les plus jeunes sont aussi à risque.

Dès le début de l’entraînement d’un jeune militaire, il est susceptible d’être exposé à des événements sonores assez intenses. On pense juste à la pratique et au maniement des armes à feu, explique la professeure Chantal Laroche.

Certains développent des problèmes permanents d’acouphène. Ces acouphènes-là peuvent être déclenchés par des expositions aux bruits intenses. En plus d’avoir de la difficulté à entendre ou à comprendre la parole, les gens peuvent entendre des bourdonnements dans leurs oreilles de façon continue, ce qui peut les empêcher de dormir, explique-t-elle.

Chantal Laroche croit d’ailleurs que les conséquences des problèmes d’audition ne sont pas toujours reconnues par la population parce qu’elles sont invisibles.

Les conséquences peuvent toutefois être graves pour ceux qui se retrouvent avec un tel problème.

Ces gens-là ne s’afficheront pas nécessairement. Ils vont tranquillement s’isoler, vivre des situations de conflit avec leur entourage parce qu’ils ont de la difficulté à comprendre ce qu’ils leur disent, se désole Mme Laroche.

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