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Les producteurs de danse de l'Ontario cherchent à établir un contact avec des diffuseurs

Pour la première fois de son histoire, le Contact Ontarois organisait des vitrines spécifiquement pour les producteurs de danse. Trois producteurs ont présentés des extraits de spectacles, mercredi soir, à la Salle académique de l'Université d'Ottawa, dans l'espoir d'intéresser des diffuseurs potentiels. Les compagnies de danse francophones de l'Ontario se réjouissent de cette occasion, car elles peinent encore à trouver un public.

Un texte de Kevin Sweet

Demandez à la danseuse et chorégraphe Sylvie Bouchard si les temps sont durs pour le milieu de la danse en Ontario en ce moment, elle vous répondra sans détour.

« Je pense qu'il faut s'en occuper. La danse a besoin d'aide c'est certain », répond-elle exaspérée.

Et lorsqu’on lui demande si l’annonce de la suspension du festival Danse Canada, le mois dernier, s'avère inquiétante, elle rétorque tout aussi vivement.

« C’est terrible. Je trouve ça terrible », dit-elle secouant la tête.

Son propre festival de danse en public, DuskDances, a été annulé dans la région d’Ottawa-Gatineau il y a huit ans à cause d’un manque de ressources humaines. Il n'y avait personne dans la région pour aider à porter l'événement. Elle espère pouvoir le raviver d’ici deux ans.

Un art coûteux

Si vendre un spectacle de danse n'est pas facile, en créer un ne l'est pas plus. D'abord, une chorégraphie peut être plus coûteuse que l'on pense à produire et à présenter.

Ensuite, les compagnies ontariennes n'ont pas d'agence pour les promouvoir, comme c'est le cas au Québec et en Colombie-Britannique.

Enfin, plusieurs diffuseurs ont peur de ne pas pouvoir vendre un spectacle de danse à un public timide, donc ils ne les mettent pas au programme.

« Comment on fait pour faire voir notre travail? » demande Sylvie Bouchard, qui est aussi directrice générale de sa propre compagnie, BoucharDanse.

Le Réseau Ontario à la rescousse

Les dirigeants de Réseau Ontario ont entendu les inquiétudes du milieu de la danse et ont organisé une vitrine spécifique à leurs besoins au Contact Ontarois, au lieu de les présenter dans des vitrines réservées au théâtre et à la musique.

« On voulait leur offrir les meilleures conditions possibles pour pouvoir justement bien présenter leurs spectacles et bien les vendre », explique Martin Arseneau, le directeur général de Réseau Ontario.

Trois compagnies, dont Corpus de Toronto, ont présenté des extraits de 20 minutes devant une salle remplie de diffuseurs venus de partout au Canada.

« D'être assis là pendant deux heures et de découvrir ces trois compagnies-là après, ça donne une idée large du niveau de la danse. Ça donne un goût de ce qu'on peut amener à un public », dit Isorine Marc, directrice artistique de la compagnie Corpus, venue de Toronto pour participer au Contact Ontarois.

Cette vitrine est aussi une occasion pour les créateurs d'expliquer leurs oeuvres. Selon eux, l'éducation demeure essentielle pour démystifier la danse.

« C'est quelque chose que l'on veut mettre de plus en plus de l'avant. Alors, pour nous, ça vient vraiment nous donner des outils pour en présenter davantage et permettre cette rencontre-là avec nos publics », mentionne Chantal Prud’homme, la directrice générale du Centre culturel Frontenac de Kingston.

Présenter autre chose que du théâtre...au théâtre

Il est peut être temps que les compagnies de théâtre commencent aussi à s’ouvrir sur la forme d’art qui est présenté dans leurs salles.

La Canadian Stage à Toronto, par exemple, présente non seulement du théâtre, mais aussi des spectacles de cirque et de danse dans une même saison, depuis plusieurs années. C’était la vision de son directeur artistique Matthew Jocelyn, qui voulait repousser les limites du théâtre et surprendre davantage l’auditoire. Si, au début de son mandat, il a aliéné certains abonnés habitués à du théâtre plus traditionnel avec des spectacles de Marie Chouinard, il peut aujourd’hui se vanter d’avoir l’un des publics les plus jeunes du pays.

« On en est là », dit Sylvie Bouchard. « On présente des spectacles multi-art. On ouvre le public du théâtre à la danse, et le public de la danse au théâtre. »

Cette vitrine à elle seule n'aidera pas les producteurs de danse à surmonter tous les défis auxquelles sont confrontés leur art. Mais pour l'instant, c'est un pas en avant.

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