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Les villes : au front de la lutte contre les changements climatiques

Les villes se présentent comme des partenaires incontournables des gouvernements provinciaux et fédéral dans la lutte aux changements climatiques. En fait, elles sont bien plus: elles peuvent être des leaders.

Mercredi dernier, l'Association des municipalités de l'Ontario (AMO) et l'Union des municipalités du Québec (UMQ) ont signé une entente qualifiée « d'historique », pour partager les meilleures pratiques en matière de réduction des gaz à effet de serre (GES).

C'est une bonne idée en soi. Mais il y a aussi un objectif politique : ensemble, les villes du Québec et de l'Ontario représentent plus de la moitié des citoyens du pays. Un poids évident lorsque viendra le temps de négocier du financement pour les initiatives « vertes ».

Les cibles de cette entente n'ont cependant rien d'historiques. En fait, l'entente ne formule aucun objectif de réduction des GES.

80 % des GES à Ottawa, viennent du transport

Les villes ont tous les leviers et pouvoirs nécessaires pour réduire leur principale source de GES : le transport.

Le principal outil de réduction des GES est le transport en commun. Un autobus remplace une quarantaine d'automobiles - plus même, lorsque chacune des voitures ne compte qu'un seul passager. Moins de congestion signifie moins de temps pour se rendre au travail, donc moins de monoxyde de carbone.

Un train léger électrique, des autobus électriques ou hybrides feraient encore mieux.

Ottawa s'est engagée dans la voie du train léger. Un projet coûteux, de 5 milliards pour les phases 1 et 2 d'ici 2023, qui fait le pari d'offrir à moyen terme une alternative concurrentielle à l'automobile pour se rendre rapidement, confortablement et à moindre coût au travail.

Un pari risqué quand même, car les voitures ne quitteront pas les centres-villes de sitôt. Et il faudra probablement trouver aussi des mesures pour décourager leur utilisation au profit du transport en commun.

Des mesures européennes pour s'inspirer

Londres a adopté en 2003 une « Congestion Charge », soit un péage urbain pour lutter contre les embouteillages. La capitale britannique envisage maintenant d'imposer un péage supplémentaire aux véhicules diesel.

La capitale de la Norvège, Oslo, veut quant à elle bannir les voitures de son centre-ville d'ici 2019, où près de 100 000 personnes travaillent.

D'autres capitales souhaitent créer des espaces sans voitures, imposer des amendes salées aux non-résidents du centre-ville qui y stationnent leur véhicule, comme Madrid. Bruxelles a quant à elle converti un boulevard de quatre voies en axe piétonnier.

Ottawa, comme toutes les municipalités, a les outils réglementaires pour faire cela, confirme le président du Comité de l'environnement, David Chernushenko. Les villes peuvent réduire la largeur des rues en augmentant celles des trottoirs, ou en aménageant des pistes cyclables et des voies réservées aux autobus.

David contre Goliath?

David Chernushenko est aussi un environnementaliste convaincu, qui pratique ce qu'il prêche, autant que possible. Sa maison est alimentée, en partie, par des panneaux solaires. On le voit régulièrement se déplacer à vélo pour venir à l'hôtel de ville ou à une annonce officielle.

Il est aussi bien conscient des contradictions qui s'immiscent parfois entre les ambitions et les besoins réels du moment.

Un superbe exemple de ce paradoxe est arrivé justement mercredi dernier, lors de l'annonce de l'entente entre l'AMO et l'UMQ. M. Chernushenko y était... mais il a dû partir pour l'ouverture officielle d'un nouveau stationnement municipal dans son propre quartier! Les commerçants de la rue Bank le réclamaient, surtout depuis le début des travaux au parc Lansdowne.

L'automobile fait partie d'un style de vie qu'on ne bouscule ni ne renverse pas facilement.

Quatre ans pour sauver la planète

David Chernushenko me confiait que la durée des mandats politiques est aussi un obstacle aux projets, qui demandent une vision et un engagement à long terme.

Qu'on soit député provincial, fédéral ou conseiller municipal, la vision politique a tendance à s'estomper radicalement après quatre ans, curieusement...

D'ici 2050, date visée pour les objectifs de réduction des GES, la Ville d'Ottawa aura renouvelé son conseil neuf fois... Autant de nouveaux conseillers et de maires, qui auront le pouvoir de changer les règlements adoptés par leurs prédécesseurs.

Les politiciens ont beau avoir le courage de leurs idées et de leurs ambitions, ce sont les citoyens qui ont le dernier mot, note M. Chernushenko. Tout le monde est pour la vertu, mais tous ne sont pas pour la vertu qui coûte trop cher ou qui change trop le style de vie.

S'il faut des politiciens courageux sur les questions de changements climatiques, il faut aussi des électeurs courageux pour les élire. Et en élire d'autres, aussi courageux, une fois leur mandat terminé, car on ne sauvera pas la planète d'ici-là.

David Chernushenko propose donc de voir à plus long terme. Vendredi, il a présenté une motion au Comité de l'environnement proposant que la Ville harmonise sa cible de réduction des GES avec celle de la province, soit 80 % sous les niveaux de 1990, d'ici 2050. C'est aussi l'objectif du Québec.

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