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Les programmes d’immersion française victimes de leur succès en Ontario

La popularité des programmes d'immersion française au Canada a monté en flèche depuis leur création dans les années 1970 et les effets se font ressentir en Ontario. Des conseils scolaires tentent de s'ajuster à la demande, parfois aux dépens de familles qui se voient limiter l'accès aux programmes.

Un texte de Marie-Hélène Ratel

En Ontario, plus de 10 000 élèves s’ajoutent chaque année aux programmes d’immersion française. Un nombre croissant qui représente certains défis pour les conseils scolaires, dont le recrutement d’enseignants qualifiés.

Mais les effets vont plus loin. À l'ouest de Toronto, au Halton District School Board, l’immersion est devenue le choix de prédilection de beaucoup de familles. Le directeur associé de l’éducation David Boag explique que dans certaines écoles, la quantité de jeunes en immersion a surpassé celle des élèves inscrits au programme d’anglais régulier.

Depuis septembre, les élèves des écoles publiques de Halton doivent attendre une année supplémentaire avant de commencer le programme. Dès la 2e année tous leurs cours seront en français, alors que les cohortes précédentes avaient 50 % de leurs cours en anglais et l'autre moitié en français en 1ère et 2e année.

M. Boag souligne qu’en retardant l’entrée au programme, les parents auront une meilleure compréhension de ce qui convient à leur enfant en milieu scolaire et pourront prendre une décision plus éclairée.

Mécontentement et inquiétudes

Mais le changement est loin de faire l’unanimité. Étienne Durafour, un père de famille de Burlington, a peur que la cohorte de son fils soit utilisée comme cobaye.

Il critique notamment le fait que la décision du conseil scolaire ne s’appuie sur aucune étude prouvant les bienfaits pédagogiques d’une telle approche.

M. Durafour avait choisi d’envoyer son fils à l’école Mohawk Gardens en raison du programme réputé d’immersion française. Il s’inquiète maintenant de l’impact sur l’apprentissage de l’anglais et du français chez les élèves qui feront leur entrée plus tardivement dans le programme.

Du côté de l’organisme Canadian Parents for French, qui milite pour l’éducation du français langue seconde, on se questionne sur l'accessibilité au programme.

Selon la directrice générale pour l’Ontario, Betty Gormley, retarder l’entrée en immersion limite l’accès aux élèves. Elle ajoute que l’enseignement doit commencer le plus tôt possible pour en assurer le succès, soit à la maternelle ou dès la 1ère années.

Des limites sur le nombre d’inscriptions

Le Halton District School Board n’est pas le seul à avoir effectué des changements à l'accès à ses programmes d'immersion récemment.

Toujours dans le sud de l'Ontario, le Simcoe County District School Board a instauré cette année une limite de deux classes d’immersion française de 20 élèves par année scolaire dans ses écoles. Dans certaines écoles plus petites, la limite est fixée à une seule classe.

Le surintendant de l’éducation spécialisée, Chris Samis rapporte qu’au moment de la rentrée scolaire cette année, un peu moins de 100 élèves étaient inscrits sur une liste d’attente dans l’espoir d’être intégrés au programme. Il souligne par ailleurs que les enseignants qualifiés en français sont en demande partout dans la province.

En 2013, le Peel District School Board a quant à lui imposé une limite de 25 % d’inscriptions à ses programmes d’immersion française. Cette nouvelle mesure doit être révisée par le conseil d’administration cette année.

Selon les estimations de Betty Gormley de Canadian Parents for French, le changement instauré au conseil scolaire public de Peel a limité l’accès au programme à 700 élèves, au cours des trois dernières années.

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